Un projet de raffinerie pétrolière en Afrique de l’Est, initialement prévu en Tanzanie et porté par les pays de la région ainsi que par le milliardaire nigérian Aliko Dangote, se retrouve au cœur d’un imbroglio diplomatique. Selon Courrier International, Dangote a annoncé début mai 2026 qu’il envisageait désormais de construire une nouvelle raffinerie à Mombasa, au Kenya, plutôt qu’à Tanga, en Tanzanie, comme initialement prévu. Une volte-face qui relance les tensions entre Nairobi et Dar es Salam, alors que les deux pays peinent à s’accorder sur le lieu d’implantation d’un projet évalué à 17 milliards de dollars (soit 14 milliards d’euros).

Ce qu'il faut retenir

  • Le milliardaire nigérian Aliko Dangote, déjà propriétaire de la plus grande raffinerie d’Afrique à Lekki (Nigeria), envisage désormais de construire une nouvelle unité à Mombasa, au Kenya, et non plus à Tanga, en Tanzanie, comme annoncé fin avril 2026.
  • Le projet, estimé à 17 milliards de dollars, devait initialement être porté par les pays de la région et Dangote, avec une implantation à Tanga, un port du nord-est tanzanien desservi par un oléoduc en provenance d’Ouganda.
  • La présidente tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, s’est dite non consultée par son homologue kényan, William Ruto, lors d’un sommet régional à Nairobi fin avril 2026.
  • Les autorités tanzaniennes ont réagi avec fermeté, contestant la légitimité de l’accord passé sans leur aval, alors que le pays abrite déjà un terminal pétrolier stratégique.
  • Le Kenya mise sur ce projet pour renforcer son rôle de hub énergétique en Afrique de l’Est, tandis que la Tanzanie voit dans cette raffinerie un levier de développement économique.

Un projet régional qui tourne au conflit d’intérêts

Tout semblait pourtant bien engagé fin avril 2026. À l’issue d’un sommet de l’Africa Finance Corporation à Nairobi, le président kényan William Ruto avait annoncé que les pays d’Afrique de l’Est — Kenya, Tanzanie, Ouganda, Rwanda et Burundi — ainsi que Dangote étaient parvenus à un accord pour construire une raffinerie commune. Le site retenu devait être le port de Tanga, dans le nord-est de la Tanzanie, stratégique car relié à l’Ouganda par un oléoduc. « Une étape majeure pour notre indépendance énergétique », avait alors souligné Ruto, cité par The East African.

Mais l’euphorie a été de courte durée. La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a vivement réagi, dénonçant une décision prise sans consultation préalable. Absente lors du sommet de Nairobi, elle a interpellé son homologue kényan pour lui rappeler que toute implantation sur le sol tanzanien devait faire l’objet d’un consensus. « Aucun projet d’envergure ne peut être mené sans l’aval des autorités locales », a-t-elle affirmé, selon des sources diplomatiques rapportées par Courrier International.

Dangote change de stratégie, le Kenya en profite

C’est dans ce contexte tendu qu’Aliko Dangote a révélé, dans un entretien au Financial Times, vouloir relocaliser le projet à Mombasa. La plus grande ville portuaire du Kenya offre des avantages logistiques majeurs : un accès direct à l’océan Indien, des infrastructures portuaires modernes et une proximité avec les marchés est-africains. « Mombasa est un choix naturel pour une raffinerie de cette envergure », a-t-il justifié, sans préciser si cette décision était liée aux tensions avec la Tanzanie ou à des critères économiques.

Cette annonce a pris de court les observateurs. Début 2024, Dangote avait déjà surpris en choisissant le Nigeria pour sa première raffinerie géante, un projet de 19 milliards de dollars qui a fait de son pays le premier producteur de produits pétroliers raffinés en Afrique. Son revirement actuel pourrait s’expliquer par des garanties offertes par Nairobi, comme des subventions ou des facilités fiscales, mais aucune confirmation officielle n’a été apportée. Ce qui est sûr, c’est que le Kenya mise gros sur ce dossier : le pays importe actuellement la quasi-totalité de ses carburants, une dépendance coûteuse que cette raffinerie pourrait réduire.

La Tanzanie joue la carte de la souveraineté énergétique

Face à cette concurrence inattendue, Dar es Salam défend mordicus son territoire. Le port de Tanga, déjà équipé d’un terminal pétrolier, constitue un atout de taille : il est le point d’arrivée de l’oléoduc en provenance d’Ouganda, qui transporte le brut depuis les champs pétrolifères du lac Albert. La Tanzanie espérait ainsi devenir le cœur d’un réseau énergétique régional, en transformant sa matière première avant exportation. « Nous ne sommes pas opposés à un projet commun, mais il doit respecter notre souveraineté », a rappelé un haut responsable tanzanien sous couvert d’anonymat.

Les experts soulignent que ce bras de fer illustre les rivalités croissantes entre pays d’Afrique de l’Est pour attirer les investissements. Le Kenya, dynamique sur le plan économique, mise sur des secteurs stratégiques comme l’énergie pour se positionner comme leader régional. La Tanzanie, elle, cherche à capitaliser sur ses ressources naturelles et ses infrastructures existantes. « Le risque, c’est que ces désaccords retardent un projet déjà complexe », estime un analyste basé à Nairobi, interrogé par Courrier International.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. Les trois pays concernés — Kenya, Tanzanie et Nigeria — devront trouver un terrain d’entente, sous peine de voir le projet s’enliser dans des querelles bureaucratiques. Dangote, de son côté, pourrait accélérer les discussions avec Nairobi pour finaliser les accords techniques et financiers. Une réunion trilatérale est attendue d’ici fin mai 2026, selon des sources diplomatiques. Reste à savoir si la Tanzanie acceptera de céder sur le choix du site, ou si elle privilégiera une solution alternative, comme une co-implantation partielle.

Une chose est sûre : l’Afrique de l’Est a besoin de raffineries pour réduire sa dépendance aux importations de carburants. Mais comme souvent en Afrique, les enjeux économiques se heurtent aux ambitions nationales. Le prochain sommet de la Communauté d’Afrique de l’Est, prévu en juin 2026 à Arusha, pourrait offrir une occasion de débloquer la situation — ou de l’aggraver.

La Tanzanie considère que le projet doit être mené avec son accord total, car il implique l’utilisation de ses infrastructures portuaires et de son territoire. La présidente Samia Suluhu Hassan a insisté sur le fait qu’aucune décision ne pouvait être prise sans consultation préalable de son gouvernement, comme le rapporte Courrier International.

Mombasa offre un accès direct à l’océan Indien, des infrastructures portuaires modernes et une proximité avec les grands marchés est-africains. Le port kényan est également mieux équipé pour gérer les flux de produits pétroliers, ce qui en fait un site plus attractif pour un projet d’envergure comme celui de Dangote.