Une entreprise d’évasion fiscale qui tourne au ridicule, un patron en cavale vers un paradis fiscal, des policiers en duo comique et une langue théâtrale réinventée : « Tous coupables sauf Thermos Gronn », pièce librement inspirée de l’affaire Carlos Ghosn, sévit à Paris jusqu’au 24 mai 2026. D’après Franceinfo - Culture, cette création signée Sacha Vilmar et Romane Nicolas pousse l’absurde à son paroxysme, mêlant satire politique, surréalisme et performance scénique.
Ce qu'il faut retenir
- Une pièce adaptée du texte de Romane Nicolas, mise en scène par Sacha Vilmar, présentée au théâtre de la Tempête à La Cartoucherie de Vincennes.
- Inspiration directe : l’évasion rocambolesque de Carlos Ghosn vers le Liban, transposée en fiction sous les traits de Thermos Gronn, PDG d’une multinationale.
- Distribution remarquée : Fanny Colnot incarne une version troublante de Ghosn, tandis que Sacha Vilmar campe Tailleurz, complice dévouée.
- Style linguistique unique : néologismes, transformations phonétiques (« la mur » pour « la mort »), créant une théâtralité tranchée.
- Scénographie minimaliste mais ingénieuse, avec un praticable tournant révélant plusieurs décors en un seul plateau.
- Une satire sociale et judiciaire où l’absurde l’emporte, jusqu’au procès tenu… dans un paradis fiscal.
Une réinterprétation burlesque de l’affaire Ghosn
La pièce s’ouvre sur une scène d’évasion spectaculaire. Thermos Gronn, PDG d’un géant industriel, fuit son pays natal à bord d’un avion privé, direction le Liban — un paradis fiscal où il espère échapper à la justice. Assisté de Tailleurz, son bras droit aussi dévoué qu’excentrique, il tente de franchir les frontières avec une désinvolture qui confine à l’incompétence. Autour d’eux, la machine judiciaire s’emballe, symbolisée par deux inspecteurs aussi maladroits que déterminés, interprétés par Véronique Mangenot et Etienne Guillot, en hommage aux Dupond et Dupont de Hergé.
Le parcours de Gronn est jalonné d’obstacles absurdes : un procès qui se tient dans un lieu où les lois n’ont plus cours, une tentative de corruption de l’archange Michel pour éviter la mort, ou encore une course-poursuite où chaque issue semble se refermer comme un piège. Franceinfo - Culture souligne que cette transposition théâtrale transforme une affaire judiciaire complexe en une farce où « tout part en vrille », selon les mots de la critique.
Un jeu d’acteurs au service d’une caricature fidèle
La force de la pièce réside dans son interprétation. Fanny Colnot prête à Thermos Gronn des traits si ressemblants à ceux de l’ancien PDG de Renault-Nissan que le spectateur reconnaît immédiatement le modèle. «
La comédienne porte les traits de Carlos Ghosn de manière troublante», note Franceinfo - Culture. À ses côtés, Sacha Vilmar, qui endosse le rôle de Tailleurz, offre une performance physique et vocale remarquée, donnant vie à une assistante aussi dévouée qu’imprévisible, prête à tout pour son « tyran d’employeur ».
Le duo formé avec Véronique Mangenot et Etienne Guillot complète ce tableau comique. Leurs répliques, truffées de jeux de mots et de références décalées, rythment la pièce d’un souffle effréné. La diction précise des comédiens, associée à une diction parfaite, immerge le public dans un univers où le langage devient lui-même un personnage.
Une langue et une scénographie au service de l’absurde
L’originalité de la pièce tient aussi à sa création linguistique. Sacha Vilmar a imaginé un langage déformé où les voyelles se transforment : les « a » deviennent « o », les « o » deviennent « u », et le verbe « faire » se mue en « foire ». Cette invention, qu’il qualifie de « drôle et utile pour déployer une théâtralité forte et tranchée », devient un outil pour déconstruire le sérieux des institutions.
« Une véritable création linguistique qui permet de décaler le propos », explique-t-il.
Côté décors, la mise en scène mise sur la simplicité et l’ingéniosité. Un praticable tournant, visible dès l’entrée en scène, révèle en quelques secondes plusieurs univers : le bureau du PDG, la salle d’audience délocalisée, ou encore l’antichambre du paradis fiscal. Franceinfo - Culture relève que cette scénographie minimaliste — avec, par exemple, le cercueil de Gronn symbolisé par une simple porte fermée — crée une proximité avec le public, renforçant l’effet comique. Bref, tout est conçu pour que le spectateur rit jaune en reconnaissant, malgré l’exagération, les travers d’un système judiciaire et médiatique qu’il côtoie au quotidien.
Un mélange de genres qui interroge sans cesse
Le texte, écrit par Romane Nicolas, oscille entre surréalisme et satire sociale. Chaque scène semble repousser les limites de l’absurde : comment un procès peut-il se tenir dans un paradis fiscal où le jury est « bien arrosé » ? Pourquoi l’archange Michel devient-il un allié improbable dans cette fuite en avant ? Le spectateur, d’abord surpris, finit par se laisser emporter par ce rythme effréné où chaque rebondissement semble plus invraisemblable que le précédent.
Pourtant, derrière le rire, pointe une critique acerbe. La pièce questionne la notion de responsabilité individuelle face à des systèmes économiques et juridiques défaillants. «
On en ressort en riant, mais avec l’étrange sentiment d’avoir assisté à une satire de notre époque», commente Franceinfo - Culture. Le mélange des registres — comédie, tragédie, burlesque — laisse une impression de vertige, comme si l’absurde n’était qu’un miroir grossissant de notre réalité.
En attendant, cette création rappelle que le théâtre reste un laboratoire où les sujets les plus sérieux peuvent être abordés avec légèreté — à condition de savoir en rire. Une façon, peut-être, de désamorcer les scandales en les transformant en farce.
Le texte de la pièce « Tous coupables sauf Thermos Gronn » est signé Romane Nicolas.
La pièce est présentée au théâtre de la Tempête, situé à La Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 24 mai 2026.