Une femme togolaise de 28 ans, bénéficiaire d’une protection judiciaire contre son expulsion vers le Togo, a été arrêtée puis renvoyée vers le Ghana avant d’être forcée de rentrer dans son pays d’origine, où elle risque désormais sa vie. Cette expulsion, intervenue malgré une décision de justice américaine suspendant son renvoi, soulève des questions sur le respect des conventions internationales par les États-Unis et le Ghana, selon Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- 34 ressortissants d’Afrique de l’Ouest ont été expulsés vers le Ghana depuis septembre 2025, après la signature d’un accord entre Washington et Accra.
- Une juge américaine avait accordé une suspension d’expulsion à cette Togolaise le 20 mai 2025, estimant qu’elle risquait la persécution ou la torture en cas de retour.
- Elle a été arrêtée en janvier 2025 à la frontière sud des États-Unis et détenue huit mois en Arizona avant d’être expulsée vers le Ghana.
- Les deux pays, signataires de la Convention contre la torture (CAT), sont tenus d’éviter tout renvoi vers un territoire où la personne encourt des risques de mauvais traitements.
- Le Ghana a signé un accord avec les États-Unis en septembre 2025 pour accueillir des expulsés en échange d’un assouplissement des visas pour ses ressortissants.
Une protection judiciaire ignorée par les autorités américaines
En janvier 2025, cette Togolaise traverse la jungle du Darién et la frontière mexicaine pour rejoindre les États-Unis. Arrêtée par les services de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), elle est placée en détention en Arizona pendant huit mois. Pourtant, le 20 mai 2025, un juge de l’immigration lui accorde une suspension d’expulsion, estimant qu’elle encourt des persécutions ou des tortures si elle est renvoyée au Togo. Cette décision, légalement contraignante, n’a pas été respectée, d’après les informations rapportées par Courrier International et confirmées par le Washington Post.
« J’ai traversé l’Atlantique pour sauver ma vie », explique-t-elle au Washington Post. « Mais tous ces gens m’ont volé mes rêves. » Sa fuite initiale était motivée par les violences familiales et la menace d’excision, pratique encore illégalement pratiquée au Togo. Après son expulsion vers le Ghana, elle y est détenue deux semaines dans des conditions jugées « déplorables » par son avocate, Meredyth Yoon, avant d’être contrainte de rentrer au Togo, où elle vit aujourd’hui dans la clandestinité.
Un accord controversé entre les États-Unis et le Ghana
Le Ghana a signé un accord avec l’administration américaine en septembre 2025, permettant aux États-Unis d’expulser vers Accra des migrants en situation irrégulière. En échange, Washington s’engageait à faciliter l’obtention de visas américains pour les ressortissants ghanéens. Depuis, au moins 34 personnes originaires d’Afrique de l’Ouest ont été renvoyées vers le Ghana, selon Meredyth Yoon, qui représente certains d’entre eux. « Cet accord contourne les obligations légales des États-Unis en matière de protection des réfugiés », souligne-t-elle.
Les deux pays sont signataires de la Convention contre la torture (CAT), qui interdit explicitement le renvoi d’une personne vers un État où elle risque la torture. De plus, la loi américaine sur l’immigration et la nationalité (INA) prohibe l’expulsion vers un pays où la vie ou la liberté d’un individu est menacée. Pourtant, Washington a utilisé un processus de refoulement indirect, déléguant à un pays tiers (le Ghana) la responsabilité de la protection des migrants, une pratique jugée illégale par le droit international des réfugiés.
Des violations du droit international dénoncées par les défenseurs des droits humains
L’ICE a confirmé l’expulsion de cette Togolaise vers le Ghana, mais n’a pas précisé pourquoi la décision du juge américain n’a pas été appliquée. Interrogées, les autorités ghanéennes ont reconnu l’avoir détenue avant de la renvoyer vers le Togo, sans donner plus de détails sur les conditions de son retour forcé. Cette pratique, qualifiée de "refoulement indirect", est explicitement interdite par les conventions internationales, rappellent les défenseurs des droits humains.
« Dans ce pays, personne ne peut m’aider », confie la jeune femme au Washington Post. Depuis son retour, elle vit cachée, craignant pour sa sécurité. Son cas n’est pas isolé : Meredyth Yoon évoque d’autres expulsés vers le Ghana dans une situation similaire, tous confrontés à un risque de persécution dans leur pays d’origine. Cette affaire met en lumière les failles du système d’asile américain et les limites des accords bilatéraux en matière de migration.
Cette affaire survient dans un contexte où les politiques migratoires américaines, sous l’administration Trump, ont durci les conditions d’accueil des demandeurs d’asile. Les expulsions vers des pays tiers, comme le Ghana, pourraient se multiplier, malgré les risques encourus par les migrants. Les défenseurs des droits humains craignent que cette pratique ne devienne systématique, contournant ainsi les protections prévues par le droit international.
Le refoulement indirect désigne une pratique par laquelle un État renvoie une personne vers un pays tiers, en espérant que ce dernier assure sa protection, plutôt que de l’expulser directement vers son pays d’origine. Cette méthode est interdite par la Convention de Genève et la Convention contre la torture, car elle permet aux États de se soustraire à leurs obligations légales en matière de protection des réfugiés.
L’accord signé en septembre 2025 permet aux États-Unis d’expulser des migrants vers le Ghana en échange d’un assouplissement des visas pour les Ghanéens. Cependant, les migrants renvoyés risquent d’être à nouveau expulsés vers leur pays d’origine, comme dans le cas de la Togolaise, ce qui les expose à des persécutions. Les associations dénoncent un contournement des protections internationales.