Depuis l’arrivée du nouveau gouvernement hongrois en avril 2026, Budapest et Kyiv ont engagé leurs premiers pourparlers techniques sur la question des minorités, un dossier qui empoisonne leurs relations depuis des années. Selon Euronews FR, ces discussions, lancées mercredi 21 mai, pourraient marquer un tournant dans un conflit qui bloque depuis longtemps l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Une première depuis le changement de gouvernement hongrois : ces pourparlers interviennent après la victoire électorale d’avril 2026, qui a mis fin à 16 ans de règne de Viktor Orbán.
  • 100 000 Hongrois de souche concernés : la communauté hongroise de Transcarpatie, région occidentale ukrainienne, est au cœur des tensions entre les deux pays.
  • Un enjeu majeur pour l’Ukraine : la levée de ce blocage est l’une des sept conditions imposées par Bruxelles pour l’adhésion de Kyiv à l’UE.
  • Trois thèmes au menu : les relations bilatérales, les droits des minorités et la candidature ukrainienne à l’UE.
  • Des ajustements législatifs envisagés : l’Ukraine pourrait modifier sa loi sur les minorités nationales pour répondre aux exigences européennes.
  • 2017 et 2023, des dates clés : les lois ukrainiennes sur l’enseignement en ukrainien et les droits des minorités ont cristallisé les tensions avec Budapest.

Un dialogue rouvert après seize ans de tensions

Les relations entre la Hongrie et l’Ukraine se sont dégradées sous le gouvernement de Viktor Orbán, qui accusait Kyiv de restreindre les droits linguistiques et éducatifs des Hongrois de Transcarpatie. Avec l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar et de sa nouvelle équipe, Budapest semble vouloir tourner la page. La ministre hongroise des Affaires étrangères, Anita Orbán, a salué ces consultations comme « des étapes importantes pour reconstruire nos relations bilatérales et renforcer notre coopération future ».

Pour la Hongrie, la question des minorités hongroises en Ukraine reste un sujet sensible, tant sur le plan politique que symbolique. Budapest considère que la communauté de Transcarpatie, forte d’environ 100 000 personnes, constitue un pont entre les deux nations. « La communauté hongroise de Transcarpatie n’est pas seulement un élément important de la relation entre nos deux pays, elle est aussi un pont entre nos nations », a déclaré la chef de la diplomatie hongroise, selon Euronews FR.

L’Ukraine mise sur un « nouveau chapitre » avec ses voisins

Côté ukrainien, ces discussions sont perçues comme une opportunité historique. Le ministre des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, a évoqué « une fenêtre d’opportunité » pour ouvrir « un nouveau chapitre, mutuellement bénéfique, fondé sur la confiance ». Les trois axes de travail retenus reflètent l’urgence : les relations bilatérales, les droits des minorités et la candidature ukrainienne à l’UE.

Parmi les participants figuraient des représentants de l’Administration militaire régionale de Zakarpattia — autre nom de la Transcarpatie —, du ministère ukrainien de l’Éducation et des Sciences, ainsi que du Collège hongrois d’enseignement supérieur de Transcarpatie. Leur présence laisse entrevoir des modifications de la législation ukrainienne sur les minorités nationales, l’un des sept critères exigés par la Commission européenne pour l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.

Les lois controversées sur les minorités, cœur du différend

Le contentieux remonte à 2017, lorsque l’Ukraine a adopté une loi imposant que 70 % des cours soient dispensés en ukrainien à partir de la cinquième année. Budapest y a vu une mesure discriminatoire envers la minorité hongroise, tandis que Kyiv a justifié ce texte par la nécessité de renforcer l’usage de la langue officielle du pays. Viktor Orbán, battu aux élections d’avril 2026, avait souvent brandi cet argument pour s’opposer à la candidature ukrainienne à l’UE.

En 2023, le Parlement ukrainien a adopté des amendements à la loi sur les minorités nationales, autorisant l’usage des langues de l’UE et des minorités nationales dans certains domaines, comme la publicité politique ou les médias. Cependant, l’enseignement de l’ukrainien reste obligatoire dans tous les établissements, même si l’enseignement peut y être dispensé dans une autre langue européenne. Une nuance qui n’a pas suffi à apaiser Budapest jusqu’à présent.

« L’Ukraine prend au sérieux les droits des minorités nationales et reste déterminée à les garantir conformément aux normes européennes. Nous comprenons que cette question est d’une importance fondamentale. »
Andriy Sybiha, ministre ukrainien des Affaires étrangères

Vers une modification de la législation ukrainienne ?

La participation de représentants du ministère ukrainien de l’Éducation et du Collège hongrois de Transcarpatie aux pourparlers laisse penser que des ajustements législatifs pourraient être envisagés. L’Ukraine, consciente que ce dossier est un obstacle majeur à son intégration européenne, cherche à montrer sa bonne volonté. « Nous disposons actuellement d’une fenêtre d’opportunité pour y parvenir », a souligné Andriy Sybiha.

Pour autant, les défis restent nombreux. La question de l’enseignement en ukrainien, par exemple, reste un point de friction. Si les amendements de 2023 ont permis des avancées, ils n’ont pas totalement convaincu Budapest. La nouvelle équipe hongroise, plus ouverte au dialogue, pourrait-elle trouver un terrain d’entente avec Kyiv ?

Et maintenant ?

Ces premiers pourparlers techniques pourraient déboucher sur une série de discussions plus approfondies dans les semaines à venir. Pour l’Ukraine, l’enjeu est de taille : lever l’un des principaux blocages politiques à son adhésion à l’UE. Côté hongrois, la question des minorités reste un sujet sensible, mais le nouveau gouvernement semble prêt à explorer des solutions pragmatiques. Une chose est sûre : le calendrier sera serré, d’autant que la Commission européenne attend des résultats concrets avant de valider les prochaines étapes de l’adhésion ukrainienne.

Reste à voir si ces discussions, encore à un stade préliminaire, permettront de concrétiser les espoirs placés par Kyiv et Budapest. Une chose est certaine : le dialogue, même timide, marque un changement de ton après des années de tensions.

Selon Euronews FR, la Hongrie, membre de l’UE, s’oppose à l’adhésion de l’Ukraine tant que les droits de la minorité hongroise de Transcarpatie ne sont pas pleinement garantis. Budapest estime que les lois ukrainiennes sur l’enseignement et l’usage des langues minoritaires sont discriminatoires. Ce veto hongrois est l’un des sept obstacles politiques identifiés par la Commission européenne pour bloquer la candidature ukrainienne.