La réputation d’Elon Musk, Sam Altman et Greg Brockman, les trois figures centrales du procès opposant le milliardaire à OpenAI, a été sérieusement entachée après deux semaines de témoignages et la révélation de milliers de messages internes. Ce litige, qui pourrait redéfinir le destin de l’entreprise à l’origine de ChatGPT, met en lumière les tensions autour de sa transformation d’un laboratoire idéaliste en un géant commercial valorisé à 852 milliards de dollars.

Ce qu'il faut retenir

  • Un procès intenté par Elon Musk pour exiger qu’OpenAI renonce à son modèle commercial et remplace Sam Altman ainsi que Greg Brockman à sa direction.
  • Des preuves accablantes, incluant des courriels et des témoignages, révèlent les luttes de pouvoir et les motivations controversées des parties.
  • OpenAI, fondée en 2015, est passée d’un projet à but non lucratif à une entreprise évaluée à plus de 850 milliards de dollars, avec près d’un milliard d’utilisateurs.
  • Le procès, ouvert le 27 avril à Oakland (Californie), entre dans sa phase finale alors qu’Altman doit encore témoigner.
  • Shivon Zilis, ancienne membre du conseil d’OpenAI et mère de quatre enfants d’Elon Musk, a été interrogée par une avocate du milliardaire devant la juge Yvonne Gonzalez Rogers.
  • Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, était présent aux audiences aux côtés de Musk, qui a promis de faire des dirigeants de l’entreprise « les hommes les plus détestés d’Amérique ».

Selon Courrier International, qui reprend les informations du Financial Times, ce procès illustre les contradictions d’OpenAI, passée en une décennie d’un laboratoire de recherche en intelligence artificielle à une licorne technologique dominant le secteur. Les audiences, qui se tiennent à Oakland jusqu’au 15 mai 2026, ont révélé des échanges internes mettant en cause l’éthique et la gouvernance de l’entreprise.

Un conflit aux racines idéologiques et financières

Elon Musk, cofondateur d’OpenAI en 2015 aux côtés de Sam Altman et d’autres personnalités de la tech, a intenté ce procès pour contester la dérive commerciale de l’entreprise. À l’origine, OpenAI était présentée comme une organisation à but non lucratif, créée pour développer une intelligence artificielle « sûre et bénéfique pour l’humanité ». Pourtant, en 2019, la start-up a adopté un modèle hybride, puis commercial, attirant des investisseurs majeurs et atteignant une valorisation stratosphérique.

Les documents judiciaires montrent que dès 2020, des tensions étaient palpables entre Musk et les dirigeants actuels. Dans un courriel daté de cette année-là, Musk aurait critiqué la direction pour avoir « trahi la mission initiale » de l’entreprise. Ces échanges, couplés aux témoignages de Shivon Zilis et d’autres anciens membres, dessinent le portrait d’une organisation où les ambitions technologiques se sont heurtées aux réalités économiques.

Des preuves accablantes et des stratégies agressives

Parmi les éléments présentés au tribunal, figurent des messages privés où Sam Altman et Greg Brockman évoquent des stratégies pour marginaliser Musk au sein du conseil d’administration. Un échange, en particulier, a retenu l’attention des médias : Altman y aurait qualifié le milliardaire de « perturbateur » dont l’influence devait être réduite. De son côté, Musk a multiplié les déclarations publiques cinglantes, promettant de faire de ses adversaires « les hommes les plus détestés d’Amérique ».

Les avocats de Musk s’appuient également sur des déclarations de Shivon Zilis, qui a témoigné avoir été témoin de conflits internes dès 2022, lorsque l’entreprise a commencé à lever des fonds massifs. Selon elle, ces décisions ont été prises « sans consultation suffisante des fondateurs historiques », dont Musk. Ces révélations ont ébranlé l’image d’OpenAI, souvent présentée comme un modèle de transparence dans la Silicon Valley.

OpenAI : d’un rêve collectif à un empire controversé

L’histoire d’OpenAI est celle d’une ascension fulgurante. En 2020, la sortie de GPT-3, un modèle de langage révolutionnaire, a propulsé l’entreprise au rang de leader mondial de l’IA générative. En 2023, le lancement de ChatGPT a marqué un tournant, avec plus d’un milliard d’utilisateurs en moins d’un an. Pourtant, cette croissance s’est accompagnée de controverses, notamment sur l’utilisation des données et l’impact environnemental des serveurs nécessaires à l’entraînement des modèles.

Le procès révèle aussi les tensions autour de la gouvernance. Alors qu’OpenAI se présente comme une entreprise « à but lucratif plafonné », certains investisseurs et observateurs questionnent la répartition des bénéfices et l’influence des actionnaires. Greg Brockman, lors de son témoignage, a défendu le modèle actuel, arguant que « sans levées de fonds massives, l’entreprise n’aurait pas pu innover à cette échelle ».

Et maintenant ?

Le procès doit s’achever d’ici la fin de la semaine à Oakland. La juge Yvonne Gonzalez Rogers devrait rendre son verdict d’ici la mi-juin 2026, une décision qui pourrait contraindre OpenAI à revoir sa structure ou, à l’inverse, donner raison à Musk et forcer un changement de direction. Quel que soit l’issue, ce litige soulève des questions plus larges sur l’avenir de l’IA : faut-il privilégier l’innovation commerciale ou les principes éthiques fondateurs ? La réponse dépendra largement des arguments avancés par les deux parties dans les derniers jours de ce procès historique.

Si Musk obtient gain de cause, OpenAI pourrait être contrainte de revenir à un modèle non lucratif, une décision qui impacterait ses 852 milliards de dollars de valorisation et ses centaines de millions d’utilisateurs. À l’inverse, un rejet de ses demandes renforcerait la position d’Altman et Brockman, mais au prix d’une perte de crédibilité face à ses partenaires et au public.

Ce conflit illustre les défis posés par l’essor de l’IA : comment concilier ambition technologique, rentabilité et éthique ? La réponse, semble-t-il, ne sera pas donnée par les algorithmes, mais par les tribunaux.

Musk accuse OpenAI d’avoir trahi sa mission initiale en adoptant un modèle commercial et en excluant ses cofondateurs historiques de la gouvernance. Il demande au tribunal d’obliger l’entreprise à revenir à un statut non lucratif et à remplacer Sam Altman et Greg Brockman à sa direction.

Les preuves incluent des milliers de courriels et messages internes révélant des tensions entre Musk et la direction, des décisions financières contestées, ainsi que des témoignages d’anciens membres comme Shivon Zilis, qui a décrit un climat de conflit dès 2022.