Alors que la course à l’Élysée de 2027 s’annonce déjà des plus disputées, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin tente de rassembler les 500 parrainages nécessaires pour se présenter. Selon BFM - Politique, l’ex-chef du gouvernement, qui n’occupe plus aucun mandat électif depuis près de vingt ans, mise sur une mobilisation inédite pour franchir le cap des signatures d’élus locaux, une étape réputée complexe pour les candidats sans ancrage territorial. Son entourage affiche un optimisme mesuré, tout en reconnaissant les défis logistiques et politiques qui se dressent devant lui.

Ce qu'il faut retenir

  • Dominique de Villepin, sans mandat électif depuis 2007, cherche à obtenir 500 parrainages de maires ou d’élus pour se présenter en 2027.
  • Son équipe estime bénéficier d’un regain de popularité, mais les anciens collaborateurs soulignent ses difficultés à mobiliser d’anciens soutiens.
  • Le nouveau parti de Villepin, La France humaniste, revendique 60 000 adhérents, mais leur engagement concret reste à prouver.
  • En 2012, il avait échoué à réunir les signatures nécessaires, en partie selon lui à cause d’un « blocage » de Nicolas Sarkozy.
  • Les élections de 2027 pourraient compter jusqu’à une vingtaine de candidats, rendant la quête des parrainages encore plus ardue.

Un pari risqué : convaincre 500 élus sans réseau local

La règle est claire : pour figurer officiellement sur la liste des candidats à la présidentielle, il faut réunir au moins 500 parrainages d’élus issus d’au moins 30 départements différents. Ces signatures peuvent provenir de députés, sénateurs, conseillers régionaux, départementaux ou maires. Dans les faits, ce sont ces derniers qui sont les plus sollicités, comme l’explique un observateur de la vie politique : « On vous dit 500 signatures, mais c’est plutôt 700 qu’il faut viser », souligne un ancien membre de l’entourage de Villepin en 2012. Les élus promettent souvent leur soutien… mais ne passent pas toujours à l’acte. »

Pour Villepin, dont le parti, La France humaniste, a été lancé à l’été 2024, la tâche s’annonce d’autant plus ardue qu’il ne dispose ni d’un réseau parlementaire solide ni d’un maillage territorial historique. Son dernier mandat électif remonte à 2007, année de son départ de Matignon. Depuis, il s’est consacré aux affaires, notamment en Asie et au Moyen-Orient, tout en cultivant son image d’expert en diplomatie internationale.

Un retour en grâce médiatique, mais une mobilisation incertaine

Depuis plusieurs mois, Villepin a opéré un retour remarqué dans le débat public. Ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien, souvent alignées sur celles des pays arabes, lui valent une audience renouvelée. Son discours de 2003 contre la guerre en Irak devant l’ONU reste un marqueur fort de sa carrière. Pourtant, comme le rappelle BFM - Politique, son aura ne suffit pas à garantir le succès de sa collecte de signatures. « Ce n’est vraiment pas un exercice facile, ce n’est jamais gagné d’avance », confie le sénateur LR Jean-Pierre Grand, qui avait travaillé sur sa campagne en 2012. Même son de cloche chez l’ancien député Guy Geoffroy, proche de l’ex-Premier ministre : « Je suis bien incapable de vous dire si ses propos sur les 500 signatures vont se concrétiser, en dépit de toute ma proximité personnelle et affective. »

Son équipe mise sur une mobilisation citoyenne et militante pour quadriller le terrain. « On a quand même un avantage non négligeable : c’est celui d’avoir pour candidat l’une des personnalités politiques préférées des Français », assure un membre de son entourage, citant les classements de popularité où Villepin truste régulièrement les premières places depuis février 2025. Pourtant, la tâche reste colossale : il faudrait des dizaines de bénévoles prêts à sillonner la France pour convaincre les maires, alors que les sollicitations se multiplient pour tous les candidats potentiels.

