Le collectif Zapper Bolloré a annoncé, jeudi 21 mai 2026, que la tribune dénonçant la mainmise de Vincent Bolloré sur le cinéma français et son rapprochement avec l’extrême droite comptait désormais 3 460 signataires. Selon Franceinfo - Culture, cette mobilisation s’est considérablement élargie en dix jours, passant de 600 à plus de 3 400 personnalités du monde artistique. Parmi les nouveaux soutiens figurent les acteurs Javier Bardem et Mark Ruffalo, le réalisateur Ken Loach, le cinéaste Yorgos Lanthimos, ainsi que des figures majeures du cinéma français.
Ce qu’il faut retenir
- La tribune anti-Bolloré compte désormais 3 460 signataires, contre 600 dix jours plus tôt.
- Des personnalités internationales comme Javier Bardem, Mark Ruffalo et Ken Loach ont rejoint le mouvement.
- Le président de Canal+, Maxime Saada, a affirmé dimanche ne plus vouloir travailler avec les signataires.
- Le groupe Canal+ investit 160 millions d’euros en 2026 dans le cinéma français, contre 220 millions les années précédentes.
- L’acteur Alain Chabat a critiqué une tentative de pression « à deux balles » de la part de Canal+.
Une mobilisation qui s’étend rapidement
L’initiative, lancée initialement par un collectif de professionnels du cinéma, a connu une croissance exponentielle ces derniers jours. Javier Bardem, star internationale du cinéma, a apporté son soutien à la tribune, tout comme Mark Ruffalo, connu pour ses rôles dans des films comme The Avengers ou Spotlight. Le réalisateur britannique Ken Loach, figure engagée du cinéma social, et le cinéaste grec Yorgos Lanthimos, oscarisé pour The Favourite, comptent également parmi les nouveaux signataires. Ces adhésions illustrent l’ampleur prise par le mouvement en peu de temps.
La tribune dénonce la « mainmise croissante de Vincent Bolloré » sur le paysage audiovisuel français, notamment à travers son influence sur Canal+, premier financeur du cinéma français. Le texte met également en garde contre l’influence de l’extrême droite dans le secteur, un sujet qui a pris de l’ampleur depuis plusieurs mois. Les signataires réclament une prise de conscience collective face à ces enjeux.
Canal+ réagit et exclut les signataires
La réaction de Maxime Saada, président de Canal+, a jeté un pavé dans la mare. Dimanche 18 mai, en pleine édition du Festival de Cannes, il a annoncé que le groupe ne travaillerait plus avec les artistes ayant signé la tribune. Cette déclaration a suscité des réactions contrastées. Certains y ont vu une atteinte à la liberté d’expression, tandis que d’autres ont estimé que cette position était légitime pour un groupe privé. Parmi les premiers signataires figuraient déjà des personnalités comme Swann Arlaud, Juliette Binoche ou Jean-Pascal Zadi.
L’annonce de Maxime Saada a été interprétée comme une tentative de dissuasion envers les autres artistes, alors que le Festival de Cannes était en cours. Plusieurs réalisateurs et acteurs ont exprimé leur inquiétude quant à l’impact potentiel sur la diversité des productions soutenues par Canal+.
Alain Chabat critique une « pression à deux balles »
Alain Chabat, acteur emblématique de « l’esprit Canal+ » et réalisateur d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, a réagi à cette affaire dans un entretien accordé à l’AFP. Il a qualifié la réaction de Maxime Saada de « coup de pression à deux balles », tout en déclarant comprendre que les équipes de Canal+ aient pu être blessées par la tribune. « Ce groupe produit des films qui ne se ressemblent pas, parce qu’il y a une vraie diversité dedans », a-t-il souligné, rappelant l’engagement historique de Canal+ en faveur de projets audacieux.
Chabat a également rappelé que Canal+ prévoyait d’investir 160 millions d’euros dans le cinéma français en 2026, et 170 millions en 2027, après 150 millions en 2025. Ces chiffres, bien que en baisse par rapport aux 220 millions investis les années précédentes, restent significatifs dans le paysage du financement du cinéma en France.
« Ce groupe produit des films qui ne se ressemblent pas, parce qu’il y a une vraie diversité dedans. »
Alain Chabat, acteur et réalisateur
Un débat sur la liberté d’expression et l’indépendance du cinéma
Cette affaire relance le débat sur la liberté d’expression dans le milieu du cinéma, un secteur déjà marqué par des tensions récurrentes entre indépendance artistique et contraintes économiques. Les signataires de la tribune dénoncent une « normalisation » de l’extrême droite dans le débat public, à travers des médias et des groupes culturels. Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Vivendi (maison mère de Canal+), est régulièrement critiqué pour ses liens supposés avec des milieux politiques controversés.
Le collectif Zapper Bolloré, à l’origine de l’initiative, milite pour une rupture avec ce qu’il considère comme une « mainmise » du milliardaire sur le paysage audiovisuel. Les signataires appellent à une réflexion collective sur les valeurs portées par les productions culturelles et les structures qui les financent.
Quelle que soit l’issue, cette affaire rappelle que le cinéma français reste un terrain de luttes idéologiques, où les enjeux économiques et politiques se croisent en permanence.
La tribune dénonce la mainmise de Vincent Bolloré sur le cinéma français via son influence sur Canal+, premier financeur du secteur. Elle critique également le rapprochement supposé entre le groupe et l’extrême droite, ainsi que la réduction des investissements dans le cinéma (160 millions d’euros en 2026 contre 220 millions auparavant). Les signataires réclament une plus grande indépendance artistique et une rupture avec les dérives idéologiques.