Les 27 dirigeants de l’Union européenne se réunissent à Bruxelles pour un sommet de deux jours, consacré à trois enjeux majeurs : la guerre en Ukraine, les relations économiques avec la Chine et le prochain budget pluriannuel de l’UE, estimé à 2 000 milliards d’euros. Selon Euronews FR, cette rencontre intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par la recherche d’une unité transatlantique renforcée et des divergences persistantes entre États membres.

Ce qu'il faut retenir

  • Le sommet de Bruxelles s’ouvre sur un soutien militaire et économique accru à l’Ukraine, après l’engagement obtenu auprès du président américain Donald Trump lors du G7 d’Évian.
  • L’UE prépare un nouveau train de sanctions contre la Russie, alors que Moscou intensifie sa guerre en Ukraine.
  • Les dirigeants discuteront d’une stratégie commune face à la concurrence économique chinoise, alors que le déficit commercial avec Pékin s’aggrave pour tous les États membres.
  • Le budget septennal de l’UE à 2 000 milliards d’euros fait débat, avec une proposition de réduction de 2 % proposée par Chypre, mais contestée par les « modernisateurs ».
  • Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy plaidera pour une adhésion accélérée de l’Ukraine à l’UE, malgré les réticences des dirigeants européens.

L’Ukraine et la Russie au centre des discussions

Le sommet s’ouvre jeudi 19 juin avec une séquence dédiée à la guerre en Ukraine, alors que le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a atterri à Bruxelles après sa participation au G7 d’Évian. Ce sommet a permis d’obtenir l’engagement du président américain Donald Trump de renforcer le soutien militaire à Kyiv et d’accroître les sanctions contre Moscou. Une avancée saluée par les Européens, qui avaient vu leurs relations avec Washington fragilisées par les dérogations successives accordées par la Maison-Blanche sur le pétrole russe.

Selon un porte-parole de la Commission européenne, « c’est le moment de continuer à faire pression sur la Russie ». L’UE prépare un nouveau train de sanctions pour affaiblir la machine de guerre russe, très gourmande en ressources. Pourtant, les divisions restent profondes parmi les États membres sur la question d’éventuels pourparlers directs avec Moscou. António Costa, président du Conseil européen, a confirmé avoir eu des « contacts brefs » avec la Russie « au niveau diplomatique », sans aborder de questions de fond.

Zelenskyy pousse pour une adhésion accélérée de l’Ukraine à l’UE

Volodymyr Zelenskyy devrait défendre une adhésion rapide de l’Ukraine à l’UE, alors que Kiev et Chisinau ont officiellement lancé le premier bloc de négociations d’adhésion lundi. « La Russie trouvera un moyen de bloquer la voie de l’Ukraine vers l’UE », a-t-il averti lors du G7. « C’est pour cela que nous avons besoin d’une procédure accélérée. »

Une position qui rencontre une forte résistance au sein de l’UE. Un haut diplomate européen a rappelé que « la seule voie est celle du mérite ». Pour lui, l’adhésion à l’UE implique que les nouveaux membres participent à la décision de « 30 % de la législation nationale », d’où la nécessité de s’assurer que les candidats partagent pleinement les valeurs de l’Union. Le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé une alternative, une « adhésion associée », incluant un statut d’observateur et une assistance mutuelle en cas d’agression. Une idée accueillie avec scepticisme à Kyiv et dans plusieurs capitales.

La Chine, un défi économique et stratégique pour l’UE

Après l’échange avec Zelenskyy, les dirigeants aborderont lors du dîner du jeudi la question de la Chine, devenue un sujet de tensions majeures. Pour la première fois en 2025, tous les États membres de l’UE ont enregistré un déficit commercial avec Pékin, alimentant les craintes d’une désindustrialisation progressive. « Nous ne sommes plus naïfs », a déclaré un haut diplomate européen. « Le plan quinquennal chinois est une attaque contre notre marché. »

Les divisions sont réelles entre les États membres. D’un côté, la France, la Pologne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et la Lituanie prônent une ligne offensive pour corriger les déséquilibres commerciaux et sanctionner les subventions chinoises. De l’autre, l’Allemagne, l’Espagne et la Grèce craignent des représailles économiques et défendent une approche plus prudente. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a rappelé sa position : « Nous voulons le dialogue, mais il doit produire des résultats. Nous aimons la concurrence, mais elle doit être loyale. »

Le budget record de l’UE à 2 000 milliards d’euros sous le feu des critiques

Vendredi, les dirigeants se pencheront sur le prochain cadre financier pluriannuel, un budget septennal estimé à 2 000 milliards d’euros. Chypre, qui préside actuellement le Conseil de l’UE, a proposé une réduction « modérée » de 2 %, soit 32,8 milliards d’euros, par rapport au projet initial. Une mesure insuffisante pour les « modernisateurs », qui souhaitent une baisse plus significative.

Les négociations s’annoncent ardues. Les pays agricoles et ceux bénéficiant des fonds de cohésion défendent une enveloppe généreuse, tandis que les partisans d’une rigueur budgétaire, désormais rebaptisés « modernisateurs », réclament des coupes claires. Le risque est grand de voir les discussions s’éterniser jusqu’en 2027, une année électorale en France, en Espagne, en Italie et en Pologne, qui pourrait paralyser le processus. L’objectif reste de parvenir à un accord d’ici décembre.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront décisives pour évaluer la capacité des 27 à trouver un terrain d’entente. Si les discussions sur l’Ukraine et la Chine pourraient aboutir à des déclarations communes, le budget risque de cristalliser les tensions entre États membres. Les observateurs s’attendent à des compromis de dernière minute, mais rien n’est garanti. La réunion des ministres des Affaires étrangères prévue en juillet pourrait servir de baromètre pour mesurer l’avancée des négociations.

Quatre nouveaux dirigeants participeront à ce sommet : Péter Magyar (Hongrie), Andris Kulbergs (Lettonie), Roumen Radev (Bulgarie) et Janez Janša (Slovénie). Leur présence reflète l’évolution récente de la composition politique de l’UE, avec des gouvernements parfois en désaccord avec les orientations traditionnelles de Bruxelles.

Les débats de Bruxelles s’inscrivent dans un contexte international marqué par l’instabilité. Entre la guerre en Ukraine, les tensions commerciales avec la Chine et les défis budgétaires internes, l’UE doit concilier unité et pragmatisme. Une équation complexe, alors que les élections de 2027 approchent et pourraient rebattre les cartes politiques.

Les divisions reflètent des intérêts économiques divergents. Certains pays, comme l’Allemagne ou l’Espagne, dépendent fortement du marché chinois pour leurs exportations et craignent des représailles. D’autres, comme la France ou la Pologne, privilégient une ligne plus ferme pour protéger leur industrie et sanctionner les pratiques déloyales de Pékin.