Les questions sur l'hantavirus, en particulier sur sa découverte et ses épidémies historiques, se multiplient depuis le foyer de contamination signalé à bord du navire de croisière MV Hondius début mai 2026. Selon Franceinfo - Santé, ce virus, responsable de trois décès parmi les passagers, appartient à la famille des hantavirus du « Nouveau Monde », principalement présente en Amérique du Sud.

Ce qu'il faut retenir

  • Les hantavirus ont été identifiés pour la première fois durant la guerre de Corée (1950-1953), mais leur classification en « Ancien Monde » et « Nouveau Monde » date des années 1990.
  • La souche des Andes, seule à transmission interhumaine documentée, a été découverte en 1995 en Argentine, avec un taux de létalité pouvant atteindre 50%.
  • Deux épidémies majeures ont été recensées en Argentine : une en 1996 à El Bolson et une autre en 2018 à Epuyén, faisant respectivement plusieurs morts et 11 décès sur 33 cas.
  • En 2025, 229 cas d'hantavirus du Nouveau Monde, dont 59 mortels, ont été signalés dans huit pays, dont l'Argentine, le Chili et l'Uruguay.
  • La transmission se fait principalement par inhalation de poussières contaminées par l'urine ou les excréments de rongeurs, notamment les rats pygmées de rizière à longue queue.

Des origines liées à la guerre de Corée aux classifications modernes

Les hantavirus ne sont pas une découverte récente. Selon Franceinfo - Santé, ils ont été identifiés pour la première fois durant la guerre de Corée (1950-1953), lorsque des soldats américains et sud-coréens ont été victimes d'une fièvre hémorragique inexpliquée. Ces virus, transmis principalement par des rongeurs, se divisent aujourd'hui en deux grandes familles : ceux de l'« Ancien Monde », présents en Asie, en Afrique et en Europe, et ceux du « Nouveau Monde », caractéristiques du continent américain. La souche des Andes, responsable du foyer sur le MV Hondius, appartient à cette dernière catégorie.

Cette classification, établie dans les années 1990, permet de mieux comprendre la répartition géographique et les modes de transmission de ces virus. En Europe, par exemple, les hantavirus comme le Puumala ou le Dobrava provoquent des infections moins sévères que la souche des Andes, dont le taux de mortalité peut atteindre 50% dans les cas non traités.

La souche des Andes : une découverte argentine en 1995

La souche des Andes, endémique dans certaines régions d'Argentine, du Chili et de l'Uruguay, a été identifiée pour la première fois en 1995 près de la ville de Bariloche, dans le sud-ouest de l'Argentine. Selon les experts cités par Franceinfo - Santé, ce virus se transmet principalement par contact avec les rongeurs, notamment les rats pygmées de rizière à longue queue, porteurs sains du pathogène. « C'est un virus sud-américain, qui provient d'une région très spécifique. Il survient dans des contrées reculées, souvent rurales », a précisé mardi l'infectiologue Xavier Lescure lors d'une conférence de presse organisée par le gouvernement français.

Contrairement à la plupart des hantavirus, la souche des Andes présente une particularité majeure : une transmission interhumaine a été documentée dès 1996. Cette capacité à se propager entre humains, par inhalation de gouttelettes contaminées, a été confirmée lors d'études ultérieures, notamment après l'épidémie d'Epuyén en 2018.

Deux épidémies historiques en Argentine : 1996 et 2018

Depuis sa découverte, la souche des Andes a donné lieu à deux flambées épidémiques majeures en Argentine, toutes deux localisées dans la province de Río Negro, dans le sud-ouest du pays. La première épidémie s'est déclarée en 1996 dans le village d'El Bolson, où plusieurs personnes ont perdu la vie. Les autorités sanitaires avaient alors été prises au dépourvu, faute de moyens suffisants pour faire face à cette maladie émergente.

