Un foyer infectieux d’hantavirus, détecté début avril à bord d’un bateau de croisière parti d’Argentine, a relancé les débats sur la terminologie à employer pour décrire la propagation de ce virus. Selon Franceinfo - Santé, les autorités sanitaires mondiales sont en alerte depuis la mort de trois passagers à bord du MV Hondius, un navire parti d’Ushuaïa le 1er avril et ayant accosté à Tenerife (Espagne) les 10 et 11 mai. Les 88 passagers du bateau, dont cinq Français, ont été placés en isolement, avec une femme hospitalisée en réanimation.
Ce qu'il faut retenir
- Un foyer d’hantavirus s’est déclaré début avril à bord du MV Hondius, un bateau de croisière parti d’Ushuaïa (Argentine) le 1er avril, provoquant la mort de trois passagers.
- Les 88 passagers, débarqués à Tenerife (Espagne) les 10 et 11 mai, ont été placés en isolement, dont cinq Français.
- Un outbreak (flambée épidémique) est évoqué par les épidémiologistes pour décrire cette situation, car la majorité des cas sont liés au navire.
- Contrairement à une épidémie ou une pandémie, un outbreak désigne une flambée localisée et limitée dans le temps.
- L’hantavirus, transmis par des rongeurs, avait déjà causé 11 morts en Argentine en 2018, lors d’une flambée liée à un rassemblement dans le village d’Epuyen.
Une crise sanitaire déclenchée à bord d’un navire de croisière
L’épisode actuel trouve son origine dans la détection, début avril, d’un foyer d’hantavirus à bord du MV Hondius, un bateau de croisière parti d’Ushuaïa en Argentine. Les autorités sanitaires ont été alertées après la mort de trois passagers, confirmant la présence du virus. Les 88 personnes à bord, débarquées à Tenerife les 10 et 11 mai, ont été immédiatement placées en isolement dans leurs pays respectifs, tandis que cinq Français figuraient parmi eux, dont une femme hospitalisée en réanimation.
Cette situation a entraîné une mobilisation internationale, avec 23 pays impliqués dans une chasse aux cas contacts. L’objectif est d’éviter une propagation incontrôlée du virus en population générale. Selon les dernières informations, la majorité des cas confirmés sont directement liés au navire, ce qui limite pour l’instant la portée géographique de l’épidémie.
Outbreak, épidémie, pandémie : comment choisir le bon terme ?
Face à l’utilisation parfois confuse de ces termes, les épidémiologistes rappellent leur signification précise. Mircea Sofonea, épidémiologiste à l’université de Montpellier, précise qu’il n’existe pas de définition officielle d’une pandémie, mais que ce terme s’applique généralement lorsque « une large zone géographique internationale – plusieurs continents – est touchée par une maladie ». Pour qualifier un tel phénomène, il faut que « le nombre de cas se déclare de façon rapprochée, mais pas forcément simultanée », ajoute-t-il, soulignant l’importance de la « continuité épidémiologique ».
Une épidémie, en revanche, désigne une augmentation du nombre de cas dans une zone géographique limitée, sur une période généralement plus courte. C’est le cas, par exemple, de la grippe saisonnière en France, qui circule toute l’année mais connaît des pics en automne et en hiver. Enfin, une infection endémique persiste de manière permanente sur un territoire, comme c’est le cas pour la grippe en métropole.
L’hantavirus : un outbreak localisé, mais une vigilance accrue
Pour Mircea Sofonea, le terme le plus adapté pour décrire la situation actuelle est celui d’outbreak, que l’on peut traduire en français par « flambée épidémique ». Il s’agit d’un épisode « localisé, sans grande étendue », qui ne devient épidémique que lorsque le nombre de cas continue d’augmenter et que les contaminations ne peuvent plus être reliées à un événement initial. « La quasi-totalité des cas sont reliés à la croisière sur le MV Hondius. Il s’agit donc bien d’un outbreak », explique-t-il.
Cette terminologie rappelle celle employée lors des premiers cas de Covid-19 à Wuhan, où les autorités parlaient d’outbreak avant que le virus ne se propage à l’échelle mondiale. En 2018, l’Argentine avait déjà connu une flambée d’hantavirus dans le village d’Epuyen, liée à un rassemblement de 100 personnes. À l’époque, 11 décès avaient été recensés. Ces précédents illustrent la capacité de l’hantavirus à provoquer des foyers localisés mais meurtriers.
Quelles sont les prochaines étapes pour les autorités sanitaires ?
Les 23 pays concernés par l’outbreak du MV Hondius ont engagé une traçabilité exhaustive des cas contacts. L’objectif est double : empêcher une transmission secondaire du virus et éviter qu’il ne devienne endémique ou épidémique. Les passagers du navire, placés en isolement, font l’objet d’un suivi médical strict, tandis que les autorités locales surveillent les éventuels nouveaux cas dans les zones de débarquement.
Côté scientifique, les recherches se poursuivent pour mieux comprendre la souche des Andes, responsable de l’épidémie actuelle. Les autorités sanitaires appellent à la vigilance, notamment dans les régions où le risque de transmission par les rongeurs est élevé. En Argentine, où le virus est endémique, des campagnes de sensibilisation sont régulièrement menées pour limiter les contacts avec les rongeurs et prévenir les infections.
En attendant, la question de la terminologie employée par les médias et les institutions reste d’actualité. Alors que le terme de pandémie a été largement utilisé lors de la crise du Covid-19, les experts insistent sur la nécessité de distinguer les différents niveaux de propagation pour éviter les confusions et adapter les réponses sanitaires.
Selon les autorités sanitaires, la transmission de l’hantavirus se fait principalement par inhalation de particules infectieuses présentes dans les excréments ou l’urine de rongeurs contaminés. Aucune transmission interhumaine n’a été confirmée pour la souche des Andes, mais les mesures d’isolement restent de rigueur pour éviter tout risque.
L’hantavirus est endémique dans plusieurs régions, notamment en Amérique du Sud (Argentine, Chili, Brésil), en Amérique du Nord (États-Unis, Canada) et en Europe (Scandinavie, Balkans). Les zones rurales et forestières, où les rongeurs sont nombreux, présentent un risque accru.