Alors que la Journée mondiale des espèces menacées est célébrée ce 11 mai 2026, les résultats d’une vaste opération internationale contre le trafic d’espèces sauvages dessinent le portrait d’un commerce illégal en pleine expansion. Menée entre le 15 septembre et le 15 octobre 2025, l’« Operation Thunder 2025 », coordonnée par Interpol et l’Organisation mondiale des douanes, a permis de démanteler des réseaux criminels dans 134 pays, avec des saisies record touchant aussi bien des animaux vivants que des produits dérivés. Selon Futura Sciences, ces opérations révèlent une criminalité organisée toujours plus sophistiquée, alimentée par une demande croissante en animaux exotiques, viande de brousse et objets de luxe issus d’espèces protégées.
Ce qu'il faut retenir
- 4 460 saisies réalisées lors de l’« Operation Thunder 2025 » dans 134 pays, entre septembre et octobre 2025.
- Près de 30 000 animaux vivants et plus de 5,8 tonnes de viande de brousse récupérés, dont de la viande de primate en Belgique et plus de 400 kg de viande de girafe au Kenya.
- 245 tonnes de faune marine protégée saisies, incluant 4 000 ailerons de requin, ainsi que des pièces d’ivoire interceptées en France, en Autriche et en Allemagne.
- 10 500 insectes, araignées et papillons protégés saisis, soulignant l’impact sur des espèces souvent négligées mais essentielles aux écosystèmes.
- 56 % des espèces menacées en France ne bénéficient d’aucune protection réglementaire, selon l’UICN.
- Plus de 1 100 suspects identifiés et des réseaux criminels jugés « sophistiqués », comme celui révélé au Qatar où un primate menacé était proposé à 14 000 dollars sur les réseaux sociaux.
Parmi les saisies les plus marquantes, l’opération a révélé un trafic d’une ampleur inédite en Europe. En France, en Autriche et en Allemagne, des centaines de kilogrammes d’ivoire ont été interceptés, confirmant la persistance du marché noir de l’ivoire malgré les interdictions internationales. Côté viande de brousse, les autorités ont saisi plus de 5,8 tonnes de produits, dont de la viande de primate en Belgique et plus de 400 kg de viande de girafe au Kenya. Au Qatar, un individu a tenté de vendre un primate menacé pour 14 000 dollars sur les réseaux sociaux, illustrant l’ampleur des réseaux criminels et leur adaptation aux nouvelles technologies.
Un trafic qui dépasse les frontières et s’adapte aux marchés
Les résultats de l’« Operation Thunder 2025 » mettent en lumière une criminalité organisée qui ne connaît pas de frontières. Les saisies de 245 tonnes de faune marine protégée, dont 4 000 ailerons de requin, révèlent l’ampleur du trafic d’espèces marines, souvent lié à la surpêche et à la demande asiatique. Les autorités ont également intercepté des peaux et de la viande de zèbre et d’antilope en Tanzanie, ainsi que des produits issus de reptiles et d’amphibiens protégés en Europe. Selon les enquêteurs, ces réseaux exploitent les lacunes réglementaires et les différences de législation entre les pays pour écouler leurs marchandises illégalement.
Le commerce illégal ne se limite pas aux animaux. Les plantes protégées, notamment dans le secteur horticole et chez les collectionneurs, font aussi l’objet d’un trafic en hausse. Les saisies réalisées lors de l’opération confirment que les collectionneurs et les amateurs d’espèces rares alimentent une demande qui dépasse largement les frontières nationales. Ces pratiques menacent non seulement la biodiversité, mais aussi la stabilité des écosystèmes, comme le rappelle l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
« Certaines catégories, comme les requins, les raies ou de nombreux insectes, restent particulièrement négligées malgré leur vulnérabilité. Leur disparition peut déstabiliser les chaînes alimentaires et favoriser la propagation d’espèces invasives ou de maladies. »
— Déclaration de l’UICN rapportée par Futura Sciences
Des espèces méconnues et sous-protection dans l’Hexagone
En France, la protection réelle de la biodiversité ne correspond pas toujours à la réglementation en vigueur. Selon une étude citée par Futura Sciences, 56 % des espèces animales et végétales menacées ne figurent dans aucun arrêté de protection. Cette situation est d’autant plus préoccupante que certaines espèces, comme les requins ou les insectes pollinisateurs, jouent un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes. Les saisies de plus de 10 500 insectes, araignées et papillons protégés lors de l’opération illustrent l’ampleur du trafic, souvent sous-estimé, mais qui menace pourtant des espèces essentielles à la pollinisation et à la régulation des populations d’autres animaux.
Les autorités françaises ont également intercepté des cargaisons de viande de brousse, dont des produits issus de primates, confirmant que le trafic ne se limite pas aux frontières européennes. Ces saisies soulèvent des questions sur l’efficacité des contrôles aux frontières et la capacité des États à faire respecter les réglementations internationales. Malgré les avancées législatives, comme le renforcement des sanctions contre le trafic d’espèces sauvages, les lacunes persistent, notamment pour les espèces moins médiatisées.
Ces saisies records rappellent que le trafic d’espèces sauvages ne recule pas, malgré les campagnes de sensibilisation et les efforts des autorités. La demande en animaux exotiques, en ivoire ou en viande de brousse reste forte, alimentée par des marchés souvent clandestins mais très lucratifs. Pour les experts, la solution passe à la fois par un renforcement des contrôles, une meilleure éducation du public et une coopération internationale accrue. En attendant, des milliers d’espèces continuent de payer le prix d’un commerce illégal qui, selon les estimations d’Interpol, représente le quatrième trafic le plus lucratif au monde, derrière le trafic de drogue, d’armes et d’êtres humains.
Le trafic d’espèces sauvages prospère en raison de plusieurs facteurs : la demande élevée pour des animaux exotiques ou des produits comme l’ivoire, les lacunes réglementaires entre les pays, la corruption des autorités locales dans certains États, et l’adaptation des réseaux criminels aux nouvelles technologies, comme les réseaux sociaux ou les marketplaces en ligne. De plus, certaines espèces, comme les insectes ou les plantes, sont moins protégées que les grands mammifères, ce qui facilite leur trafic.
Les experts attendent des avancées lors de la COP16 sur la biodiversité, prévue à l’automne 2026, où les États devraient renforcer les contrôles aux frontières et harmoniser leurs législations. En France, la mise en œuvre du plan national pour la biodiversité d’ici 2027 pourrait inclure des mesures plus strictes pour les espèces négligées. Par ailleurs, les autorités misent sur une meilleure coopération internationale et des campagnes de sensibilisation pour réduire la demande.