Ils sont de plus en plus nombreux à devoir composer avec l’intelligence artificielle au quotidien, mais tous ne l’acceptent pas sans réserve. Selon Le Monde, près d’un cadre sur deux utilise désormais des outils d’IA au moins une fois par semaine. Pourtant, certains salariés expriment des réserves, voire un rejet pur et simple, remettant en cause l’utilité réelle de ces technologies, leur impact sur les conditions de travail ou encore leur bilan écologique.

Cette réticence n’est pas anodine. Elle reflète une fracture croissante entre les impératifs managériaux et les préoccupations individuelles. L’Association pour l’emploi des cadres (APEC), qui a publié ces chiffres, souligne que ces résistances ne sont pas marginales. Elles révèlent des tensions plus profondes sur la place de l’IA dans l’entreprise moderne.

Ce qu'il faut retenir

  • Un cadre sur deux utilise l’IA au moins une fois par semaine, selon l’APEC.
  • Certains cadres remettent en cause son utilité ou son impact environnemental.
  • D’autres vont jusqu’à refuser son utilisation en bloc.
  • Ces résistances reflètent des tensions entre management et employés.
  • L’APEC met en lumière une adoption inégale de l’IA selon les profils et secteurs.

Une adoption en demi-teinte, entre obligation et choix

L’APEC révèle que 50 % des cadres intègrent désormais l’IA à leur routine professionnelle, une progression notable ces dernières années. Cependant, cette généralisation ne se fait pas sans heurt. « L’IA est présentée comme une solution miracle, mais son utilité réelle dépend fortement du contexte », explique un responsable des ressources humaines cité par Le Monde. Certains outils automatisent des tâches répétitives, tandis que d’autres complexifient des processus déjà établis.

Pour autant, le débat dépasse la simple question de l’efficacité. « Ce n’est pas parce qu’une technologie existe qu’elle doit être imposée », déclare un cadre interrogé, évoquant des pressions hiérarchiques pour utiliser des outils parfois jugés superflus. Une situation qui, selon lui, peut générer du stress et une perte de sens au travail.

L’impact environnemental, un argument de poids contre l’IA

Parmi les critiques les plus récurrentes, l’empreinte écologique de l’IA occupe une place centrale. Les data centers nécessaires au fonctionnement des algorithmes consomment des quantités colossales d’énergie, un argument qui ne laisse pas indifférent dans un contexte de transition écologique. « Quand on nous demande d’utiliser des outils dont l’impact carbone est aussi élevé, ça pose question », confie un ingénieur en environnement.

Cette préoccupation n’est pas isolée. Des collectifs de salariés, notamment dans les secteurs technologiques, commencent à s’organiser pour exiger des bilans carbone systématiques des outils numériques imposés. Une mobilisation qui interroge : jusqu’où les entreprises sont-elles prêtes à aller pour imposer l’innovation ?

Le refus, une forme de résistance passive

Pour certains, le rejet de l’IA prend la forme d’une résistance active. Plutôt que de contourner discrètement les directives, ils choisissent de les ignorer ouvertement. « Je préfère perdre du temps à faire les choses manuellement plutôt que de contribuer à alimenter des systèmes dont je ne maîtrise pas les conséquences », témoigne un responsable marketing. Une position qui, bien que minoritaire, illustre le fossé entre les attentes des directions et celles des employés.

Ce phénomène n’est pas sans risque pour les salariés. En cas de refus répété, des sanctions disciplinaires peuvent être envisagées, notamment dans les entreprises où l’IA est présentée comme un levier de performance incontournable. Une situation qui rappelle les tensions autour des nouvelles technologies, déjà observées lors de l’adoption des logiciels de surveillance ou des outils de télétravail.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une intensification des débats autour de l’IA en entreprise. La publication, prévue en septembre 2026, d’un rapport européen sur l’impact environnemental du numérique devrait apporter de nouveaux éléments. Les entreprises, elles, devront arbitrer entre innovation et acceptabilité sociale, sous peine de voir monter les résistances.

Reste à savoir si les directions accepteront de remettre en cause des politiques d’innovation parfois trop hâtives. Une chose est sûre : le sujet ne fera que gagner en importance à mesure que l’IA s’imposera dans des secteurs toujours plus variés.

Selon l’APEC, les secteurs les plus concernés sont la finance, le conseil et les technologies. Dans ces domaines, plus de 60 % des cadres déclarent utiliser des outils d’IA au moins une fois par semaine.