Selon Franceinfo - Politique, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, vice-président de Place publique, a réaffirmé mercredi 6 mai son opposition à l’organisation d’une primaire de la gauche en dehors de La France insoumise (LFI). Invité des « 4 Vérités » sur France 2, il a également détaillé sa vision pour rassembler une gauche réformiste, sociale-démocrate et pro-européenne, tout en rejetant les critiques sur l’absence de clarté dans sa démarche.
La déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2027, dimanche 4 mai, n’a surpris personne. Cependant, elle a relancé les tensions au sein de la gauche, où deux lignes politiques s’opposent désormais clairement. Glucksmann, qui incarne une alternative modérée, a estimé que cette division était « parfaitement normale », soulignant que « deux visions du monde s’affrontent » devant les électeurs.
Ce qu'il faut retenir
- Raphaël Glucksmann rejette l’idée d’une primaire de la gauche hors LFI, privilégiant un accord sur le fond avant de désigner un candidat unique.
- Il défend une ligne réformiste, sociale-démocrate et pro-européenne, illustrée par les 14 % obtenus par son camp aux dernières élections européennes.
- Glucksmann critique les subventions aux énergies fossiles et prône des investissements massifs dans la transition écologique, notamment via un leasing social pour les voitures électriques.
- Il propose de taxer les superprofits des entreprises énergétiques, comme Total, qu’il qualifie de « chantage » face aux propositions fiscales.
- Il met en garde contre une gauche « obsédée par elle-même », appelant à répondre aux préoccupations des Français, comme le prix des carburants, qui atteint en moyenne 2,22 € le litre de gazole.
Une gauche divisée face à l’entrée en lice de Mélenchon
L’annonce de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, dimanche 4 mai, s’inscrit dans une logique prévisible pour l’eurodéputé, qui rappelle que « depuis 2022, on savait qu’il serait candidat ». Glucksmann a salué ce processus démocratique, estimant qu’il reflétait une saine confrontation des idées. « Il n’y aura pas de cris d’orfraie de ma part, c’est tout à fait logique qu’il y ait deux offres politiques qui s’affrontent », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que « les électeurs sont les seuls maîtres ».
Pourtant, cette division soulève des interrogations sur la capacité de la gauche à fédérer. Glucksmann balaie ces critiques en rappelant les résultats de son camp : « Nous avons fait 14 % aux élections européennes, pourquoi ? Parce qu’on a assumé une ligne sociale-démocrate, écologiste, viscéralement pro-européenne et attachée à la démocratie. » Selon lui, cette ligne est majoritaire à gauche, mais elle doit désormais convaincre au-delà de son électorat traditionnel.
Le refus d’une primaire : « La malédiction de la gauche, c’est de ne parler qu’à la gauche »
Interrogé sur la méthode de désignation d’un candidat unique, Glucksmann a réaffirmé son opposition à une primaire, jugeant ce processus contre-productif. « Parce que la malédiction de la gauche, c’est de ne parler qu’à la gauche », a-t-il expliqué. Pour lui, l’enjeu n’est pas de « faire un bal des égaux », mais de « se mettre d’accord sur le fond » avant de désigner un représentant.
Il cite en exemple le rassemblement initié avec des figures comme Boris Vallaud, Carole Delga, Yannick Jadot ou Nicolas Mayer-Rossignol, qui repose sur un accord préalable sur les réponses à apporter aux crises énergétique et géopolitique. « On se met d’accord sur la défense européenne, sur les politiques à mener pour le pays, et ensuite, on détermine la meilleure ou le meilleur candidat », a-t-il précisé. Glucksmann assure que son camp saura désigner une seule candidature : « On sera suffisamment adultes pour qu’il n’y en ait qu’un ou une. »
Transition énergétique et pouvoir d’achat : les priorités de Glucksmann
La question du pouvoir d’achat, notamment celle des prix des carburants, a occupé une large partie de l’entretien. Glucksmann a critiqué les aides « massives mais pas ciblées » du gouvernement, comme celle annoncée par Sébastien Lecornu hier. « Il faut que l’effort soit massif, mais qu’il soit ciblé sur les Françaises et les Français qui en ont réellement besoin », a-t-il souligné. Il rejette ainsi une baisse généralisée des taxes sur l’énergie, jugée « socialement injuste ». « Je ne vois pas pourquoi on aiderait le propriétaire d’un SUV à partir en week-end en payant moins cher son essence, alors que l’infirmière libérale a besoin de sa caisse pour aller travailler », a-t-il illustré.
