Selon Capital, le management conserve une forte attractivité en France, malgré une charge mentale et opérationnelle qui s’alourdit. Une enquête menée par Excelia auprès de 1 200 managers français révèle en effet que le rôle de manager reste un vecteur de promotion sociale et de progression de carrière, plébiscité par les professionnels du secteur. Pourtant, cette fonction, autrefois perçue comme un idéal, se heurte aujourd’hui à des réalités bien moins enviables, entre surcharge relationnelle, injonctions contradictoires et transformation des attentes envers les encadrants.

Ce qu'il faut retenir

  • 80 % des managers interrogés conseilleraient leur fonction à leurs proches, la considérant toujours comme un levier essentiel de valorisation professionnelle.
  • 51 % des cadres se déclarent fatigués, un phénomène perçu comme une tendance forte par 22 % et comme un signal d’alerte par 45 % des sondés.
  • Le rôle de « care manager », centré sur le bien-être psychologique des équipes, s’ajoute aux responsabilités traditionnelles, générant un sentiment de sous-valorisation des efforts invisibles.
  • 44 % des managers critiquent le manque de droit à l’erreur au sein de leur hiérarchie, tandis que 24 % s’épuisent face au rythme des innovations managériales.
  • 90 % des encadrants estiment que leurs compétences humaines et relationnelles ne pourront jamais être remplacées par l’intelligence artificielle.

Un rôle toujours désirable, mais sous haute tension

Malgré les défis quotidiens, le management reste une fonction attractive pour les professionnels français. Selon l’enquête d’Excelia, 80 % des managers interrogés n’hésiteraient pas à recommander leur poste à leurs proches, reconnaissant en lui une voie privilégiée pour gravir les échelons hiérarchiques. 78 % des cadres estiment également que leur rôle est « absolument essentiel » à la bonne marche de leur entreprise, tandis que 64 % affichent une confiance mesurée dans l’avenir de leur profession. « Devenir manager est toujours attractif, car c’est une voie de promotion, mais aussi une aventure humaine », souligne Guillaume Pernoud, directeur Executive Education d’Excelia Business School.

Cette attractivité persistante contraste avec la réalité opérationnelle des managers. L’enquête révèle en effet une tension croissante entre le désir de progresser et les difficultés rencontrées au quotidien. Si le statut conserve un prestige social, son exercice s’avère de plus en plus exigeant, au point que 51 % des sondés déclarent se sentir épuisés. Pour 22 % d’entre eux, cette fatigue n’est pas un phénomène isolé, mais une tendance de fond, tandis que 45 % y voient un signal d’alerte préoccupant.

Le manager, entre chef d’orchestre et « care manager »

Le métier de manager a profondément évolué ces dernières décennies. Dès les années 1980, l’intégration des soft skills dans les référentiels de management a transformé le rôle de l’encadrant, qui doit désormais endosser une dimension plus humaine et relationnelle. Cette évolution s’est encore accélérée avec l’essor du travail nomade, rendant le maintien du lien social et du bien-être des équipes plus complexe. « Le manager n’est plus seulement un chef d’orchestre technique, mais aussi le garant du bien-être psychologique de son équipe », explique Guillaume Pernoud.

Cette double casquette impose des responsabilités nouvelles, souvent chronophages et difficiles à évaluer. Contrairement aux missions opérationnelles, la gestion du bien-être des collaborateurs échappe aux indicateurs de performance classiques. Résultat : les managers ressentent une frustration croissante, estimant que leurs efforts invisibles – écoute, accompagnement, médiation – ne sont pas suffisamment reconnus ou valorisés par leur hiérarchie.

Une pression accrue par les contradictions managériales

Le manager évolue dans un environnement où les attentes sont souvent contradictoires. D’un côté, la direction exige des résultats opérationnels, des décisions stratégiques et le respect des processus. De l’autre, les équipes revendiquent toujours plus d’autonomie et de flexibilité. « Le manager se retrouve pris en étau entre des injonctions divergentes », résume Guillaume Pernoud. Cette pression constante peut mener à un épuisement professionnel, d’autant plus que les innovations technologiques et managériales s’enchaînent à un rythme effréné.

L’enquête d’Excelia met en lumière plusieurs facteurs aggravants. Ainsi, 42 % des cadres déclarent être stimulés par les changements constants, mais 24 % s’épuisent à devoir traduire des concepts abstraits en actions concrètes, dans un flux continu d’innovations. Par ailleurs, 44 % des managers critiquent le manque de droit à l’erreur au sein de leur entreprise, un frein supplémentaire à l’innovation et à la prise de risque.

L’entreprise, un refuge dans un monde perçu comme chaotique

Dans un contexte extérieur marqué par l’incertitude – économique, géopolitique, technologique –, l’entreprise apparaît paradoxalement comme un havre de stabilité pour les managers. À l’intérieur des murs, une forme de paix sociale et de confiance dans le collectif semble persister, même si les interrogations sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le management restent vives.

Sur ce point, l’étude d’Excelia révèle une conviction forte : 90 % des managers estiment que leur fonction repose sur des compétences humaines et relationnelles que l’IA ne pourra jamais reproduire. « Les encadrants voient la technologie comme un simple assistant, chargé de libérer du temps pour l’humain », analyse Guillaume Pernoud. Une vision pragmatique, qui reflète leur attachement à des qualités intrinsèquement humaines : l’écoute, l’empathie, la capacité à fédérer.

Et maintenant ?

Face à cette complexité croissante, la refonte de l’allocation du temps de travail des managers pourrait s’imposer comme une piste de solution. « Aujourd’hui, un manager cumule souvent une charge opérationnelle complète avec la responsabilité humaine et administrative de son équipe », rappelle Guillaume Pernoud. Une telle surcharge risque de décourager les vocations, alors même que les compétences managériales restent cruciales pour la performance des entreprises. Reste à voir si les organisations sauront repenser les priorités et offrir à leurs encadrants les moyens de concilier excellence opérationnelle et bien-être des équipes.

Cette enquête d’Excelia, menée auprès de 1 200 managers, souligne ainsi un paradoxe : alors que le management conserve une forte attractivité, son exercice quotidien se heurte à des défis structurels qui, s’ils ne sont pas adressés, pourraient altérer durablement son attractivité à long terme. Pour les entreprises, la question n’est plus seulement de former des managers, mais de leur donner les moyens d’exercer leur rôle dans des conditions soutenables.

Non, selon l’étude d’Excelia, 90 % des managers estiment que leurs compétences humaines et relationnelles ne pourront pas être remplacées par l’IA. Les encadrants voient plutôt la technologie comme un outil d’assistance, permettant de déléguer les tâches administratives pour se concentrer sur l’humain.