L’actrice écossaise Tilda Swinton, figure incontournable du cinéma expérimental et membre de plusieurs jurys de festivals, a livré une masterclass remarquée au Festival de Cannes le 21 mai 2026. Devant une salle Buñuel comble, elle a partagé son amour du septième art, ses choix artistiques et son parcours atypique, selon Franceinfo - Culture.
Ce qu'il faut retenir
- Une carrière éclectique : Swinton a évoqué ses collaborations avec des réalisateurs majeurs comme Wes Anderson, Jim Jarmusch, Bong Joon-ho ou Pedro Almodóvar.
- Un hommage à Derek Jarman : Elle a rendu hommage à son mentor, le réalisateur de Caravaggio (1985), son premier film, et rappelé son attachement au cinéma expérimental.
- Une leçon de cinéma : « Ne soyez pas snobs, voyez tout, tous les films », a-t-elle lancé à la salle, insistant sur la diversité des œuvres à découvrir.
- Un engagement politique : Elle a assumé le choix de la Palme d’Or 2004 décernée à Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, soulignant le rôle politique du cinéma.
- Une présence cannoise : Membre du jury en 2004, elle espère revenir siéger à nouveau et défend l’esprit démocratique des jurys.
Une masterclass sous le signe de l’expérimental
Tilda Swinton, 65 ans, a marqué les esprits lors de sa rencontre avec le public cannois, vêtue d’une robe à rayures colorées et de chaussures pailletées. Le montage projeté en prologue a mis en lumière ses rôles les plus emblématiques : We Need to Talk About Kevin, The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch, ou encore Okja de Bong Joon-ho. « Ce n’est pas tant les rôles que je choisis, mais les réalisateurs avec qui j’ai envie de travailler », a-t-elle expliqué, insistant sur son attachement au cinéma d’auteur.
Son parcours, bien que marqué par des productions grand public comme la trilogie Narnia, reste ancré dans l’avant-garde. « Je viens de l’improvisation, du bidouillage, de l’expérimental. Ce sont mes racines », a-t-elle rappelé, précisant qu’elle se considère davantage comme une performeuse que comme une comédienne traditionnelle.
Un hommage à Derek Jarman et une crise existentielle
Swinton a retracé les débuts de sa carrière, marquée par sa rencontre avec Derek Jarman, réalisateur de Caravaggio (1985), son premier long-métrage. « À l’origine, je suis écrivaine. Je regrette d’avoir été admise à l’université puis d’avoir dû arrêter sans jamais écrire », a-t-elle confié, évoquant une trajectoire qu’elle n’avait pas anticipée. Après la mort de Jarman en 1994, elle a traversé une crise existentielle, remettant en cause sa place dans le cinéma. « J’ai fini par trouver d’autres familles avec Bong Joon-ho, Jim Jarmusch », a-t-elle souligné, rendant hommage à ces réalisateurs qui lui ont redonné foi en son métier.
Son admiration pour Pedro Almodóvar, qu’elle décrit comme un cinéaste dirigeant « en talons hauts » — c’est-à-dire élevant ses sujets — a aussi été saluée. « Son œuvre est comme un grand livre dont chaque film est un chapitre », a-t-elle déclaré, illustrant son attachement aux récits cinématographiques profonds et engagés.
Le cinéma comme jeu et comme résistance
Avec humour et générosité, Swinton a partagé des anecdotes, comme celle de son rôle dans un film de zombies de Jim Jarmusch. « Il m’a dit : j’ai écrit un rôle pour toi dans un film de zombies. Le personnage s’appelle Zelna Winston, une directrice de pompes funèbres écossaise aspirée dans un vaisseau spatial à la fin. Et j’ai dit oui ! » a-t-elle raconté, illustrant son appétence pour les projets audacieux. Pour elle, la curiosité prime sur le talent : « Je crois que le cinéma n’est pas prêt de disparaître. Il est résilient, toujours tourné vers l’évolution. »
Son message, adressé aussi bien aux festivaliers qu’à ses propres enfants, est sans équivoque : « Ne soyez pas snobs, voyez tout, tous les films. » Une invitation à embrasser la diversité du cinéma, qu’il soit indépendant ou grand public, expérimental ou narratif.
« Les festivals, c’est ma vie. Le monde de la culture internationale. J’y ai rencontré tellement de réalisateurs. » — Tilda Swinton
Un plaidoyer pour le cinéma comme espace démocratique
Swinton a également évoqué son attachement aux jurys de festivals, dont elle a fait partie à plusieurs reprises, notamment à Cannes en 2004. « Je trouve que c’est le lieu de la démocratie en action. Ce qui est beau, c’est la façon dont on élabore sa propre pensée avec l’aide des autres membres du jury. Cela peut t’amener à changer ton vote parce que d’autres t’ont amené à changer ta façon de voir le film », a-t-elle expliqué. Elle assume toujours le choix de la Palme d’Or 2004, décernée à Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, un film militant contre George W. Bush. « À l’époque, Michael Moore faisait des films manifestes. Je crois que le cinéma est politique. C’était un choix politique », a-t-elle rappelé.
Interrogée sur le glamour des tapis rouges, elle l’a comparé à « une fiesta, comme un énorme mariage ». Une vision décomplexée, loin des codes traditionnels de la célébrité. « C’est une partie de mon travail, mais ce n’est pas ce qui me définit », a-t-elle ajouté, insistant sur la priorité donnée au contenu artistique.
Son message, mêlant humilité et passion, résonne comme un rappel essentiel à l’ère des algorithmes et des bulles de contenu : le cinéma doit rester un espace de découverte, où chaque œuvre, quelle que soit sa forme, mérite d’être explorée.
Parmi les films cités figurent We Need to Talk About Kevin, The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch, Okja de Bong Joon-ho, The Eternal Daughter de Joanna Hogg et La Chambre d’à côté de Pedro Almodóvar.
Elle a été membre du jury présidé par Quentin Tarantino en 2004, une édition marquée par l’attribution de la Palme d’Or à Fahrenheit 9/11 de Michael Moore.