La seconde épidémie, survenue en 2018 à Epuyén, a été bien plus meurtrière. Selon une étude publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine, l'épidémie avait débuté lorsqu'un habitant de 68 ans avait été infecté, probablement après un contact avec des rongeurs près de son domicile. Cet homme avait ensuite participé à un anniversaire, où cinq invités sur une centaine avaient développé des symptômes. La contamination s'était principalement produite par inhalation de gouttelettes, confirmant la transmission interhumaine du virus. Au total, 11 des 33 personnes infectées étaient décédées, un bilan qui a marqué les esprits et alerté les autorités sanitaires internationales.

Transmission et symptômes : ce qu'il faut savoir

La transmission de la souche des Andes se fait principalement par inhalation de poussières contaminées par l'urine, les excréments ou la salive de rongeurs infectés. « Les personnes contaminées respirent généralement le virus, qui se trouve dans des poussières souillées par l'urine de rats ou de souris », explique Olivier Bouchaud, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Avicenne de Bobigny, auprès de Franceinfo - Santé. « Ce virus reste vivant et infectant plusieurs semaines dans un milieu inerte », a ajouté Xavier Lescure, soulignant la persistance du pathogène dans l'environnement.

Les symptômes de l'hantavirus, souvent confondus avec ceux d'une grippe sévère, incluent fièvre, douleurs musculaires, maux de tête et troubles digestifs. Dans les cas graves, la maladie peut évoluer vers un syndrome pulmonaire ou rénal, entraînant une défaillance d'organes. « On connaît assez mal ce virus des Andes », a reconnu Xavier Lescure, soulignant le manque de recherches approfondies sur cette souche spécifique.

Un virus méconnu en raison du manque de moyens

Malgré des épidémies régulières en Amérique du Sud, la souche des Andes reste un virus méconnu et sous-étudié. « On déploie souvent peu de moyens pour les petites épidémies. Et on s'intéresse surtout à celles qui touchent l'Europe ou les États-Unis, et pas forcément le fin fond du Chili ou de l'Argentine », a déploré Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon à Paris, dans un entretien avec Franceinfo - Santé.

Les chiffres de 2025 confirment cette disparité : selon l'ANRS-Maladies infectieuses émergentes, 229 cas d'hantavirus du Nouveau Monde ont été recensés dans huit pays, dont 59 mortels. Parmi ces pays, l'Argentine, le Brésil, le Chili et l'Uruguay sont les plus touchés, mais les cas restent souvent isolés et peu médiatisés en dehors des frontières sud-américaines. Cette situation contraste avec les épidémies en Europe ou aux États-Unis, où les hantavirus sont mieux documentés et font l'objet de surveillance accrue.

Et maintenant ?

Face à la résurgence de l'hantavirus sur le MV Hondius, les autorités sanitaires internationales devraient renforcer la surveillance des navires en provenance d'Amérique du Sud, où le risque de contamination par les rongeurs est plus élevé. Une étude plus approfondie sur la souche des Andes, notamment sur ses modes de transmission et ses mécanismes de résistance dans l'environnement, est également attendue pour mieux prévenir les futures épidémies. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l'impact de ce foyer et adapter les protocoles sanitaires à bord des navires de croisière.

Pour l'heure, la priorité reste d'identifier rapidement les personnes exposées et de les isoler afin d'éviter une propagation interhumaine, un scénario déjà observé en 2018 à Epuyén. Les experts rappellent que la prévention passe avant tout par la lutte contre les rongeurs et l'information des populations exposées.

La souche des Andes est particulièrement dangereuse en raison de son taux de létalité pouvant atteindre 50% dans les cas non traités. Contrairement à la plupart des hantavirus, elle peut également se transmettre d'humain à humain par inhalation de gouttelettes contaminées, ce qui augmente le risque d'épidémies locales.

Les pays les plus exposés sont l'Argentine, le Chili, l'Uruguay, le Brésil, la Bolivie et le Paraguay. En 2025, 229 cas ont été recensés dans huit pays, dont certains en Amérique du Nord comme les États-Unis et le Panama.