Quatre rapporteurs spéciaux des Nations unies ont adressé des lettres formelles à deux géants de la chimie implantés dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon, ainsi qu’à l’État français. Dans ces courriers, rendus publics par Reporterre, ils expriment leur « vive préoccupation » face à la pollution massive aux PFAS – des polluants éternels – générée par les activités industrielles d’Arkema et de Daikin. Une prise de position saluée par l’association Notre Affaire à Tous, qui y voit « une étape historique » dans la reconnaissance des victimes de cette contamination.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre rapporteurs de l’ONU ont écrit aux entreprises Arkema et Daikin, ainsi qu’à l’État français, pour alerter sur leur responsabilité dans la pollution aux PFAS.
- Les PFAS, dits « polluants éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement, contaminent massivement la vallée de la chimie.
- L’association Notre Affaire à Tous qualifie cette intervention de « étape historique » pour les victimes.
- Les lettres des rapporteurs onusiens soulignent les risques sanitaires et environnementaux liés à ces substances.
Des polluants éternels au cœur des critiques
Les PFAS, ou per- et polyfluoroalkylées, sont des composés chimiques synthétiques utilisés depuis des décennies dans de nombreux secteurs industriels, notamment pour leurs propriétés antiadhésives et imperméables. Problème : ces substances sont quasi indestructibles. Elles s’accumulent dans les sols, les nappes phréatiques et même dans le sang humain, où elles peuvent provoquer cancers, troubles hormonaux et maladies du foie. « Ces produits ont contaminé des générations de riverains sans que les entreprises ni l’État n’aient pris les mesures nécessaires », rappelle Reporterre, qui cite des études montrant des taux anormalement élevés de PFAS dans l’eau potable et les organismes locaux.
Une mobilisation internationale contre l’inaction
Les quatre rapporteurs onusiens, spécialisés dans les droits humains et l’environnement, ont choisi une approche inédite en s’adressant directement aux dirigeants des deux entreprises et aux autorités françaises. Leur objectif ? Obtenir des réponses concrètes sur les mesures prises pour réduire cette pollution et indemniser les victimes. «
Nous sommes vivement préoccupés par l’impact de ces polluants sur la santé des populations et sur les écosystèmes», ont-ils écrit, selon des extraits communiqués par l’association. Arkema et Daikin, deux acteurs majeurs du secteur, sont pointés du doigt pour leur rôle dans la dispersion de ces substances toxiques.
Côté français, l’État est également interpellé. Les rapporteurs soulignent que les réglementations en vigueur – déjà critiquées pour leur laxisme – n’ont pas suffi à endiguer la crise. « La France a tardé à reconnaître l’ampleur du problème », estime un expert cité par Reporterre. Les lettres des Nations unies pourraient servir de levier pour accélérer les politiques publiques en matière de dépollution et de prévention.
Cette affaire illustre plus largement l’urgence de réguler les polluants persistants, alors que l’Union européenne envisage d’étendre la liste des substances interdites. En France, où plusieurs départements sont déjà touchés par des cas de contamination, les associations attendent des actes. « On ne peut plus se contenter de rapports et de promesses », insiste un porte-parole de Notre Affaire à Tous. « Il faut des sanctions et des plans de dépollution ambitieux. »
Les PFAS sont associés à plusieurs problèmes de santé graves, dont des cancers (rein, testicules), des maladies thyroïdiennes, des troubles du développement chez l’enfant, une baisse de la fertilité et une altération du système immunitaire. Leur persistance dans l’organisme – d’où leur surnom de « polluants éternels » – en fait des substances particulièrement dangereuses, même à faible dose.