Depuis le début de l’invasion russe en 2022, l’Ukraine a dû adapter en urgence son industrie de défense pour répondre aux besoins du front. Selon Euronews FR, Kyiv mise désormais sur des partenariats stratégiques avec les pays de l’Union européenne afin d’amplifier la production de drones et d’autres équipements militaires, essentiels pour contrer les attaques russes. Cette stratégie, présentée lors de la Convention ASD 2026 qui s’est tenue à Cascais début mai 2026, s’appuie sur l’expertise acquise par l’Ukraine dans la lutte contre les drones Shahed d’origine iranienne, largement utilisés par Moscou.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Ukraine cherche à coproduire et exporter ses drones et équipements militaires avec des partenaires européens pour renforcer ses capacités de défense et celles d’autres nations.
  • Kyiv a développé une expertise unique dans la lutte contre les drones Shahed, qu’elle propose désormais de partager avec des pays tiers, notamment au Moyen-Orient.
  • L’industrie de défense ukrainienne dispose d’une capacité excédentaire, lui permettant de produire trois fois plus que ses besoins locaux actuels.
  • Le président Zelensky a annoncé la création du format « Drone Deals » pour structurer l’exportation d’armes ukrainiennes, incluant drones, missiles, munitions et logiciels militaires.
  • D’ici fin 2026, l’Ukraine prévoit d’ouvrir au moins dix joint-ventures en Europe pour produire des drones sur le continent.

Cette approche s’inscrit dans un contexte où l’Ukraine, confrontée à l’utilisation massive de drones de combat par la Russie, a dû innover rapidement. Oleksandr Kamyshin, ancien ministre ukrainien des Industries stratégiques et aujourd’hui conseiller du président Volodymyr Zelensky, a expliqué à Euronews FR que Kyiv avait appris à « combattre les drones Shahed de fabrication iranienne » tout en développant ses propres systèmes de défense aérienne. « Nous avons dû produire des équipements efficaces pour y faire face, notamment des drones intercepteurs, qui sont aujourd’hui une pièce maîtresse de notre système de défense », a-t-il déclaré lors de l’événement.

Les drones ukrainiens, désormais reconnus pour leur efficacité, pourraient intéresser d’autres nations. « Ce type d’armement pourrait être très utile à d’autres pays pour contrer les drones d’attaque à longue portée de la Russie, de l’Iran, voire d’autres acteurs », a souligné Kamyshin. Cette expertise est d’autant plus pertinente que le Moyen-Orient reste une zone de tensions persistantes. Malgré un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, les tensions dans le détroit d’Ormuz et les attaques signalées par les Émirats arabes unis contre des cibles iraniennes montrent que la menace des drones persiste. « L’Ukraine, en tant que nation qui a appris à les combattre, sera heureuse de partager les leçons apprises », a-t-il ajouté.

Une industrie de défense ukrainienne en pleine expansion

Pour concrétiser cette stratégie, l’Ukraine mise sur des partenariats industriels avec l’Europe. Kamyshin a rappelé que « dans tous les pays européens, il existe des capacités industrielles adéquates et des partenaires appropriés pour y parvenir ». Cette collaboration prend déjà forme, comme en témoigne l’exemple d’une unité de production conjointe basée en Allemagne, opérationnelle depuis février 2026. L’objectif est ambitieux : « D’ici la fin de l’année, nous aurons au moins dix joint-ventures en Europe produisant des drones ukrainiens », a-t-il garanti.

Parallèlement, l’Ukraine a renforcé ses propres capacités industrielles. Selon Kamyshin, le pays a « augmenté ses capacités industrielles au point de pouvoir produire trois fois plus que les fonds disponibles localement ». Cette capacité excédentaire offre une marge de manœuvre pour l’exportation et la coproduction. « Nous avons une capacité excédentaire, ce qui nous permet d’envisager des partenariats à l’export », a-t-il précisé. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté de diversifier les sources de financement pour l’effort de guerre et de positionner l’Ukraine comme un acteur clé du marché des équipements militaires.

Le format « Drone Deals » : une nouvelle étape pour l’exportation d’armes ukrainiennes

Le 13 mai 2026, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé que Kiev avait finalisé « tous les détails » pour lancer le format « Drone Deals ». Ce dispositif vise à structurer l’exportation d’armes ukrainiennes, incluant non seulement des drones, mais aussi des missiles, des munitions, des équipements militaires et des logiciels. Dans un message publié sur X (ex-Twitter), il a décrit ces accords comme des « accords spéciaux sur la production et la fourniture » de ces équipements, destinés à être intégrés aux systèmes de défense des partenaires de l’Ukraine.

Zelensky a également insisté sur le fait que seuls les « partenaires qui soutiennent l’Ukraine » pourraient accéder à ces technologies. « Les connaissances spécialisées en matière de sécurité et d’armement, perfectionnées au cours des quatre dernières années de guerre, ne seront partagées qu’avec ceux qui nous soutiennent », a-t-il affirmé. Cette approche vise à renforcer les alliances stratégiques tout en sécurisant les transferts de technologies sensibles. Le président a également évoqué la possibilité de « mettre à disposition l’expertise » ukrainienne et d’échanger des connaissances technologiques, un atout majeur dans un secteur aussi concurrentiel que celui de l’armement.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact du format « Drone Deals ». Si les dix joint-ventures annoncées en Europe parviennent à atteindre leurs objectifs d’ici fin 2026, l’Ukraine pourrait significativement accroître sa production et son influence sur le marché des drones de combat. Par ailleurs, la capacité de Kyiv à exporter ses technologies dépendra en grande partie de la solidité de ses partenariats européens et de la stabilité de ses alliances militaires. Reste à voir si d’autres pays, notamment en Asie ou en Afrique, se montreront intéressés par ces équipements, dans un contexte où les drones deviennent un outil central des conflits modernes.

Cette stratégie ukrainienne s’inscrit dans une tendance plus large, où les nations cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement en équipements militaires. En misant sur ses capacités industrielles et son expertise opérationnelle, l’Ukraine se positionne comme un acteur incontournable du secteur, tout en renforçant sa position géopolitique. Pour l’Europe, ces partenariats pourraient également représenter une opportunité de réduire sa dépendance aux fournisseurs traditionnels, notamment américains ou chinois.

En définitive, l’Ukraine mise sur une carte maîtresse : transformer une nécessité imposée par la guerre en levier de puissance industrielle et diplomatique. Si ce pari réussit, elle pourrait bien devenir un modèle de résilience et d’innovation pour d’autres nations confrontées à des défis similaires.

Selon Oleksandr Kamyshin, cité par Euronews FR, plusieurs pays européens disposent de « capacités industrielles adéquates » pour collaborer avec l’Ukraine. Parmi eux, l’Allemagne est déjà engagée avec une joint-venture opérationnelle depuis février 2026. D’autres nations, non précisées à ce stade, devraient rejoindre le mouvement d’ici la fin de l’année, dans le cadre des « Drone Deals ».