D’après Cryptoast, la question d’une interdiction de la détention autonome de Bitcoin et des cryptomonnaies en France et en Europe se pose avec une acuité croissante. Si aucune mesure frontale n’a encore été adoptée, l’encadrement réglementaire, fiscal et administratif se densifie, au point de soulever des interrogations sur l’avenir de la self-custody, c’est-à-dire la détention directe des actifs sans intermédiaire.

Ce qu'il faut retenir

  • La self-custody reste légale en France et en Europe, mais son avenir est menacé par un durcissement progressif des règles.
  • Plusieurs dispositifs réglementaires, comme MiCA et DAC8, ainsi que des propositions fiscales, pourraient rendre la détention autonome plus coûteuse et contraignante.
  • La Banque centrale européenne (BCE) a, en mai 2025, pointé du doigt les risques liés à l’adoption croissante des cryptomonnaies pour la stabilité financière de la zone euro.
  • Des précédents historiques, comme l’interdiction de l’or aux États-Unis en 1933, rappellent que les États peuvent restreindre la propriété privée en période de crise monétaire.
  • La multiplication des agressions contre des détenteurs de cryptomonnaies et les débats sur la souveraineté individuelle alimentent les tensions autour de cette question.

Un encadrement réglementaire qui se resserre

En France et dans l’Union européenne, l’approche adoptée face aux cryptomonnaies n’est pas celle d’une interdiction brutale, mais d’un encadrement strict et progressif. Plusieurs outils légaux et fiscaux sont mobilisés pour limiter les libertés associées à la détention autonome. Parmi eux, la réglementation MiCA (Markets in Crypto-Assets), entrée en vigueur en 2024, impose des obligations strictes aux plateformes d’échange et aux prestataires de services. De même, la directive européenne DAC8, dont les dernières mesures ont été publiées en mai 2025, renforce les dispositifs de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Sur le plan fiscal, des propositions récentes visent à alourdir la fiscalité sur les cryptomonnaies. Par exemple, des députés français ont suggéré l’instauration d’une obligation de déclaration des wallets auto-hébergés détenant plus de 5 000 euros, une mesure qui, si elle était adoptée, marquerait une étape supplémentaire dans la surveillance des détenteurs de Bitcoin.

Des déclarations de la BCE qui préparent le terrain

Dans un article publié en mai 2025, la Banque centrale européenne a adopté un ton particulièrement critique à l’égard des cryptomonnaies. L’institution a souligné que « si les tendances actuelles de croissance rapide et d’interconnexion croissante avec la finance traditionnelle se poursuivent, les crypto-actifs finiront par présenter des risques pour la stabilité financière de la zone euro ». Ces propos, bien que dépourvus de caractère contraignant, contribuent à façonner un récit selon lequel les cryptomonnaies pourraient être perçues comme un facteur de déstabilisation en cas de crise.

Cette rhétorique pourrait, à terme, servir de justification à des mesures plus restrictives. Comme le rappelle Cryptoast, l’histoire montre que les États n’hésitent pas à restreindre les libertés individuelles en période de turbulence économique. L’exemple de l’Executive Order 6102, signé par le président américain Franklin D. Roosevelt en 1933, illustre cette tendance : sous prétexte de stabiliser l’économie, cet décret a interdit aux citoyens américains de détenir librement de l’or physique, un actif alors central dans le système monétaire international.

La self-custody, une cible indirecte

L’enjeu ne porte pas tant sur une interdiction explicite que sur la possibilité de rendre la détention autonome trop complexe, trop coûteuse ou trop risquée. Plusieurs leviers pourraient être actionnés à cette fin. Parmi eux, l’imposition de seuils de déclaration obligatoires pour les wallets, l’instauration d’une fiscalité dissuasive sur les plus-values, ou encore l’obligation de justifier systématiquement l’origine des fonds. À cela s’ajoutent des restrictions sur les transactions avec des wallets non identifiés, une pression accrue sur les plateformes pour qu’elles excluent les utilisateurs jugés « à risque », et une surveillance accrue des flux financiers.

