Une étude publiée le 9 juin par Greenpeace Afrique, relayée par Reporterre, révèle l’impact disproportionné des plus grandes fortunes mondiales sur le dérèglement climatique. Selon les calculs de l’ONG, les 0,01 % les plus riches – soit une infime partie de la population mondiale – génèrent une dette climatique de 992 milliards de dollars chaque année. Ce montant correspond à la valeur monétaire des émissions excédentaires empêchant de respecter l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C, tel que défini par l’Accord de Paris.

Ce qu'il faut retenir

  • Les 0,01 % les plus riches sont responsables d’une dette climatique de 992 milliards de dollars par an.
  • Cette somme reflète le coût des émissions excédentaires bloquant le respect de l’objectif de +1,5 °C de l’Accord de Paris.
  • L’étude s’appuie sur des travaux antérieurs, notamment ceux de l’économiste Lucas Chancel, qui avait démontré que 70 % des émissions mondiales sont attribuables aux 10 % les plus aisés.
  • L’enquête de Greenpeace Afrique a été publiée le 9 juin 2026.

Une responsabilité climatique concentrée sur une infime élite

Les chiffres avancés par Greenpeace Afrique soulignent une disparité criante dans la répartition des émissions mondiales. D’après les données compilées, les ultra-riches – bien que représentant une part infime de la population – contribuent de manière disproportionnée à la crise climatique. Leur empreinte carbone dépasse largement les seuils compatibles avec les objectifs climatiques internationaux. Reporterre précise que cette étude s’inscrit dans la continuité des travaux de Lucas Chancel, économiste spécialiste des inégalités et du climat, qui avait établi en 2024 que les 10 % les plus aisés étaient à l’origine de 70 % des émissions mondiales.

L’ONG africaine insiste sur le fait que cette dette climatique n’est pas seulement une question de responsabilité environnementale, mais aussi de justice sociale. Les populations les plus pauvres, souvent les moins responsables des émissions, subissent les conséquences les plus graves du changement climatique : sécheresses, inondations, perte de biodiversité. « Les émissions des plus riches sabotent les efforts de limitation du réchauffement », a souligné un porte-parole de Greenpeace Afrique dans un communiqué.

Comment est calculée cette dette climatique ?

La méthodologie utilisée par Greenpeace Afrique repose sur une monétisation des dommages climatiques imputables aux émissions excédentaires. Pour chaque tonne de CO₂ émise au-delà des seuils permettant de rester sous +1,5 °C, un coût est attribué, reflétant les pertes économiques et environnementales futures. Selon les calculs, les 0,01 % les plus riches émettent en moyenne 7 000 fois plus que la moyenne mondiale, ce qui alourdit considérablement leur contribution à cette dette.

Cette approche s’appuie sur des modèles économiques classiques, mais elle prend aussi en compte les projections du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Les scientifiques estiment que chaque tonne de CO₂ émise au-delà des limites compatibles avec +1,5 °C génère un coût moyen de 180 dollars en dommages futurs. Multiplié par le volume d’émissions des ultra-riches, ce chiffre aboutit au montant astronomique de 992 milliards de dollars.

Quelles solutions pour réduire cette dette climatique ?

Face à l’ampleur des chiffres, Greenpeace Afrique appelle à des mesures concrètes pour taxer les émissions des plus riches et financer l’adaptation des pays en développement. L’ONG propose notamment d’instaurer un impôt mondial sur les superprofits des industries polluantes, dont les recettes seraient affectées à la lutte contre le changement climatique. « Il est urgent de rendre les plus gros émetteurs responsables de leurs actes », a déclaré une responsable de Greenpeace, sans préciser de date pour d’éventuelles négociations internationales.

Cette étude intervient alors que les négociations climatiques internationales peinent à aboutir à des engagements contraignants. Lors de la COP28, en 2023, les États avaient convenu de la nécessité de réduire les émissions, mais sans mécanisme clair pour sanctionner les pays ou individus les plus pollueurs. Certains économistes, comme Lucas Chancel, plaident pour une réforme fiscale mondiale ciblant les ultra-riches, mais les obstacles politiques restent nombreux.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient inclure des discussions au sein des instances internationales, comme l’ONU ou l’OCDE, pour évaluer la faisabilité d’un impôt climatique ciblant les plus grandes fortunes. La question d’une taxe sur les émissions des ultra-riches devrait également figurer à l’ordre du jour du sommet du G20 prévu en novembre 2026, où les États membres pourraient explorer des pistes pour financer la transition écologique. Reste à voir si les pays les plus émetteurs accepteront de s’engager sur cette voie.

Cette étude de Greenpeace Afrique rappelle une fois de plus que la lutte contre le changement climatique ne peut se limiter à des déclarations d’intention. Sans mesures contraignantes pour responsabiliser les plus gros émetteurs, les objectifs de l’Accord de Paris risquent de rester hors de portée.