Un parti en construction face à la concurrence

Créé il y a moins d’un an, La France humaniste revendique déjà 60 000 adhérents, selon les chiffres avancés par Villepin lui-même. Mais comme le souligne un député LR peu enclin à le soutenir, « est-ce que ces gens sont prêts à faire des kilomètres en voiture pour aller voir des dizaines de petites mairies, tout ça à leurs propres frais ? J’en doute un peu ». La question de l’engagement concret des militants se pose avec acuité, d’autant que Villepin peine à rallier d’anciens parlementaires à sa cause. Parmi les quelques députés ayant appartenu à son parti précédent, République solidaire (2010-2012), aucun n’a eu de contact récent avec lui.

Par ailleurs, la concurrence s’annonce féroce : selon les observateurs, jusqu’à une vingtaine de personnalités seraient déjà lancées dans la course ou y réfléchissent sérieusement. En 2002, 16 candidats s’étaient présentés ; en 2022, ils étaient 12. Pour 2027, certains anticipent une inflation du nombre de postulants, ce qui pourrait saturer la demande en parrainages. « Je suis convaincu que l’an prochain, les élus seront appelés sept jours sur sept », prédit un poids lourd du Sénat. « Pour les candidats qui n’ont pas de parti puissant derrière eux et un quadrillage quasi militaire des mairies, ça va être particulièrement compliqué. »

L’espoir d’un soutien transpartisan, mais des obstacles persistants

Villepin mise en partie sur un soutien inattendu : celui d’élus de gauche, sensibles à son positionnement pro-arabe dans un contexte de guerre au Proche-Orient. Pourtant, comme le tempère un député du Nouveau Front populaire, « c’est une chose d’apprécier ses discours, c’en est une autre de lui donner notre parrainage ». Les partis de gauche, qui devraient désigner leur propre candidat, auront peu d’incitation à soutenir un outsider. « Si vous êtes député LFI, vous soutenez Jean-Luc Mélenchon. Vous ne donnez pas votre parrainage à quelqu’un d’autre », tranche un sénateur de gauche. « C’est fini l’hégémonie du PS et des LR qui disaient à leurs maires quoi faire. »

Autre piste envisagée par Villepin : la publicisation des signatures. Depuis 2017, les parrainages sont rendus publics par le Conseil constitutionnel, ce qui pourrait inciter certains maires à afficher leur soutien sans crainte de représailles. Pourtant, les précédents élections montrent que cette mesure n’a pas significativement augmenté le nombre de signatures. En 2022, seulement 34 % des élus avaient parrainé un candidat, contre 36 % en 2012. Une faible progression, alors que le contexte politique se tend.

« Dominique de Villepin, c’est quelqu’un qui aimerait être élu par acclamation, sans passer par la case vote. Pour la présidentielle, il faut avoir envie d’y aller. Lui, il n’a pas le feu. Il aime bien s’y voir, mais je ne crois pas qu’il ira vraiment à la fin. » — Un ancien conseiller ministériel

Et maintenant ?

Le suspense devrait durer jusqu’au printemps 2027, date limite pour le dépôt des parrainages auprès du Conseil constitutionnel. D’ici là, Villepin et son équipe devront redoubler d’efforts pour convaincre les élus locaux, dans un paysage politique déjà saturé de candidatures potentielles. La réussite de sa démarche dépendra autant de sa capacité à mobiliser ses soutiens que de la réaction des autres formations politiques, qui pourraient chercher à limiter son influence.

Quoi qu’il en soit, cette tentative révèle une tendance de fond : l’émergence de candidats indépendants ou issus de petits partis, dans un système où les grands partis traditionnels voient leur influence décliner. Pour Villepin, le défi est double : prouver qu’il peut encore mobiliser au-delà de son image, et transformer une popularité médiatique en une réalité électorale concrète.

Dominique de Villepin affirme que son échec en 2012 était en partie dû à un « blocage » orchestré par Nicolas Sarkozy, alors candidat à sa réélection. Son entourage évoque également un manque de réseau local et une mobilisation insuffisante de ses soutiens.

Le parti revendique 60 000 adhérents et mise sur la popularité de Villepin, qui truste les classements des personnalités politiques préférées des Français depuis début 2025. Son équipe espère que cette dynamique facilitera la tâche auprès des élus locaux.