Alors que le secteur automobile européen fait face à une concurrence accrue, notamment venue de Chine, le groupe Stellantis, dirigé depuis un an par l’Italien Antonio Filosa, a présenté ce jeudi 21 mai 2026 son nouveau plan stratégique « Fastlane 2030 ». Ce programme, attendu comme un tournant après une année marquée par des pertes records, repose sur trois piliers : une croissance rentable, une diversification des partenariats industriels et un retour de modèles emblématiques. Selon BFM Business, qui a recueilli ses déclarations lors d’une interview exclusive, Antonio Filosa mise avant tout sur une logique de complémentarité avec des constructeurs chinois, comme Leapmotor et Dongfeng, pour renforcer sa présence sur le marché.
Ce qu'il faut retenir
- Stellantis présente son plan « Fastlane 2030 » avec un investissement de 60 milliards d’euros sur cinq ans pour relancer sa croissance.
- Le groupe ne prévoit pas de fermer d’usines en Europe mais annonce une baisse de production de 800 000 unités par an.
- Des partenariats avec Leapmotor et Dongfeng doivent permettre d’optimiser les capacités de production, notamment à Madrid, Saragosse et Rennes.
- Antonio Filosa confirme le retour de la Citroën 2CV électrique en 2028, à moins de 15 000 euros.
- Le dirigeant écarte toute critique sur son prédécesseur, Carlos Tavares, et mise sur une « énergie collective » pour redresser le groupe.
Un plan ambitieux pour relancer une activité en perte de vitesse
Près d’un an après avoir pris la direction de Stellantis, Antonio Filosa a détaillé les grandes lignes du plan « Fastlane 2030 », un programme conçu pour inverser la tendance après une année 2025 marquée par des pertes significatives. « Il y a de nombreux éléments dans ce plan, mais le plus important est que nous allons croître avec de la rentabilité », a-t-il déclaré lors de son intervention sur BFM Business. Ce programme prévoit un investissement global de 60 milliards d’euros dans les actifs et technologies mondiales, avec pour objectif de déployer ces innovations sur l’ensemble des marques du groupe, tant en Europe que dans d’autres régions.
Face à une concurrence chinoise de plus en plus agressive sur le marché européen, Stellantis a choisi de s’appuyer sur des alliances stratégiques plutôt que sur une confrontation directe. « Nous allons investir 60 milliards d’euros dans les actifs mondiaux, les technologies mondiales qui, une fois développées, seront déployées dans toutes nos marques en Europe et en dehors de l’Europe », a précisé le dirigeant. Cette approche vise à mutualiser les ressources tout en maintenant une présence industrielle en Europe, où le groupe ne compte fermer aucune usine.
Des partenariats avec la Chine pour mutualiser les capacités de production
Stellantis mise depuis plusieurs années sur des collaborations avec des constructeurs chinois, une stratégie qui s’intensifie avec l’accord conclu avec Dongfeng. « Nous croyons que nous pouvons croître ensemble en ayant une relation gagnant-gagnant, c’est le cas avec Leapmotor ces dernières années, comme cela sera aussi le cas avec Dongfeng, que nous connaissons depuis 34 ans », a expliqué Antonio Filosa. Ce dernier a rappelé que Stellantis entretenait déjà une coentreprise avec Dongfeng en Chine, via Peugeot et Citroën, ce qui facilite aujourd’hui la mise en place de nouveaux projets.
L’un des exemples concrets de cette stratégie est l’usine de Rennes, où Dongfong produira prochainement un véhicule de sa marque Voyah, dédiée aux gros véhicules. « L’accord que nous voulons élaborer avec Dongfeng à Rennes concerne Voyah, qui est leur marque dédiée aux gros véhicules. Cela montre bien que nous sélectionnons ensemble l’offre de nos partenaires car nous ne voulons pas être en concurrence dans le même réseau de distribution », a souligné Antonio Filosa. À Madrid et Saragosse, Stellantis assemble déjà deux modèles Leapmotor de segment D, des véhicules que le groupe ne propose pas actuellement dans ses gammes européennes.
Cette logique de complémentarité vise à éviter toute cannibalisation entre les marques du groupe et celles de ses partenaires. « Nous ne fermons pas d’usines en Europe, nous partageons nos capacités de production : c’est ce qui se passe avec Leapmotor à Madrid et à Saragosse et c’est ce qui se passera avec Dongfeng à Rennes. La cannibalisation n’est pas dans notre intérêt ou dans celui de nos partenaires, nous voulons faire croître ensemble notre réseau de distribution, c’est pour cela que nous sélectionnons ensemble les voitures et les marques que nous commercialiserons », a-t-il ajouté.
Un redressement industriel qui passe aussi par le retour de modèles iconiques
Parmi les annonces marquantes du plan « Fastlane 2030 », le retour de la Citroën 2CV, prévue pour 2028 en version électrique et à moins de 15 000 euros, a particulièrement retenu l’attention. Ce modèle, symbole des années 1950-1990, devrait ainsi faire son grand retour sur le marché dans une version moderne et accessible. « Ce que je vois, c’est un avenir radieux pour nous et je suis confiant avec les bonnes équipes que nous avons en Europe, aux États-Unis, au Brésil, en Chine, au Moyen-Orient et en Afrique, en Inde, c’est la force et l’énergie de Stellantis pour l’avenir », a déclaré Antonio Filosa.
Le dirigeant a également tenu à prendre ses distances avec les critiques adressées à son prédécesseur, Carlos Tavares, dont le départ avait marqué l’année 2025. « Je ne parle jamais du passé. Le passé, c’est le passé », a-t-il simplement répondu, préférant insister sur la dynamique actuelle du groupe. Cette posture reflète une volonté de tourner la page tout en capitalisant sur les forces existantes, à l’image des 146 000 salariés répartis dans 30 pays.
Alors que les partenariats industriels et les innovations technologiques doivent servir de levier à la relance, l’enjeu pour Stellantis sera de maintenir un équilibre entre ouverture à l’international et préservation de son ancrage européen. Une équation complexe, mais dont dépendra en grande partie la réussite du plan « Fastlane 2030 ».
Stellantis mise sur une logique de complémentarité plutôt que de confrontation. Plutôt que de produire les mêmes modèles, le groupe s’allie à des partenaires chinois pour fabriquer des véhicules qui ne figurent pas dans ses gammes actuelles, comme les gros modèles de Leapmotor ou ceux de la marque Voyah de Dongfeng. L’objectif est d’optimiser les capacités de production existantes tout en évitant une cannibalisation entre les marques, comme l’a expliqué Antonio Filosa lors de son intervention sur BFM Business.