Paris, le 22 mai 2026 — « Chaque jour, l’étau se resserre sur nos libertés, sur notre démocratie. » Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a tiré la sonnette d’alarme ce vendredi sur franceinfo - Culture, après la publication d’une tribune critiquant l’influence grandissante de Vincent Bolloré dans le secteur culturel français. La dirigeante syndicale a dénoncé un « climat de peur » pesant sur l’ensemble du cinéma, saluant au passage « le courage de celles et ceux qui osent briser l’omerta ».

Ce qu'il faut retenir

  • Une tribune signée par des professionnels du cinéma dénonce l’emprise croissante de Vincent Bolloré sur la production et la diffusion des œuvres.
  • Sophie Binet (CGT) évoque un « climat de peur » et une « concentration dangereuse » des médias entre les mains du milliardaire.
  • Maxime Saada, PDG de Canal+, a menacé de cesser toute collaboration avec les signataires de cette tribune.
  • Bolloré, déjà actionnaire majoritaire d’UGC, ambitionne d’en prendre le contrôle total, tandis que le limogeage récent du directeur des éditions Grasset est cité en exemple.
  • La CGT Spectacle organise un rassemblement le 30 mai 2026 devant l’Olympia, salle appartenant au groupe Bolloré, pour dénoncer cette concentration des pouvoirs.

Une tribune pour dénoncer la mainmise de Bolloré sur le cinéma

Selon franceinfo - Culture, une tribune publiée ces derniers jours a rassemblé des professionnels du cinéma français pour alerter sur l’influence croissante de Vincent Bolloré dans le secteur. Ce dernier, déjà connu pour son rôle clé dans le financement du cinéma hexagonal, a récemment renforcé sa position en entrant au capital du distributeur UGC, avec l’objectif affiché d’en prendre le contrôle à terme. Pour Sophie Binet, cette concentration des médias et des industries culturelles entre les mains d’un seul milliardaire représente une menace pour la liberté d’expression et la démocratie.

« Il y a une concentration dangereuse : dans les mains du même milliardaire, il y a de plus en plus de médias », a-t-elle déclaré lors de son intervention sur franceinfo. Elle a ajouté que Vincent Bolloré « ne se contente pas d’encaisser les dividendes, il veut s’en servir au service de sa bataille culturelle ». Un constat qui, selon elle, explique le « climat de peur » et l’omerta observés dans le milieu.

Un limogeage et des menaces professionnelles

Sophie Binet a illustré ses propos en citant le limogeage récent du directeur des éditions Grasset, un événement qu’elle attribue à l’influence de Bolloré. « Il peut le faire sur le cinéma. C’est ce qui explique la peur et l’omerta. C’est dangereux », a-t-elle insisté. Elle a également rappelé que « le cinéma français est tenu » et que « chaque jour, l’étau se resserre sur nos libertés, sur notre démocratie. La situation est très grave ».

Cette prise de position intervient alors que Maxime Saada, PDG de Canal+, a annoncé qu’il ne travaillerait plus avec les signataires de la tribune anti-Bolloré. Une réaction qui illustre les tensions croissantes au sein du secteur, où les positions se radicalisent entre ceux qui dénoncent une mainmise abusive et ceux qui défendent les intérêts économiques du groupe.

La CGT appelle à une loi anti-concentration

Face à cette situation, Sophie Binet a appelé le gouvernement à mettre en œuvre une « loi anti-concentration », s’inspirant du programme du Conseil national de la Résistance après la Seconde Guerre mondiale. « C’est un enjeu central pour notre démocratie », a-t-elle souligné. Elle a insisté sur la nécessité de limiter les liens entre l’industrie et la presse, une mesure qu’elle juge indispensable pour préserver la liberté de création et d’expression.

La dirigeante syndicale a rappelé que « l’histoire nous a appris que lorsque le pouvoir économique contrôle les médias, la démocratie en pâtit ». Pour elle, la concentration actuelle des médias entre les mains de Vincent Bolloré représente un danger similaire, justifiant une réaction urgente des pouvoirs publics.

Un rassemblement prévu devant l’Olympia le 30 mai

La CGT Spectacle a annoncé l’organisation d’un rassemblement le 30 mai 2026 devant l’Olympia, salle emblématique appartenant au groupe Bolloré. L’objectif est double : dénoncer la concentration des pouvoirs dans le secteur culturel et exiger des mesures pour protéger la démocratie. « Il y a de fortes chances que ce soit notre dernier Olympia », avait précédemment déclaré l’artiste Dominique A, qui boycotte désormais les salles du groupe Bolloré.

Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation, qui touche également d’autres professionnels de la musique et du spectacle vivant. Les signataires de la tribune anti-Bolloré appellent à une prise de conscience collective face à ce qu’ils considèrent comme une menace pour la diversité culturelle et la liberté artistique.

Et maintenant ?

La publication de la tribune et les réactions qu’elle a suscitées laissent présager une intensification des tensions dans les semaines à venir. Le gouvernement, qui n’a pas encore réagi officiellement, pourrait être amené à se prononcer sur la question d’une loi anti-concentration, un dossier qui divise déjà les acteurs du secteur. Par ailleurs, la mobilisation prévue le 30 mai devant l’Olympia pourrait donner lieu à des débats publics et à des prises de position politiques. Reste à voir si cette pression suffira à faire évoluer la situation ou si, au contraire, les positions des différents acteurs se cristalliseront davantage.

Pour l’heure, Vincent Bolloré n’a pas réagi publiquement à ces accusations. Son groupe, qui contrôle déjà une partie significative de l’audiovisuel et de la presse en France, continue d’étendre son influence dans le cinéma, un secteur qu’il finance massivement depuis des années.

Vincent Bolloré est une figure majeure du financement du cinéma français, mais son influence s’étend désormais bien au-delà. Via son groupe, il contrôle des médias (Canal+, C8, etc.), des maisons d’édition (Grasset, Plon) et cherche à prendre le contrôle total du distributeur UGC. Cette concentration des pouvoirs dans ses mains est perçue par ses détracteurs comme une menace pour la liberté d’expression et la diversité culturelle.