Ces mesures, prises individuellement, ne constituent pas une interdiction. Mais, cumulées, elles pourraient décourager l’usage de la self-custody et, in fine, rendre son exercice marginal. Comme le souligne Cryptoast, cette stratégie rappelle celle mise en place par certains pays, comme l’Afrique du Sud, qui n’ont pas interdit directement les cryptomonnaies, mais en ont restreint les usages au nom du contrôle des capitaux.

Un climat de méfiance alimenté par des agressions ciblées

Parallèlement à ce durcissement réglementaire, un climat de méfiance s’installe autour de la détention autonome. Les agressions, enlèvements et tentatives de séquestration visant des détenteurs de cryptomonnaies se multiplient, créant un environnement où la sécurité des actifs devient une préoccupation majeure. Ces faits divers, souvent médiatisés, sont instrumentalisés par certains responsables politiques pour présenter les cryptomonnaies comme un risque pour les citoyens, plutôt que comme une réponse à la perte de confiance dans les institutions monétaires traditionnelles.

Cette approche contribue à diaboliser la self-custody, alors même que les utilisateurs sont souvent les premières victimes de ces violences. Comme le relève Cryptoast

Bitcoin, un outil de souveraineté menacé

Au-delà des aspects réglementaires et sécuritaires, c’est la promesse initiale de Bitcoin qui est en jeu. Depuis sa création en 2009, le réseau a été conçu comme un outil de souveraineté individuelle, permettant à chacun de détenir et de transférer de la valeur sans intermédiaire. Pourtant, avec l’accumulation des obligations déclaratives, des restrictions d’usage et des pressions sur les plateformes, cette vision semble de plus en plus compromise.

Les débats autour de la régulation touchent également aux outils de confidentialité, comme les mixeurs de transactions ou les portefeuilles non custodial. Des affaires comme celle visant les développeurs de Tornado Cash ou Samourai Wallet ont montré à quel point ces technologies sont dans le collimateur des régulateurs. La frontière entre la lutte contre la criminalité et la surveillance généralisée des utilisateurs devient, chaque année, plus floue.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances réglementaires et fiscales pourraient préciser l’avenir de la détention autonome. En France, les propositions concernant l’obligation de déclaration des wallets pourraient être examinées d’ici la fin de l’année 2026. Au niveau européen, la mise en œuvre des dernières mesures de DAC8 est prévue pour 2027, avec des impacts directs sur les utilisateurs de cryptomonnaies. Par ailleurs, la BCE devrait publier un rapport actualisé sur les risques systémiques liés aux crypto-actifs, ce qui pourrait influencer les futures décisions des États membres.

Dans ce contexte, les prochaines conférences sur Bitcoin, comme BTC Prague, prévue du 11 au 13 juin 2026, pourraient jouer un rôle clé dans la mobilisation de la communauté. Plusieurs ateliers y seront consacrés à la défense de la self-custody, à la lutte contre les CBDC (monnaies numériques de banque centrale) et à la préservation de la confidentialité, des thèmes qui s’annoncent centraux dans les débats à venir.

Reste à voir si les défenseurs de Bitcoin parviendront à inverser la tendance, ou si, au contraire, l’encadrement actuel ouvrira la voie à une restriction plus radicale. Une chose est sûre : la question de la souveraineté monétaire individuelle n’a jamais été aussi actuelle, dans un monde où les États renforcent leur emprise sur les flux financiers.

La self-custody désigne la détention directe d’actifs numériques, comme Bitcoin, sans intermédiaire. Elle est menacée par un durcissement des règles fiscales, des obligations déclaratives et des restrictions d’usage, qui pourraient rendre cette pratique trop contraignante ou risquée pour les utilisateurs.

Plusieurs échéances sont à surveiller : la mise en œuvre des dernières mesures de la directive DAC8 d’ici 2027, ainsi que l’examen de propositions françaises sur l’obligation de déclaration des wallets. Ces décisions pourraient directement impacter les détenteurs de cryptomonnaies.