À un an de l’élection présidentielle de 2027, la communication politique prend une place prépondérante dans le débat public, reléguant au second plan les visions politiques structurées. C’est l’analyse de Robert Zarader, conseiller en communication et président de l’agence Bona fidé, qui publie une collection d’essais intitulée « Les idées de Bona fidé ». Selon Le Figaro - Politique, il souligne un appauvrissement du débat public, où la communication a pris le pas sur le politique, reflétant une absence de convictions fortes au sein des partis traditionnels.
Ce qu'il faut retenir
- Robert Zarader, président de l’agence Bona fidé, publie une collection d’essais sur la communication politique intitulée « Les idées de Bona fidé ».
- Il estime que le débat public s’est appauvri en raison de la domination de la communication sur le contenu politique.
- Selon lui, les extrêmes captent mieux la capacité à présenter une vision du pays que les partis traditionnels.
- Zarader évoque l’émergence possible d’une logique de majorité absolue derrière le futur président, voire celle des « tickets » avec des candidats désignant d’emblée leur Premier ministre.
- Il critique la faiblesse des convictions des partis traditionnels, face à l’explosion des réseaux sociaux et des chaînes d’information.
Un débat public vidé de sa substance
Robert Zarader, figure reconnue du conseil en communication politique, dresse un constat sévère sur l’état actuel du débat public. Dans son éditorial, il explique que la communication a pris le pas sur le politique, une situation qu’il attribue à la faiblesse des convictions des partis traditionnels. « Le débat public s’est énormément appauvri dans la période récente », déclare-t-il. Cette atrophie des échanges s’accompagne d’une inflation des contenants médiatiques : réseaux sociaux, chaînes d’information en continu et multiplication des invités politiques dans les médias contribuent à brouiller les messages.
L’analyse de Zarader met en lumière un paradoxe : alors que les outils de communication explosent en volume et en accessibilité, le fond politique, lui, se réduit. « Il y a de moins en moins de contenu et, dans le même temps, de plus en plus de contenants », observe-t-il. Ce déséquilibre favorise, selon lui, les formations politiques les plus radicales, capables de proposer une vision claire — fussent-elles clivantes — là où les partis modérés peinent à se différencier.
L’ère des « tickets » politiques pourrait s’imposer
Interrogé sur l’évolution du paysage politique à l’approche de 2027, Zarader évoque une possible rupture avec les pratiques passées. Il avance l’hypothèse d’une logique de majorité absolue derrière le futur président, voire d’une généralisation des « tickets » électoraux. Cette notion désigne une stratégie où les candidats à la présidentielle indiqueraient dès le départ quel serait leur Premier ministre en cas de victoire. Une pratique qui, si elle se confirmait, transformerait profondément la dynamique des campagnes et des négociations post-électorales.
Cette hypothèse s’inscrit dans un contexte où les alliances traditionnelles s’effritent. Zarader rappelle qu’Emmanuel Macron avait promis de transcender l’opposition gauche-droite, mais que cette promesse reste inaboutie. Aujourd’hui, les extrêmes, de part et d’autre du spectre politique, semblent mieux armés pour incarner une vision mobilisatrice, au détriment des partis de gouvernement.
« Ceux qui ont finalement capté la capacité de présenter une vision du pays sont les extrêmes plus que les partis traditionnels. » — Robert Zarader
Les réseaux sociaux, amplificateurs d’un débat fragmenté
Le conseiller en communication pointe également l’impact des réseaux sociaux sur la qualité du débat. Leur essor a coïncidé avec une polarisation accrue des échanges politiques, où les prises de position tranchées dominent, au détriment des nuances. Zarader souligne que cette fragmentation médiatique a pour effet de réduire la capacité des partis traditionnels à structurer un discours cohérent et durable. Les chaînes d’information en continu, quant à elles, amplifient cette tendance en privilégiant le spectacle à l’analyse.
Pour Zarader, cette situation n’est pas sans risque pour la démocratie. Elle favorise les discours simplificateurs, voire démagogiques, et rend plus difficile la construction de compromis politiques nécessaires à la gouvernance. « La faiblesse des convictions fait qu’on leur a substitué la communication », résume-t-il, soulignant ainsi l’inversion des priorités dans le champ politique.
Dans ce contexte, l’analyse de Robert Zarader offre une grille de lecture utile pour décrypter les dynamiques en jeu. Reste à savoir si les acteurs politiques sauront en tirer les enseignements nécessaires pour retrouver un débat public à la hauteur des enjeux démocratiques.
