Les vols dans les exploitations agricoles françaises connaissent une augmentation continue depuis plusieurs années. Pour y répondre, l'Assemblée nationale examine actuellement un projet de loi visant à durcir les sanctions encourues en cas de délit commis dans ce secteur. Selon BFM Business, cette mesure s’inscrit dans un contexte où les agriculteurs dénoncent une pression criminelle « structurellement élevée ».
Ce qu'il faut retenir
- 15 104 faits d’atteintes aux biens en milieu agricole (vols, destructions, dégradations) ont été recensés en 2025, selon les chiffres de la Gendarmerie nationale cités dans l’étude d’impact du gouvernement.
- Le projet de loi prévoit d’ajouter une circonstance aggravante au code pénal, portant la peine encourue de 3 à 5 ans de prison et de 45 000 à 75 000 euros d’amende pour les vols commis dans une exploitation agricole.
- Les agriculteurs subissent des pertes majeures, comme 500 kg d’ail volés en une seule fois ou 450 kg de fraises dérobés sous une serre en quelques semaines dans la région d’Aix-en-Provence.
- Les réseaux organisés ciblent particulièrement les GPS agricoles, avec plus de 1 000 unités volées en 2025, pour un préjudice moyen estimé à 25 000 euros.
Un secteur en première ligne face à la délinquance
Les exploitations agricoles paient un lourd tribut à la délinquance. « Aujourd’hui, dans les exploitations françaises, on vole tout. On vole le bétail, on vole les récoltes, on vole le matériel, on vole le GNR [gazole non routier] », a dénoncé Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, lors du passage du texte devant la commission des Affaires économiques début mai. Son propos s’appuie sur des situations concrètes, comme le vol de 34 plants d’amandiers en une nuit dans les Bouches-du-Rhône, ou encore le siphonnage de 200 litres de carburant dans une moissonneuse-batteuse dans l’Allier.
Ces actes ne se limitent plus à des larcins opportunistes. « Quand il y a une bande dans un coin, ça tape fort », explique Romain Blanchard, secrétaire général adjoint de la FNSEA. Dans le sud de la France, plusieurs cas de grande ampleur ont été constatés en à peine trois semaines. Un producteur voisin a même dû entourer ses parcelles de fils barbelés et renoncer à faire sécher ses gousses d’ail à l’air libre pour éviter de nouveaux vols.
Des pertes économiques et une insécurité persistante
Les conséquences de ces vols dépassent largement le simple manque à gagner. « Un tracteur immobilisé pendant dix jours à cause d’un équipement volé, alors qu’on a besoin de travailler pour les semis ou les récoltes, ce sont des problèmes en cascade », souligne Romain Blanchard. Les biens dérobés, souvent indispensables à l’activité, perturbent le bon fonctionnement des exploitations et entraînent des retards difficilement récupérables. « Par-delà le chiffre d’affaires, c’est surtout un sentiment d’impunité et de dégoût que l’on ressent », confie un agriculteur des Bouches-du-Rhône, sous couvert d’anonymat.
Les chiffres confirment cette tendance. Entre 2017 et 2025, le nombre annuel de faits d’atteintes aux biens en milieu agricole n’est jamais descendu en dessous de 13 000, selon l’étude d’impact du gouvernement. Cette situation s’explique en partie par la baisse continue du nombre d’exploitations, qui expose davantage chaque agriculteur au risque de délinquance. Les exploitations, souvent isolées et étendues, sont difficiles à surveiller, ce qui en fait des cibles privilégiées pour les voleurs.
Des réseaux organisés derrière les vols les plus importants
Certains vols révèlent l’existence de réseaux structurés, capables d’agir rapidement et de revendre le butin en un temps record. En Occitanie, un trafic international de GPS agricoles a été démantelé en 2025 par la gendarmerie. Les investigations ont mis au jour « des réseaux criminels itinérants particulièrement structurés, composés de ressortissants lituaniens », précise un communiqué de la Gendarmerie nationale. Plus de 150 faits avaient été recensés, pour un préjudice estimé à 2,5 millions d’euros. Huit individus avaient été interpellés en Lituanie début décembre.
Les modes opératoires de ces groupes sont rodés. Ils ciblent des exploitations dépourvues de vidéoprotection, opèrent dans plusieurs régions, voire à l’étranger, avant d’écouler leur butin vers l’Europe de l’Est. Les denrées périssables, comme les fraises ou les légumes, sont revendues rapidement, tandis que le matériel électronique, notamment les GPS, est exporté vers des filières de recel basées en Lituanie ou aux États-Unis. « J’imagine que les voleurs ne veulent pas rester huit heures sur place pour la cueillette », observe un agriculteur provençal, qui voit dans ces vols la marque d’une organisation méthodique.
Alourdir les peines pour dissuader et soutenir les agriculteurs
Face à cette situation, le gouvernement mise sur un durcissement des sanctions. Le projet de loi d’urgence agricole, actuellement débattu à l’Assemblée nationale, prévoit d’introduire une circonstance aggravante pour les vols commis au sein d’exploitations agricoles ou dans des lieux de stockage liés à l’activité agricole. Concrètement, le vol aggravé passerait de 3 à 5 ans de prison et de 45 000 à 75 000 euros d’amende, contre 3 ans et 45 000 euros pour un vol simple.
« Tout ce qui est de nature à protéger le travail des agriculteurs est bon à prendre », soutient Romain Blanchard. « Dans la majorité des cas, les voleurs ne sont pas retrouvés. Mais le monde agricole a besoin d’un signal pour se sentir soutenu », ajoute François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale et producteur de céréales dans l’Allier. Lui-même a été victime de plusieurs vols, dont celui de dix moteurs électriques et de palettes en bois, ainsi que de câbles en cuivre.
Les prochaines étapes seront donc déterminantes pour évaluer l’efficacité de cette réponse législative face à un phénomène qui touche l’ensemble du territoire et qui, selon les observateurs, risque de s’aggraver sans mesures supplémentaires.
Selon les témoignages recueillis, les voleurs ciblent prioritairement les outils indispensables à l’activité (tracteurs, moissonneuses), les carburants (GNR), les récoltes (ail, fraises, légumes), ainsi que les équipements électroniques comme les GPS agricoles, très convoités pour leur valeur marchande élevée.
Non, le projet de loi est encore en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Si le texte est adopté en l’état, la nouvelle circonstance aggravante entrera en vigueur après sa publication au Journal officiel, probablement d’ici la fin de l’année 2026.