Une mobilisation inédite s’est tenue ce mercredi à Paris, dans le 7e arrondissement, où quelque 200 écrivains se sont rassemblés pour défendre leurs droits face à la crise ouverte par le départ du PDG de la maison d’édition Grasset. Selon Ouest France, cette éviction est directement imputée par les auteurs à l’influence de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire du groupe Lagardère, dont dépend Grasset.
Cette manifestation, qui s’est déroulée en début de soirée devant les locaux de l’éditeur, marque une rare mobilisation collective dans le milieu littéraire. Les écrivains dénoncent une décision qu’ils jugent opaque et préjudiciable à l’autonomie éditoriale. « Cette éviction remet en cause des décennies de liberté éditoriale », a affirmé Leïla Slimani, romancière et Prix Goncourt 2016, lors de son intervention devant la presse.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 200 écrivains ont participé à la manifestation à Paris ce mercredi 13 mai 2026.
- Le rassemblement vise à protester contre le départ du PDG de Grasset, attribué à Vincent Bolloré.
- Les auteurs dénoncent une atteinte à l’autonomie éditoriale de la maison d’édition.
- La mobilisation s’est tenue devant les locaux de Grasset dans le 7e arrondissement.
- Leïla Slimani, Prix Goncourt 2016, a pris la parole pour dénoncer cette décision.
Une crise éditoriale aux racines financières
Le départ du PDG de Grasset, survenu il y a une semaine, a révélé les tensions persistantes entre la direction historique de la maison d’édition et les nouveaux actionnaires du groupe Lagardère. Vincent Bolloré, via sa société Bolloré Investissement, détient une part majoritaire dans Lagardère, ce qui lui confère un pouvoir décisionnel direct sur les orientations stratégiques des filiales, dont Grasset. « On assiste à une prise de contrôle progressive du secteur par des intérêts financiers », a expliqué Alain Mabanckou, écrivain et professeur de littérature, lors de la manifestation.
Les écrivains craignent que cette mainmise ne se traduise par une réduction des budgets alloués aux auteurs, une baisse des avances sur droits, ou encore une orientation des publications vers des ouvrages plus commerciaux. Grasset, l’une des maisons les plus prestigieuses du paysage littéraire français, est historiquement connue pour son engagement en faveur de la littérature d’auteur et des œuvres exigeantes.
Un mouvement inédit dans le milieu littéraire
Les rassemblements d’écrivains restent rares en France, où le milieu est souvent perçu comme fragmenté et peu enclin à la mobilisation collective. Pourtant, ce mercredi, ce sont des figures majeures du paysage littéraire qui ont répondu à l’appel. Parmi elles, on comptait Daniel Pennac, Fred Vargas, ou encore Éric-Emmanuel Schmitt, tous signataires d’une tribune publiée dans Le Figaro la veille, appelant à la défense de l’indépendance des maisons d’édition.
« C’est une première : des auteurs de tous horizons, de tous âges et de toutes sensibilités, se retrouvent unis pour dire non à une mainmise financière », a souligné Virginie Despentes, autrice et réalisatrice, présente lors de la manifestation. Les organisateurs ont indiqué qu’une pétition, lancée en ligne, avait déjà recueilli plus de 15 000 signatures en moins de 48 heures.
Les prochaines étapes : quelles revendications et quels risques ?
Les écrivains réunis ce mercredi ont adopté une motion exigeant la réintégration du PDG évincé et la garantie d’une autonomie éditoriale pour Grasset. Ils appellent également à une transparence totale sur les décisions stratégiques du groupe Lagardère. « Nous ne voulons pas d’une maison d’édition gérée comme une start-up ou un fonds d’investissement », a déclaré Mathias Énard, Prix Goncourt 2015, lors de son discours.
Pour autant, les observateurs s’interrogent sur la capacité des auteurs à faire plier les actionnaires. Vincent Bolloré, connu pour son approche pragmatique en matière d’investissements, pourrait en effet considérer cette mobilisation comme un simple « bruit de couloir ». La prochaine assemblée générale de Lagardère, prévue pour le 30 juin 2026, sera un moment clé pour évaluer la suite donnée à cette crise.
Alors que le monde de l’édition observe la situation avec attention, une question se pose : jusqu’où iront les actionnaires dans leur volonté de restructurer le secteur ? Et surtout, les écrivains parviendront-ils à faire entendre leur voix face à des logiques purement financières ?
Selon les informations relayées par Ouest France, Vincent Bolloré n’a pas publiquement détaillé les motifs de l’éviction. Cependant, plusieurs sources au sein du groupe Lagardère évoquent des divergences stratégiques, notamment sur la gestion des budgets et l’orientation éditoriale de Grasset. Aucune communication officielle n’a été faite à ce sujet.