Selon RFI, la situation humanitaire à El-Obeid, grande ville du Kordofan au Soudan, devient chaque jour plus critique. Depuis plusieurs jours, la communauté internationale multiplie les alertes face à la menace d’un assaut des Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par le général Mohamed Hamdane Dogolo, plus connu sous le nom de « Hemedti ». Ces dernières, engagées dans un conflit armé contre l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan depuis avril 2023, pourraient selon l’ONU provoquer des « atrocités en masse » dans cette ville déjà éprouvée par des mois de siège.
Ce qu'il faut retenir
- La ville d’El-Obeid, située dans la région du Kordofan, subit un siège prolongé depuis plusieurs mois.
- Les Forces de soutien rapide (FSR), menées par le général Hemedti, sont accusées de préparer une offensive majeure.
- Le conflit au Soudan oppose depuis 2023 les FSR à l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan.
- L’ONU alerte sur un « risque imminent d’atrocités en masse » si l’assaut se concrétise.
Un siège de plusieurs mois qui aggrave la crise humanitaire
El-Obeid, ville stratégique du centre du Soudan, est encerclée depuis des mois par les FSR. Selon RFI, les conditions de vie y sont devenues extrêmement précaires : accès limité à l’eau potable, pénuries alimentaires et médicaments, ainsi qu’un effondrement des services publics. Les habitants, coupés du reste du pays, dépendent presque exclusivement de l’aide humanitaire, laquelle est de plus en plus difficile à acheminer en raison des combats. Les rapports des ONG locales et internationales décrivent une situation « proche de l’effondrement ».
Le siège prolongé a déjà provoqué une hausse dramatique de la mortalité, notamment chez les enfants et les personnes âgées. Les hôpitaux, sous-équipés et sous-alimentés en carburant, ne peuvent plus assurer les soins de base. Plusieurs agences des Nations unies avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en mai 2026, estimant que plus de 50 000 personnes risquaient de mourir dans les prochains mois si l’aide n’était pas massivement augmentée.
Les Forces de soutien rapide, un acteur clé du conflit soudanais
Les Forces de soutien rapide (FSR), créées en 2013 à partir des milices Janjaweed, sont devenues l’une des principales forces combattantes au Soudan. Leur chef, le général Hemedti, était auparavant un allié du général al-Burhan, avant que leur alliance ne se brise en avril 2023, déclenchant une guerre civile qui a déjà fait plus de 15 000 morts et plus de 10 millions de déplacés selon les estimations de l’ONU. Les FSR, connues pour leurs méthodes brutales, sont aujourd’hui accusées de crimes de guerre dans plusieurs régions du pays.
L’offensive en préparation à El-Obeid s’inscrit dans une stratégie plus large visant à affaiblir le contrôle de l’armée régulière sur les zones centrales du Soudan. Les FSR cherchent à étendre leur emprise sur les ressources économiques, notamment les mines d’or, et à marginaliser leurs adversaires politiques. Leur avancée pourrait également menacer les corridors humanitaires encore accessibles, aggravant encore davantage la crise.
L’ONU sonne l’alarme : « Risque imminent d’atrocités en masse »
Dans un communiqué rendu public ce week-end, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a mis en garde contre une « escalade imminente de la violence » à El-Obeid. « Le risque d’atrocités en masse est réel et imminent si aucune action concrète n’est entreprise rapidement », a déclaré un porte-parole de l’organisation, soulignant que les civils paieraient le prix fort en cas d’assaut. Ces craintes sont partagées par plusieurs pays occidentaux, dont les États-Unis et la France, qui ont appelé à une désescalade immédiate.
Un responsable de l’ONU, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a précisé que les FSR disposaient de renforts militaires importants autour d’El-Obeid, avec des mouvements de troupes observés depuis le 15 juin. Les services de renseignement internationaux estiment que l’offensive pourrait débuter d’ici la fin du mois si aucune médiation n’aboutit. « Nous sommes à un tournant », a-t-il ajouté, rappelant que des frappes aériennes pourraient également cibler les infrastructures civiles.
Côté militaire, l’armée soudanaise a renforcé ses défenses autour d’El-Obeid, mais son aviation, souvent clouée au sol faute de carburant, peine à contrer les mouvements des FSR. Une intervention étrangère, bien que peu probable à court terme, n’est pas totalement exclue, notamment de la part des pays du Golfe qui soutiennent l’un ou l’autre camp. Pour l’instant, la priorité reste la protection des civils, alors que les stocks de nourriture et de médicaments s’amenuisent chaque jour.
Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue pour le 23 juin 2026, tandis que des négociations sont en cours à Addis-Abeba sous l’égide de l’Union africaine. Parallèlement, la Croix-Rouge tente d’obtenir un cessez-le-feu local pour évacuer les blessés et acheminer de l’aide humanitaire.