L’abandon du Système de combat aérien du futur (Scaf) en tant que projet commun franco-allemand marque un tournant dans la coopération européenne en matière de défense aérienne. Selon Libération, Airbus, soutenu par des industriels allemands, prend désormais les devants pour développer un nouvel appareil, tandis que Dassault Aviation mise sur une version modernisée de son Rafale, intégrant drones et intelligence artificielle. Ce revirement illustre les tensions persistantes entre Paris et Berlin sur la stratégie industrielle à adopter pour l’aviation de combat de demain.
Le projet Scaf, lancé en 2017, devait aboutir à un avion de sixième génération capable de remplacer les Rafale et Eurofighter actuels. Pourtant, les désaccords entre la France et l’Allemagne sur le partage des tâches industrielles ont fini par avoir raison de ce partenariat. « Ce n’est pas une surprise, mais c’est un camouflet pour la France », confie un observateur du secteur sous couvert d’anonymat. Désormais, Airbus et ses partenaires allemands semblent déterminés à poursuivre leur propre voie, reléguant Dassault à un rôle de second plan.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet Scaf, lancé en 2017 entre la France et l’Allemagne, est abandonné en tant que coopération franco-allemande.
- Airbus, avec des industriels allemands, développe désormais son propre appareil de combat, marginalisant Dassault.
- Dassault mise sur une version modernisée du Rafale, intégrant drones et intelligence artificielle.
- Les désaccords industriels ont précipité l’échec du projet Scaf, malgré des investissements initiaux importants.
- L’Allemagne et la France peinent à s’accorder sur la répartition des tâches et des technologies.
Un projet ambitieux sacrifié sur l’autel des divergences industrielles
Lancé il y a près de dix ans, le Scaf était censé symboliser l’autonomie stratégique européenne en matière de défense aérienne. Pourtant, les divergences entre Paris et Berlin sur la répartition des responsabilités industrielles ont rapidement freiné son développement. Airbus, qui supervise déjà la production de l’Eurofighter, a convaincu les autorités allemandes de privilégier une approche nationale, avec un appareil développé en collaboration avec des entreprises comme Diehl Defence ou Hensoldt. « Nous avons fait le choix d’une solution souveraine », a déclaré un responsable allemand auprès de Libération.
De son côté, la France, par la voix de son ministre des Armées, a réaffirmé son attachement à l’autonomie stratégique. « La France ne renoncera pas à ses ambitions industrielles », a souligné Sébastien Lecornu en mars 2026. Dassault Aviation, qui avait initialement collaboré sur le Scaf, mise désormais sur une mise à niveau de son Rafale, capable de voler en essaim avec des drones et d’intégrer des algorithmes d’intelligence artificielle. Une stratégie qui permettrait à la France de conserver une longueur d’avance technologique.
Dassault mise sur le Rafale, tandis qu’Airbus avance sans la France
Le groupe français n’entend pas rester les bras croisés face à l’évolution du marché. Dassault Aviation a confirmé qu’il développerait un « super Rafale », capable de s’intégrer dans un réseau de combat connecté, incluant des drones de combat et des capteurs avancés. « Notre Rafale peut devenir une plateforme de plateformes », a indiqué Éric Trappier, PDG de Dassault, lors d’une conférence de presse en mai 2026. L’appareil, déjà en service dans plusieurs pays, pourrait ainsi évoluer vers une version plus performante sans attendre l’aboutissement d’un projet européen.
Pendant ce temps, Airbus Defence and Space, filiale du géant aéronautique européen, poursuit le développement d’un nouvel appareil, baptisé provisoirement « New Generation Fighter » (NGF). Ce projet, soutenu par Berlin, vise à offrir une alternative aux Rafale et Eurofighter, avec une entrée en service prévue vers 2035. Les deux approches reflètent une fragmentation croissante du paysage industriel européen, où chaque pays cherche à préserver ses intérêts stratégiques.
Cette scission intervient alors que l’Europe tente de renforcer sa souveraineté militaire, face aux tensions géopolitiques croissantes. Le Scaf, en tant que symbole d’une coopération transnationale, laisse ainsi place à une compétition qui pourrait affaiblir l’industrie aéronautique européenne dans son ensemble. Reste à savoir si cette fragmentation servira les intérêts des États membres ou, au contraire, les exposera à des dépendances extérieures.
Le Rafale modernisé de Dassault misera sur une intégration poussée de drones et d’IA, tout en conservant sa structure actuelle, ce qui permettrait une entrée en service plus rapide. À l’inverse, l’appareil d’Airbus, développé avec des partenaires allemands, vise une sixième génération avec des technologies plus avancées, mais nécessitera davantage de temps avant d’être opérationnel.