L'action de Moderna a connu une progression spectaculaire de 12 % en moins de 24 heures le week-end dernier, après l'annonce de collaborations avec l'armée américaine et l'Université de médecine de Corée pour développer un vaccin contre l'hantavirus. Vendredi 8 mai, le titre a dépassé les 56 dollars à midi, contre 49 dollars jeudi soir, avant d'atteindre un pic de 58,62 dollars lundi 11 mai à 9h30. Cependant, cette euphorie boursière s'est rapidement dissipée : mardi 12 mai à la mi-journée, l'action s'échangeait autour de 53,76 dollars, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- Moderna collabore avec l'armée américaine et l'Université de médecine de Corée pour développer un vaccin à ARN messager contre l'hantavirus, une technologie déjà utilisée avec succès lors de la pandémie de Covid-19.
- Un vaccin à ADN, mis au point il y a trois ans par des virologues du Maryland, a montré des résultats encourageants en phase 1, mais nécessite trois à quatre injections selon les essais publiés dans The Journal of Infectious Diseases.
- L'Institut Pasteur en France travaille quant à lui sur des anticorps monoclonaux, présentés comme un « outil potentiellement thérapeutique intéressant », mais toujours en phase préclinique.
- L'OMS estime entre 10 000 et 100 000 cas d'infection par hantavirus chaque année dans le monde, rendant difficile la conduite d'essais cliniques rapides.
- Aucun traitement ni vaccin n'est actuellement homologué contre ce virus, en raison de son caractère sporadique et imprévisible, souligne la Fédération internationale de l'industrie du médicament (IFPMA).
Un virus méconnu mais aux conséquences graves
L'hantavirus, transmis par des rongeurs, reste un agent pathogène peu médiatisé mais aux conséquences parfois dramatiques. Les symptômes, qui peuvent inclure fièvre, douleurs musculaires et difficultés respiratoires, évoluent rapidement vers des formes graves, comme le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH). Selon l'OMS, la mortalité peut atteindre 38 % dans les cas non traités. Pourtant, les cas avérés restent rares, ce qui complique la mise en place d'essais cliniques à grande échelle.
Comme le rappelle BFM Business, les recherches contre ce virus ne sont pas nouvelles. Dès 2023, des virologues du Maryland avaient développé un vaccin à ADN, dont les résultats en phase 1 avaient été jugés encourageants. Cependant, le schéma vaccinal, nécessitant trois à quatre injections, limite son potentiel en termes de santé publique. C'est dans ce contexte que Moderna intervient, en s'appuyant sur sa maîtrise de la technologie à ARN messager, déjà éprouvée face au SARS-CoV-2.
Moderna mise sur l'ARN messager, une technologie éprouvée
Le laboratoire américain Moderna, connu pour son vaccin contre le Covid-19, a annoncé jeudi 7 mai son intention de développer un vaccin à ARN messager contre l'hantavirus. Cette collaboration s'articule autour de deux partenariats : l'un avec l'Institut de recherche médicale de l'armée américaine, l'autre avec l'Université de médecine de Corée, entamé en 2023. L'ARN messager permet une réponse immunitaire plus rapide et plus ciblée, ce qui pourrait faciliter la mise au point d'un vaccin efficace.
Cette annonce a immédiatement suscité l'intérêt des investisseurs. En quelques heures, l'action de Moderna a bondi de 12 %, un mouvement qui s'est prolongé jusqu'à lundi 11 mai, avant une correction à la baisse mardi. Pour autant, les analystes restent prudents : comme le souligne BFM Business, aucune commercialisation n'est envisagée à court terme. Les essais cliniques doivent d'abord démontrer l'efficacité et la sécurité du produit, une étape qui pourrait prendre plusieurs années.
En France, l'Institut Pasteur privilégie les anticorps monoclonaux
De son côté, l'Institut Pasteur, établissement de référence en virologie, mise sur une approche différente : les anticorps monoclonaux. Interrogé par BFMTV lundi 11 mai, le professeur Olivier Schwartz, virologue et responsable de l'unité virus et immunité, a expliqué que son équipe avait développé des anticorps capables de neutraliser le virus. « Il s'agit d'un outil potentiellement thérapeutique intéressant », a-t-il déclaré, avant d'ajouter : « Mais on est encore dans une période d'essais précliniques, donc on est loin d'une commercialisation de ce genre de produits. »
Contrairement à un vaccin, qui vise à prévenir l'infection, ces anticorps pourraient être utilisés en traitement post-exposition, une stratégie déjà explorée pour d'autres maladies virales. Cependant, leur développement reste embryonnaire. « On est encore au stade des essais en laboratoire et sur des modèles animaux », précise le professeur Schwartz. Aucune date n'a été avancée pour le début des essais cliniques, faute de cas suffisamment nombreux pour les mener à bien.
Des défis majeurs pour la recherche et la santé publique
La quête d'un vaccin ou d'un traitement contre l'hantavirus se heurte à plusieurs obstacles. D'abord, la rareté des cas avérés : avec seulement 10 000 à 100 000 infections annuelles dans le monde selon l'OMS, les essais cliniques peinent à recruter suffisamment de participants. Ensuite, le caractère imprévisible des épidémies, qui rend difficile la planification des études épidémiologiques. Enfin, l'absence de modèle économique clair pour les laboratoires pharmaceutiques, les incitant à privilégier des maladies plus répandues.
La Fédération internationale de l'industrie du médicament (IFPMA) a d'ailleurs pointé du doigt ces lacunes dans la recherche clinique contre les hantavirus. Dans un communiqué diffusé mardi 12 mai, elle plaide pour « une action coordonnée entre les secteurs privés et publics afin de catalyser le financement et les politiques indispensables pour encourager l'innovation dans la R&D antivirale ». Une telle collaboration pourrait accélérer les avancées, mais elle reste à concrétiser.
Reste que l'annonce de Moderna rappelle l'importance de la recherche en virologie, surtout face à des pathogènes émergents ou réémergents. Comme le souligne l'IFPMA, les hantavirus ne sont qu'un exemple parmi d'autres de virus pour lesquels les investissements restent insuffisants. La pandémie de Covid-19 a montré l'utilité des technologies comme l'ARN messager, mais aussi la nécessité de préparer l'avenir face à des menaces encore mal connues.
Non, l'hantavirus ne circule pas en France, selon les autorités sanitaires. Les cas autochtones y sont extrêmement rares, et la plupart des infections surviennent à l'étranger, notamment en Europe de l'Est ou en Asie, où les rongeurs vecteurs sont plus répandus.
Les essais cliniques sont ralentis par la rareté des cas avérés. Avec seulement 10 000 à 100 000 infections annuelles dans le monde, il est difficile de recruter suffisamment de participants pour des études statistiques fiables. De plus, les épidémies sont souvent localisées et imprévisibles, ce qui complique la planification des essais.