Une retenue d’eau stratégique pour l’enneigement artificiel des pistes de ski à Courchevel, en Savoie, présente des signes d’affaissement préoccupants. Selon Reporterre, relayé par Le Monde le 16 mai 2026, l’ouvrage, situé à 2 270 mètres d’altitude, menace de s’effondrer sur un hameau voisin. Cette infrastructure, construite en 2020 pour un coût de 5,7 millions d’euros, était initialement destinée à alimenter en eau la piste de l’Éclipse lors des Championnats du monde de ski alpin en 2023 et des Jeux olympiques d’hiver Alpes 2030.
Ce qu'il faut retenir
- Une retenue d’eau de 170 000 m³, construite en 2020 pour un coût de 5,7 millions d’euros, menace de s’effondrer sur un hameau de Courchevel (Savoie).
- L’ouvrage, situé à 2 270 mètres d’altitude, est essentiel pour l’enneigement artificiel des pistes.
- Un affaissement « alarmante » a été révélé fin 2025 par une étude indépendante, selon Reporterre.
- L’infrastructure devait servir pour les Championnats du monde de ski alpin en 2023 et les Jeux olympiques d’hiver Alpes 2030.
Une infrastructure sous haute tension depuis sa construction
La retenue collinaire de la Loze, dont la capacité atteint 170 000 m³ d’eau, a été érigée en urgence pour répondre aux besoins logistiques des grands événements sportifs à venir. À l’époque, les autorités locales et les organisateurs des compétitions avaient justifié cet investissement par la nécessité de garantir des conditions de ski optimales, indépendamment des aléas météorologiques. Pourtant, moins de trois ans après son inauguration, les premiers signes de faiblesse structurelle sont apparus.
Les premières alertes remontent à fin 2025, lorsque des experts en ingénierie mandatés par les collectivités locales ont mené une étude approfondie. Leurs conclusions, jugées « alarmantes » par Reporterre, pointent un affaissement progressif du barrage, compromettant sa stabilité à moyen terme. Aucun détail technique n’a encore été rendu public, mais l’urgence de la situation a conduit les pouvoirs publics à diligenter une expertise complémentaire.
Un hameau en première ligne
Le hameau directement exposé au risque se situe en contrebas de la retenue, à proximité des remontées mécaniques desservant le secteur de l’Éclipse. Bien que les autorités n’aient pas communiqué de mesure d’évacuation préventive, les riverains et les professionnels du tourisme expriment une inquiétude croissante. « On nous a toujours assuré que la structure était sécurisée, mais les dernières analyses montrent que ce n’est plus le cas », confie un habitant sous couvert d’anonymat à Reporterre.
Côté mairie de Courchevel, on minimise pour l’instant les risques immédiats. « Nous suivons les recommandations des experts et prenons toutes les précautions nécessaires », a indiqué la municipalité dans un communiqué diffusé ce 21 mai 2026. Aucune date n’a été avancée pour une éventuelle fermeture préventive de la zone, mais les services de l’État en Savoie ont été saisis pour évaluer les mesures à adopter.
Un symbole des dérives de l’aménagement des stations de ski ?
La situation de la retenue de la Loze interroge plus largement sur la durabilité des grands projets d’infrastructure dans les stations de montagne. Construite en pleine logique de « technicisation » du ski, cette retenue illustre les tensions entre impératifs économiques, sportifs et environnementaux. « Ces barrages collinaires, souvent présentés comme des solutions miracles, posent aujourd’hui des questions sur leur fiabilité à long terme », souligne un hydrogéologue cité par Reporterre.
Avec les effets du réchauffement climatique qui réduisent la fiabilité de l’enneigement naturel, les stations misent de plus en plus sur ces systèmes artificiels. Pourtant, leur construction rapide et leur coût parfois élevé soulèvent des interrogations sur leur adéquation avec les enjeux de transition écologique des territoires alpins. À Courchevel, comme ailleurs, la gestion de l’eau devient un sujet central, alors que les conflits d’usage entre tourisme, agriculture et besoins domestiques s’exacerbent.
La retenue de la Loze incarne ainsi les paradoxes d’un modèle touristique qui mise sur l’artificialisation pour compenser les effets du changement climatique, tout en devant désormais gérer les risques systémiques qu’il engendre.
Aucun scénario d’effondrement immédiat n’a été confirmé par les autorités. Cependant, en cas de rupture, la retenue pourrait libérer jusqu’à 170 000 m³ d’eau, provoquant des inondations et des coulées de boue en aval. Les services de l’État évaluent actuellement les mesures de protection à mettre en place pour les riverains.