Les projections du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) viennent d'être actualisées. Selon Futura Sciences, l'hypothèse la plus pessimiste, celle d'un emballement incontrôlé des émissions de gaz à effet de serre, n'est désormais plus considérée comme probable. Cette révision, publiée début mai 2026 dans la revue EGU, marque un tournant dans l'évaluation des risques climatiques à long terme.
Ce qu'il faut retenir
- Le scénario RCP 8.5, autrefois considéré comme le pire cas possible, n'est désormais plus jugé probable par les climatologues.
- Le réchauffement attendu d'ici 2100 est désormais estimé entre +3 °C et +3,5 °C, contre +4 °C dans l'ancien scénario extrême.
- Les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre commencent à porter leurs fruits, mais le réchauffement climatique se poursuit.
- Le seuil de +1,5 °C, limite fixée par l'Accord de Paris, est déjà en passe d'être dépassé.
- Les experts insistent : cette révision ne signifie pas que le climat est « sauvé », mais que les actions entreprises ont un impact.
Pour établir ces nouvelles projections, le Giec s'appuie sur des « Trajectoires représentatives de concentration » (RCP), qui modélisent l'évolution du climat en fonction des émissions futures. Ces scénarios, au nombre de quatre, vont d'une réduction drastique des émissions (scénario optimiste) à une absence totale de régulation (scénario extrême). Jusqu'à présent, le scénario RCP 8.5 était largement utilisé pour alerter sur les risques d'un réchauffement incontrôlé. Pourtant, comme le rappelle l'agroclimatologue Serge Zaka, cette hypothèse reposait sur un postulat extrême : « une augmentation indéfinie des émissions sans transition énergétique ni changement des usages ».
Dans un message publié sur le réseau X, Serge Zaka a souligné que « ces scénarios étaient déjà considérés comme improbables depuis longtemps ». Leur abandon dans les nouvelles projections reflète les avancées concrètes réalisées en matière de transition énergétique. Plusieurs grandes nations ont en effet accéléré leurs efforts pour limiter leurs émissions, notamment en développant les énergies renouvelables et en réduisant leur dépendance au charbon. Ces mesures commencent à porter leurs fruits, même si le chemin à parcourir reste long.
Un réchauffement inéluctable, mais moins extrême que prévu
Malgré cette révision, les scientifiques rappellent que le réchauffement climatique est une réalité déjà bien engagée. Selon les dernières estimations, la planète se dirige vers un réchauffement de +3 °C à +3,5 °C d'ici 2100, par rapport à la période préindustrielle (1850-1900). Ce chiffre reste bien au-dessus de l'objectif de +1,5 °C fixé par l'Accord de Paris en 2015. Certains organismes scientifiques estiment même que ce seuil a déjà été franchi en 2024.
Ce scénario intermédiaire, entre le modéré et le élevé, implique des conséquences majeures pour les sociétés humaines et les écosystèmes. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a récemment alerté sur l'« escalade des risques et des dommages climatiques » qui accompagnera un réchauffement dépassant +2 °C. Sécheresses prolongées, montée des eaux, multiplication des événements extrêmes : les impacts seront d'autant plus graves que la température moyenne augmentera.
Pour les climatologues, cette révision des scénarios ne doit pas être interprétée comme une victoire. « On peut se réjouir que le pire scénario devienne moins probable, mais abandonner le RCP 8.5 ne signifie pas qu'il ne va rien se passer », a tenu à préciser Serge Zaka. « Nous avons un long chemin devant nous, et les efforts doivent se poursuivre. » Les scientifiques insistent en effet sur l'urgence de maintenir la dynamique actuelle pour limiter l'ampleur du réchauffement.
Une transition énergétique qui porte ses premiers fruits
L'un des enseignements majeurs de cette révision réside dans la confirmation que les politiques de réduction des émissions commencent à avoir un effet tangible. Le développement massif des énergies renouvelables, l'amélioration de l'efficacité énergétique et la sortie progressive du charbon ont permis d'écarter le scénario catastrophe. Selon les auteurs de l'étude publiée dans EGU, ces avancées prouvent que « la transition énergétique fonctionne, même si elle reste incomplète ».
Cependant, les experts rappellent que ces progrès ne doivent pas masquer l'ampleur des défis restants. Pour respecter l'Accord de Paris, les émissions mondiales devraient être réduites de 43 % d'ici 2030, puis atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Un objectif qui nécessite une accélération sans précédent des politiques climatiques, ainsi qu'une coopération internationale renforcée.
Par ailleurs, la révision des scénarios climatiques illustre une autre tendance : les scientifiques recalculent en permanence leurs modèles en fonction des nouvelles données disponibles. Cette approche itérative permet d'affiner les prévisions et d'adapter les stratégies d'atténuation. Comme le note Futura Sciences, « cette révision montre que la science climatique est un processus dynamique, et non une vérité figée ».
Cette révision des scénarios climatiques offre donc un double enseignement. D'un côté, elle confirme que les actions entreprises commencent à porter leurs fruits. De l'autre, elle rappelle avec force que le combat contre le réchauffement est loin d'être terminé. Comme le résume un chercheur cité par Futura Sciences : « Le climat n'est pas sauvé, mais nous avons évité le pire. À nous de ne pas relâcher nos efforts. »
Le scénario RCP 8.5 était une projection extrême imaginant une augmentation exponentielle des émissions de gaz à effet de serre, avec une dépendance massive au charbon et l’absence de transition énergétique. Les climatologues l’ont écarté car il reposait sur des hypothèses jugées irréalistes, notamment en raison des progrès réalisés dans les énergies renouvelables et la réduction des émissions.
L’Accord de Paris de 2015 a fixé à +1,5 °C l’objectif maximal pour limiter les impacts les plus graves du réchauffement climatique. Au-delà, les risques de catastrophes naturelles, de stress hydrique et de perturbations des écosystèmes deviennent bien plus élevés. Certains scientifiques estiment que ce seuil a déjà été dépassé en 2024.