C'est un anniversaire chargé de symboles pour le Monténégro. Vingt ans après son indépendance vis-à-vis de la Serbie, le pays célèbre cette semaine son émancipation politique au travers de concerts et festivités organisées à Podgorica, la capitale, ainsi que dans d'autres villes. Selon Euronews FR, cette commémoration intervient alors que Podgorica se tourne résolument vers l'Union européenne, son prochain objectif stratégique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Monténégro a obtenu son indépendance lors d'un référendum organisé le 21 mai 2006, avec 55,5 % des voix en faveur de la séparation d'avec la Serbie
  • Le pays, qui compte 623 000 habitants, mise sur l'adhésion à l'UE d'ici 2028, avec le slogan « 28 d'ici 28 » visible sur un avion de sa compagnie nationale
  • Le soutien à l'UE atteint 80 % dans l'opinion publique, mais des réformes démocratiques et économiques restent à finaliser
  • Le Monténégro, membre de l'OTAN depuis 2017, est considéré comme le pays le plus avancé des Balkans occidentaux dans le processus d'adhésion
  • L'économie, très dépendante du tourisme, a adopté l'euro comme monnaie, mais son tissu institutionnel doit encore être renforcé

Un référendum historique et ses conséquences

Le 21 mai 2006, les Monténégrins ont tranché : à 55,5 %, ils ont choisi de quitter l'union avec la Serbie, mettant fin à un État commun issu de la dissolution de la Yougoslavie. Ce scrutin intervenait après une décennie marquée par les guerres des années 1990 et les bombardements de l'OTAN en 1999, destinés à stopper le conflit au Kosovo. Selon Euronews FR, cette décision a révélé les fractures d'une société encore partagée entre partisans de l'indépendance et ceux favorables au maintien de l'union.

Les liens historiques entre le Monténégro et la Serbie restent profonds : partage de la religion chrétienne orthodoxe, langues slaves voisines et alliances séculaires. Environ un tiers des Monténégrins s'identifient comme Serbes, une réalité qui explique les tensions persistantes après la séparation. « La question de l'identité nationale a toujours été complexe dans ce pays », note un observateur politique local cité par Euronews FR.

De l'indépendance à l'OTAN : une stratégie de souveraineté

Sous la direction de l'ancien dirigeant Milo Djukanovic, qui a dirigé le pays pendant près de trois décennies, le Monténégro a engagé une politique d'ouverture vers l'Occident. Ce virage s'est concrétisé par l'adhésion à l'OTAN en 2017, une étape perçue comme essentielle pour sécuriser l'indépendance du pays. « Faire partie de l'OTAN est une garantie de sécurité pour notre souveraineté », a rappelé le président actuel, Jakov Milatović, lors des célébrations.

Ce choix a aussi marqué une distancing avec Moscou, un autre allié historique des pays slaves. « Djukanovic a su positionner le Monténégro dans le giron occidental, une orientation maintenue par ses successeurs », explique un diplomate européen sous couvert d'anonymat. Le pays a ainsi rompu avec une partie de son héritage yougoslave pour embrasser une nouvelle trajectoire géopolitique.

L'UE en ligne de mire : un objectif ambitieux

« L'intégration pleine et entière à l'Union européenne est la prochaine étape pour le Monténégro », a déclaré le président Milatović. Pari risqué ? Pas selon lui : « Nous pouvons y parvenir d'ici 2028. Je suis optimiste. » Le pays mise sur son avancée dans le processus de candidature, lancée dès 2010, et sur le soutien massif de sa population. Selon les dernières enquêtes, 80 % des Monténégrins se prononcent en faveur de l'adhésion, un chiffre bien au-dessus de la moyenne dans les Balkans.

L'Union européenne a déjà franchi une étape symbolique en créant un groupe de travail chargé de rédiger le traité d'adhésion. Une première dans la région, où seuls la Serbie et le Monténégro ont atteint ce stade. « Le processus est bien engagé, mais le chemin reste exigeant », tempère une source bruxelloise. Le Monténégro doit en effet finaliser des réformes structurelles, notamment dans la lutte contre la corruption et le renforcement de l'État de droit.

Des défis économiques et institutionnels persistants

Si le pays affiche une monnaie stable — l'euro, adopté unilatéralement en 2002 — son économie reste fragile. Avec un PIB de 5,3 milliards d'euros en 2025, selon la Banque mondiale, le Monténégro dépend à plus de 20 % du secteur touristique, très vulnérable aux crises. « La diversification économique est un impératif, mais les réformes prennent du temps », souligne Jovana Marović, ancienne ministre de l'Intégration européenne.

Les institutions monténégrines, encore marquées par des décennies de gestion post-yougoslave, doivent accélérer leur modernisation. « Ce qui a manqué en quatorze ans, nous devons le combler en six mois », a résumé Marović, évoquant l'urgence à agir pour respecter les critères européens. Parmi les priorités : la transparence des marchés publics et l'indépendance de la justice.

Et maintenant ?

Une réunion clé est prévue début juin à Tivat, une ville côtière monténégrine, où les dirigeants des pays candidats des Balkans occidentaux — Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Serbie, Kosovo et Monténégro — seront conviés. L'objectif ? Faire un point d'étape sur les avancées de chacun avant une nouvelle évaluation par Bruxelles à l'automne. Pour le Monténégro, la pression est double : tenir le calendrier des réformes tout en maintenant le soutien populaire. Une tâche ardue, mais le pays mise sur son statut de meilleur élève de la classe pour convaincre.

Reste à savoir si l'UE sera disposée à accélérer le processus, dans un contexte géopolitique marqué par l'élargissement et les tensions internes. « L'adhésion n'est pas un cadeau, mais une récompense pour les efforts consentis », rappellent les négociateurs européens. Pour le Monténégro, l'enjeu est de taille : transformer vingt ans d'indépendance en une pleine souveraineté européenne.

Le référendum du 21 mai 2006 a été organisé après des années de tensions avec la Serbie au sein de l'État union de Serbie-et-Monténégro. Les partisans de l'indépendance, menés par Milo Djukanovic, ont milité pour une pleine souveraineté, tandis que les opposants craignaient une rupture avec un partenaire historique. Le résultat de 55,5 % en faveur de la séparation a scellé la fin de cette union.