Le classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF), publié ce mardi 12 mai, dresse un constat alarmant : la liberté de la presse recule à l’échelle mondiale, dans des proportions inédites depuis vingt ans. Pour la première fois, aucun pays ne figure en tête de classement dans la catégorie « situation satisfaisante », tandis que les régimes autoritaires renforcent leur emprise sur les médias. Cette dégradation touche tous les continents, des démocraties européennes aux dictatures d’Asie, en passant par les zones de conflit au Moyen-Orient et en Afrique.
Ce qu'il faut retenir
- Pour la première fois, aucun pays n’est classé en « situation satisfaisante » dans le baromètre de RSF.
- Le recul de la liberté de la presse s’observe sur tous les continents, avec une aggravation notable en Europe de l’Est et en Afrique subsaharienne.
- 2026 marque un tournant : les régimes autoritaires (Chine, Russie, Iran) étendent leur contrôle sur l’information, tandis que les démocraties voient leurs médias fragilisés par des pressions politiques et économiques.
- Les zones de guerre (Ukraine, Soudan, Yémen) restent des environnements extrêmement hostiles pour les journalistes, avec une hausse des enlèvements et des assassinats.
Un classement inédit : plus aucun pays « satisfaisant »
Selon RSF, l’Europe de l’Est est la région la plus touchée cette année, avec un effondrement de la liberté de la presse en Biélorussie (-10 places) et en Russie (-5), où les médias indépendants sont systématiquement muselés. En Asie, la Chine et la Corée du Nord conservent leurs positions parmi les pires élèves, avec des systèmes de censure toujours plus sophistiqués. «
Nous assistons à une normalisation de l’autoritarisme, où la désinformation devient une arme de contrôle massif», a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, lors de la présentation du rapport. Autant dire que la liberté de la presse n’a jamais été aussi menacée depuis la création du classement en 2002.
L’Europe : entre reculs démocratiques et pressions économiques
Si l’Europe de l’Ouest reste globalement stable, plusieurs pays enregistrent un net recul. En Hongrie (-3 places), le Premier ministre Viktor Orbán a renforcé son emprise sur les médias, tandis qu’en Pologne (-2), la nouvelle loi sur les « fake news » est utilisée pour museler les journalistes critiques. En France, qui stagne à la 21ᵉ place, le climat s’est durci avec des agressions contre des reporters couvrant les manifestations et une montée des pressions politiques sur les rédactions publiques. «
Les démocraties ne sont pas épargnées par cette tendance. Les médias y sont de plus en plus fragilisés par des logiques économiques et des attaques politiques», a souligné Deloire. En Afrique, le Mali (-8) et le Burkina Faso (-7) subissent un effondrement de la liberté de la presse, sous l’effet des coups d’État et de la montée de l’influence russe.
Les zones de conflit : des « zones rouges » pour les journalistes
Les régions en guerre restent les environnements les plus dangereux pour les professionnels de l’information. En Ukraine, malgré la résistance face à l’invasion russe, les journalistes locaux et internationaux font face à des risques accrus d’enlèvements et de cyberattaques. Au Soudan, la guerre civile a provoqué une chute de 15 places du pays dans le classement, avec une multiplication des exactions contre les reporters. «
Les conflits armés sont devenus des laboratoires où les belligérants testent de nouvelles méthodes pour museler la presse : censure, désinformation, voire assassinats ciblés», explique RSF. En Amérique latine, la Colombie (-5) et le Mexique (-3) restent des pays extrêmement dangereux, avec respectivement 7 et 11 journalistes assassinés en 2025.
Cette dégradation historique de la liberté de la presse pose une question centrale : les institutions internationales et les démocraties parviendront-elles à endiguer cette régression, ou assisterons-nous à l’avènement d’un monde où l’information ne sera plus qu’un outil de propagande ?