Face aux deux chocs pétroliers en cinq ans – d’abord en 2021-2022 avec la guerre en Ukraine, puis en 2026 –, Glucksmann plaide pour un changement de paradigme. « On est au deuxième choc pétro-gazier en cinq ans. En 2021-2022, le chantage au gaz de Vladimir Poutine puis l’invasion de l’Ukraine ont créé un choc terrible qui a entraîné la dépense de 100 milliards d’euros en France pour subventionner la consommation de gaz et de pétrole », a-t-il rappelé. Il appelle donc à des investissements structurels, comme un leasing social pour les voitures électriques, afin de réduire la dépendance aux décisions géopolitiques.
Taxer les superprofits des énergéticiens : une question de justice sociale
Sur la fiscalité des entreprises, Glucksmann a pris position en faveur d’une taxation des superprofits, notamment ceux des géants de l’énergie comme Total. « Que ce soit du chantage et nous ne céderons pas à ce chantage », a-t-il lancé à l’encontre de Patrick Pouyanné, PDG du groupe. Pour lui, ces bénéfices « ne sont pas liés à l’innovation, mais à la guerre », et doivent contribuer à l’effort de solidarité nationale.
Il propose une taxation au niveau européen, tout en reconnaissant que la France avait mal bénéficié de la dernière initiative en la matière. « La dernière fois que ça a été fait, ça a été fait au niveau européen. Et c’est la France qui a le moins bénéficié de cette taxe pour une raison très simple : l’assiette avait été mal définie et l’application trop laxiste », a-t-il analysé. Glucksmann insiste : « Il est temps que ceux qui font des fortunes sur les difficultés des Françaises et des Français contribuent à l’effort de solidarité nationale. »
Vers un État stratège : l’héritage du plan Messmer et les défis de 2027
Pour Glucksmann, la crise énergétique actuelle rappelle celle de 1973, marquée par le choc pétrolier consécutif à la guerre du Kippour. « La France n’avait rien à voir avec la guerre de Kippour, ni avec le soutien américain, ni avec le prix du baril. Et les Françaises et les Français se sont rendu compte qu’ils étaient dépendants de décisions prises ailleurs », a-t-il souligné. Face à ce constat, l’État avait alors choisi une réponse radicale : le plan Messmer, qui a permis la construction de 55 réacteurs nucléaires en 20 ans et garanti l’indépendance énergétique du pays.
Glucksmann plaide pour un retour à cette logique d’État stratège, capable de définir un « cap clair » pour le pays. « L’enjeu de 2027, c’est de savoir si on est capables à nouveau d’avoir un cap clair pour le pays, de retrouver un rôle pour la politique, de dire aux gens où on va dans les années qui viennent », a-t-il résumé. Pour lui, cette élection sera un moment charnière pour l’Europe et la France, face aux menaces « poutinistes et trumpistes » qu’il évoque sans détour.
La présidentielle de 2027 s’annonce donc comme un duel à trois : la droite et le centre, représentés par des figures comme Sébastien Lecornu ou Édouard Philippe, la gauche radicale de Mélenchon, et la gauche réformiste de Glucksmann. Le scrutin pourrait bien se jouer sur la capacité de cette dernière à incarner une alternative crédible, capable de dépasser les clivages traditionnels.
Il estime que la gauche doit d’abord s’accorder sur le fond – ses propositions politiques et économiques – avant de désigner un candidat. Pour lui, une primaire risquerait de reproduire les erreurs du passé en cantonnant la gauche à ses seuls électeurs, sans élargir son audience.
Il prône un leasing social pour les voitures électriques, financé par un budget de 10 milliards d’euros, ainsi qu’une taxation des superprofits des entreprises énergétiques. Il rejette les aides généralisées aux carburants, qu’il juge inefficaces et injustes socialement.