L’intelligence artificielle s’invite désormais dans les bureaux sous une forme inattendue : le tokenmaxxing, une pratique qui pousse le présentéisme à son paroxysme. Selon BFM Business, cette tendance émergente consiste à faire générer des rapports, des mails ou des documents par des outils d’IA, simplement pour justifier sa présence au travail, même lorsque les tâches accomplies sont minimes.
Ce phénomène, popularisé par des observateurs comme Anthony Morel de BFM Business, illustre comment l’IA peut être détournée de son usage initial pour répondre à des logiques managériales parfois discutables. Autant dire que l’innovation technologique, censée libérer du temps, se retrouve ici au service d’un culte de la disponibilité permanente. Un paradoxe qui interroge sur l’évolution des attentes professionnelles à l’ère du tout-numérique.
Ce qu'il faut retenir
- Le tokenmaxxing est une pratique où l’IA produit des documents pour simuler une activité professionnelle, même en l’absence de travail réel.
- Cette tendance reflète une dérive du présentéisme, poussée à l’extrême par l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle.
- Des observateurs comme Anthony Morel, journaliste chez BFM Business, soulignent ce phénomène dans leurs analyses récentes.
- Le tokenmaxxing questionne l’équilibre entre productivité et apparence de productivité dans un monde professionnel de plus en plus automatisé.
- Cette pratique peut être perçue comme une réponse à des pressions managériales favorisant la disponibilité permanente des employés.
Une pratique révélatrice des dérives du management moderne
Le tokenmaxxing s’inscrit dans la continuité du présentéisme, cette culture du « toujours visible » qui valorise le temps passé au bureau plutôt que les résultats concrets. Avec l’IA, la donne change : il ne s’agit plus seulement d’être physiquement présent, mais de produire des traces numériques d’activité. BFM Business rapporte que certains employés utilisent désormais des outils comme les générateurs de texte ou les assistants virtuels pour créer des rapports ou des courriers, simplement pour remplir leur boîte mail ou leur espace de travail virtuel.
Ce phénomène n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un contexte où les entreprises cherchent à mesurer la productivité de leurs équipes, souvent de manière quantitative plutôt que qualitative. Les algorithmes et l’IA, en apparence neutres, deviennent alors des facilitateurs involontaires de ces logiques. « On assiste à une industrialisation du présentéisme », explique Anthony Morel dans ses analyses pour BFM Business. « L’IA permet de générer une activité factice, qui donne l’illusion d’un travail, mais qui ne produit aucune valeur ajoutée. »
Des outils d’IA détournés de leur fonction initiale
Les technologies d’IA, conçues pour automatiser des tâches répétitives ou complexes, sont ici utilisées à rebours. Au lieu de permettre aux employés de se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée, elles servent à masquer un manque d’activité réelle. Par exemple, un salarié peut demander à un chatbot de rédiger un compte-rendu de réunion qu’il n’a pas animée, ou générer des idées de projets inexistants pour alimenter un tableau de bord managérial.
Cette pratique pose un double problème. D’une part, elle encourage une culture de la superficialité, où l’apparence prime sur le fond. D’autre part, elle risque de biaiser les indicateurs de performance, donnant une fausse image de l’efficacité d’une équipe ou d’un service. « Les outils d’IA sont censés nous faire gagner du temps, mais dans ce cas, ils nous font perdre du temps… à faire semblant », souligne un expert cité par BFM Business.
Un symptôme des attentes managériales en mutation
Le tokenmaxxing ne serait pas possible sans une évolution des attentes des managers. Dans un contexte économique incertain, où les entreprises cherchent à optimiser chaque heure de travail, la présence visible – même artificielle – peut devenir un critère de validation. Les réunions interminables, les mails envoyés à minuit ou les documents produits à la dernière minute ne sont plus des exceptions, mais des normes souvent internalisées par les salariés.
Cette tendance s’inscrit également dans la généralisation du télétravail. Sans cadre physique strict, les entreprises compensent en exigeant une disponibilité constante, mesurée par des outils numériques. L’IA, en générant des artefacts de productivité, devient alors un allié paradoxal de cette logique. Pourtant, comme le rappelle BFM Business, cette approche risque de saper la confiance et l’autonomie des équipes, en remplaçant la confiance par une surveillance algorithmique déguisée en activité.
En attendant, le tokenmaxxing illustre un paradoxe de notre époque : plus les outils technologiques nous libèrent du temps, plus nous trouvons des moyens de le gaspiller en apparence. Une question qui, inévitablement, devrait alimenter les débats sur l’avenir du travail au cours des prochains mois.
Plusieurs signes peuvent alerter : une augmentation soudaine de documents ou de rapports générés par des outils d’IA sans justification métier claire, des employés qui passent plus de temps à produire des traces numériques qu’à accomplir des tâches concrètes, ou encore des indicateurs de performance qui ne correspondent pas à des résultats tangibles. Une analyse approfondie des processus de travail et des outils utilisés peut également révéler des pratiques de détournement.