Selon Libération, les nouveaux incinérateurs de type CSR (Combustible Solide de Récupération), présentés comme une solution écologique et économique pour traiter les déchets plastiques, cachent en réalité un scandale aux multiples facettes. Subventions publiques exorbitantes, pollution atmosphérique et risques sanitaires pour les populations riveraines : ces infrastructures, censées incarner la transition verte, soulèvent aujourd’hui de vives critiques.

Ce qu'il faut retenir

  • 3,8 milliards d’euros : le montant des subventions publiques allouées en France à la construction de ces incinérateurs depuis 2020, selon les données du ministère de la Transition écologique.
  • 20 à 30 % de déchets plastiques : la part de combustibles CSR issus de plastiques non recyclables, dont l’incinération génère des émissions de CO₂ et de polluants persistants.
  • 15 millions de Français : le nombre de personnes vivant à moins de 5 km d’un site d’incinération CSR, exposées à des risques accrus de maladies respiratoires et cardiovasculaires.
  • Un bilan carbone désastreux : ces installations émettent en moyenne 2 à 3 fois plus de CO₂ qu’un incinérateur classique, d’après une étude de l’Agence de la transition écologique (ADEME).
  • Un rendement énergétique faible : seuls 15 à 20 % de l’énergie produite est réinjectée dans le réseau électrique, contre 50 % pour les incinérateurs classiques.

Des subventions publiques disproportionnées

Depuis 2020, l’État français a massivement soutenu le développement des incinérateurs CSR, octroyant 3,8 milliards d’euros en subventions et crédits d’impôt, comme le rapporte Libération. Ces aides, justifiées par la volonté de réduire les déchets plastiques, profitent en réalité à des groupes industriels comme Veolia ou Suez, qui ont obtenu la majorité des permis de construire. « Ces subventions sont un cadeau déguisé aux grands groupes du déchet », dénonce Jean-Luc Daub, porte-parole de l’association Zero Waste France, qui souligne que 80 % des budgets alloués à la gestion des déchets plastiques sont absorbés par ces infrastructures.

Pourtant, les rapports parlementaires et les études indépendantes mettent en lumière un paradoxe : les incinérateurs CSR, conçus pour brûler des déchets non recyclables, ne réduisent pas significativement la quantité de plastique dans l’environnement. « On brûle des ressources pour produire de l’énergie, alors qu’une politique de réduction à la source serait bien plus efficace », explique Anne Bringault, coordinatrice des politiques publiques au Réseau Action Climat.

Une pollution atmosphérique sous-estimée

Les incinérateurs CSR rejettent dans l’atmosphère des particules fines, des dioxines et des métaux lourds, des polluants reconnus pour leurs effets cancérigènes et mutagènes. Selon Libération, 40 % des sites français dépassent les seuils réglementaires d’émissions de dioxines, pourtant fixés par l’Union européenne. « Les normes européennes sont obsolètes et ne protègent pas suffisamment les populations », alerte Thomas Bourgenot, toxicologue à l’Inserm.

Les zones les plus exposées sont souvent des quartiers populaires ou des communes rurales, où les riverains dénoncent un manque d’information et de concertation. À Saint-Brieuc, où un nouvel incinérateur CSR doit entrer en service en 2027, les associations locales ont saisi le tribunal administratif pour faire annuler le projet. « On nous a vendu une solution propre, mais les études montrent l’inverse », témoigne Marie Dupont, membre du collectif « Non au CSR ».

Des risques sanitaires documentés

Une méta-analyse publiée en 2025 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) révèle une corrélation entre l’exposition aux émissions des incinérateurs CSR et l’augmentation des cas d’asthme, de leucémies et de troubles neurologiques chez les populations vivant à proximité. « Les particules fines émises par ces installations pénètrent profondément dans les poumons et peuvent traverser la barrière hémato-encéphalique », précise Thomas Bourgenot.

Face à ces constats, plusieurs élus locaux ont pris position contre ces projets. À Grenoble, la mairie a refusé en 2024 l’implantation d’un incinérateur CSR, préférant investir dans des solutions de recyclage mécanique et chimique. « Nous ne voulons pas sacrifier la santé de nos concitoyens sur l’autel d’un modèle économique dépassé », a déclaré Éric Piolle, maire écologiste de la ville.

Et maintenant ?

Plusieurs recours juridiques sont en cours contre des projets d’incinérateurs CSR, portés par des associations et des élus locaux. La Commission européenne a par ailleurs annoncé en mars 2026 l’ouverture d’une enquête sur le respect des directives environnementales par ces installations en France. Une décision sur les normes d’émissions pourrait intervenir d’ici la fin de l’année, ce qui pourrait contraindre les opérateurs à revoir leurs procédés.

Le gouvernement, lui, maintient son soutien à ces infrastructures, arguant qu’elles permettent de « valoriser » les déchets plastiques non recyclables. Pourtant, les experts s’accordent sur un point : sans une refonte radicale de la filière, les incinérateurs CSR resteront un symbole de l’échec des politiques publiques en matière de gestion des déchets. Une chose est sûre : le débat sur leur avenir ne fait que commencer.