Dans son dernier essai, le philosophe et enseignant à l’Institut français de la mode Benjamin Simmenauer explore les racines psychologiques et sociales des mécanismes de la mode contemporaine. Selon Libération, qui consacre un article à cette publication, l’auteur y interroge notamment le rôle croissant de l’ennui dans l’émergence de nouvelles tendances, des créations éphémères aux objets cultes comme les figurines Labubu ou les produits de luxe en provenance de Dubaï.
Ce qu'il faut retenir
- Le philosophe Benjamin Simmenauer, professeur à l’Institut français de la mode, publie un ouvrage sur les ressorts psychologiques de la mode actuelle.
- Il analyse comment l’ennui collectif influence les tendances, poussant à la consommation de produits éphémères ou symboliques.
- Des exemples comme les Labubu (figurines) ou le chocolat de Dubaï illustrent cette dynamique, selon l’auteur.
Un phénomène social sous le prisme de la philosophie
Pour Benjamin Simmenauer, la mode ne se réduit pas à un simple mécanisme économique ou esthétique. Comme il l’explique dans son livre, « la mode s’enracine aujourd’hui dans un ennui collectif, une lassitude des structures traditionnelles qui pousse les individus à chercher des repères éphémères ». Selon Libération, cette analyse s’appuie sur des observations sociologiques récentes, notamment sur la rapidité avec laquelle certaines tendances disparaissent au profit de nouvelles, encore plus éphémères. Les réseaux sociaux jouent ici un rôle central, accélérant la diffusion et l’obsolescence des modes.
Côté marché, l’auteur souligne que des produits comme les figurines Labubu, créées par l’artiste chinois Kaiyodo, ou encore les articles de luxe en provenance de Dubaï, symbolisent cette quête de nouveauté permanente. Ces objets, souvent dépourvus de fonction utilitaire, deviennent des marqueurs sociaux, répondant à un besoin de distinction dans un monde saturé de stimuli.
L’ennui, miroir des mutations contemporaines
Benjamin Simmenauer ne se contente pas de décrire ce phénomène : il en analyse les causes profondes. « L’ennui n’est pas une simple absence de stimulation, mais le symptôme d’une société où les repères traditionnels — travail, famille, religion — s’effritent », précise-t-il. Toujours selon Libération, cette thèse s’inscrit dans une réflexion plus large sur la société de consommation, où la mode devient un exutoire face à l’incertitude économique et sociale.
Autant dire que les mécanismes décrits par Simmenauer touchent des publics variés. Des jeunes consommateurs, en quête de visibilité sur les réseaux sociaux, aux collectionneurs de produits de niche, tous trouvent dans ces tendances une manière de combler un vide identitaire. Les Labubu, par exemple, sont devenues des objets de spéculation, certains modèles atteignant des prix élevés sur le marché secondaire.
Un marché en mutation, entre spéculation et durabilité
L’ouvrage de Benjamin Simmenauer aborde également les conséquences économiques de cette dynamique. D’un côté, la mode éphémère stimule certains secteurs, comme celui des accessoires ou des produits dérivés. De l’autre, elle interroge sur la durabilité d’un modèle où l’obsolescence est programmée. « On assiste à une financiarisation de la mode, où même des objets sans valeur intrinsèque deviennent des actifs spéculatifs », observe l’auteur, cité par Libération.
Cette financiarisation touche aussi des produits comme le chocolat de Dubaï, souvent présenté dans des emballages luxueux et vendus à des prix exorbitants. Autant dire que, derrière l’apparente légèreté des tendances, se cache une logique de rentabilité à court terme, peu compatible avec les enjeux écologiques actuels.
En attendant, les consommateurs restent les premiers acteurs de cette dynamique. Qu’ils soient attirés par le dernier accessoire viral ou par un produit de luxe en provenance de Dubaï, leur quête de nouveauté alimente un marché où l’éphémère devient monnaie courante. Une réalité que Benjamin Simmenauer résume en une formule : « La mode est aujourd’hui le symptôme d’une société qui a peur de l’ennui, mais qui en cultive les causes ».
Benjamin Simmenauer est philosophe et professeur à l’Institut français de la mode. Son approche se distingue en analysant la mode non pas comme un simple phénomène économique ou esthétique, mais comme le reflet d’un ennui collectif dans une société en mutation. Selon Libération, il lie ainsi la mode aux transformations sociales plus larges, comme l’effritement des repères traditionnels ou la quête de distinction dans un monde saturé de stimuli.