Depuis le début du mois de mai 2026, plus de 1 500 personnes ont été contraintes de fuir leur foyer dans la province du Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, selon les dernières données de l’Observatoire international des migrations. Ces déplacements massifs sont la conséquence directe des attaques récurrentes menées par les shebabs, un groupe armé affilié à l’État islamique, qui multiplient les exactions dans la région. Comme le rapporte RFI, ces violences s’inscrivent dans un contexte de crise humanitaire déjà précaire, aggravée par l’afflux continu de populations fuyant les zones de conflit.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 1 500 déplacés enregistrés depuis le début mai 2026 dans le Cabo Delgado, selon l’Observatoire international des migrations
  • Les shebabs, groupe affilié à l’État islamique, sont à l’origine des 15 incidents violents recensés ces deux dernières semaines par l’ONG Acled
  • Les déplacés vivent dans des conditions extrêmement précaires, sans accès suffisant à l’eau, à la nourriture ou aux soins
  • La province du Cabo Delgado est sous tension depuis plusieurs années, avec une insécurité persistante alimentant les déplacements forcés
  • Les organisations humanitaires alertent sur l’urgence d’une réponse coordonnée pour soutenir ces populations

Des violences en hausse dans une région déjà fragilisée

Les chiffres avancés par RFI et confirmés par l’ONG Acled révèlent une escalade inquiétante de la violence dans le Cabo Delgado. Entre le 1er et le 20 mai 2026, plus de 15 incidents violents ont été documentés, impliquant principalement des attaques ciblant des civils ou des infrastructures locales. Ces exactions, attribuées aux shebabs, s’ajoutent à une crise humanitaire déjà bien installée dans la région. Depuis 2017, le conflit dans le nord du Mozambique a provoqué le déplacement de près de 1 million de personnes, selon les estimations des Nations unies.

Les shebabs, bien que moins médiatisés que d’autres groupes djihadistes en Afrique, ont renforcé leur présence dans le Cabo Delgado ces dernières années. Leur affiliation à l’État islamique, confirmée par plusieurs rapports, en fait une menace encore plus difficile à contrer pour les forces de sécurité mozambicaines, soutenues par des contingents internationaux. Les attaques ne se limitent plus aux zones rurales : des centres urbains, comme la ville de Palma, ont également été touchés, poussant des milliers de familles à abandonner leurs biens en urgence.

Des conditions de vie précaires pour les déplacés

Les 1 500 personnes récemment déplacées rejoignent des camps de fortune déjà saturés, où les conditions de vie sont décrites comme « très précaires » par les observateurs sur place. Selon RFI, les besoins les plus urgents concernent l’accès à l’eau potable, à la nourriture et aux soins médicaux. Les ressources disponibles dans les camps sont insuffisantes pour absorber cet afflux soudain, aggravant les risques de maladies et de malnutrition. Les déplacés, majoritairement des femmes et des enfants, dépendent presque entièrement de l’aide humanitaire, dont l’acheminement est régulièrement perturbé par l’insécurité ambiante.

Les organisations locales et internationales, comme le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ou le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), multiplient les appels à une réponse d’urgence. « Les déplacés arrivent souvent sans rien, avec seulement les vêtements qu’ils portent », a expliqué un responsable humanitaire sous couvert d’anonymat. « Sans un soutien immédiat, la situation pourrait rapidement dégénérer en crise sanitaire. » Les pénuries de denrées de base, comme le maïs ou le riz, risquent de s’aggraver avec l’afflux de nouveaux arrivants, mettant en péril la stabilité des camps existants.

Un conflit qui s’enlise et interroge la communauté internationale

Le Cabo Delgado illustre une fois de plus la difficulté à stabiliser des régions où les groupes armés exploitent les faiblesses des États et les fractures sociales. Depuis 2020, le Mozambique bénéficie du soutien de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui a déployé une mission militaire pour lutter contre les shebabs. Pourtant, les résultats restent limités, en partie à cause de la complexité du terrain et de l’absence de solution politique durable. Les shebabs profitent des zones reculées et des tensions locales pour recruter et étendre leur influence, tandis que l’État mozambicain peine à rétablir une présence administrative et sécuritaire efficace.

La situation dans le Cabo Delgado soulève également des questions sur le rôle des puissances étrangères dans la région. Le Mozambique a reçu l’aide de pays comme le Rwanda, dont les forces spéciales ont été déployées pour former l’armée mozambicaine. Cependant, ces partenariats militaires peinent à endiguer la progression des shebabs, qui continuent de semer la terreur. Pour les observateurs, une solution durable passera nécessairement par une combinaison de mesures sécuritaires, humanitaires et de développement économique, afin de couper l’herbe sous le pied des groupes armés.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la capacité des autorités mozambicaines et de leurs partenaires à répondre à cette nouvelle vague de déplacements. Une réunion d’urgence est prévue à Maputo la semaine prochaine, réunissant les représentants du gouvernement, de la SADC et des agences humanitaires. Objectif : accélérer le déploiement de l’aide et renforcer la protection des civils. Parallèlement, les shebabs pourraient intensifier leurs attaques avant la saison des pluies, qui limite généralement leurs mouvements. Reste à voir si la communauté internationale parviendra à inverser la tendance avant que la crise ne s’aggrave.

Ce nouveau chapitre de violence dans le Cabo Delgado rappelle, une fois encore, que le Mozambique reste en première ligne d’une lutte plus large contre le terrorisme en Afrique. Entre l’urgence humanitaire et la nécessité de sécuriser durablement la région, les défis s’accumulent — et les populations locales en paient le prix fort.

Les shebabs sont un groupe armé islamiste somalien, affilié à Al-Qaïda jusqu’en 2012, puis à l’État islamique. Leur expansion au Mozambique s’inscrit dans une stratégie d’extension territoriale, profitant des faiblesses de l’État mozambicain et des tensions locales. Depuis 2017, ils mènent des attaques dans le Cabo Delgado, une région riche en ressources naturelles comme le gaz naturel, ce qui alimente aussi des dynamiques de recrutement et de financement.