Le jockey français Pierre-Charles Boudot, trois fois cravache d’or et figure majeure des courses hippiques, voit son dossier judiciaire rebondi. Selon Franceinfo - Sport, les deux plaignantes ainsi que le parquet général ont déposé, vendredi 12 juin 2026, un recours en cassation contre le non-lieu prononcé à son encontre début juin par la Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel d’Amiens. Ce dernier, rendu le 5 juin, concluait à l’absence de charges suffisantes pour le renvoyer devant une cour criminelle, mettant fin à près de cinq années de procédure pour les deux femmes qui l’accusent de viol.
Ce qu'il faut retenir
- Pierre-Charles Boudot, triple lauréat de la cravache d’or et vainqueur du Prix de l’Arc de Triomphe, avait bénéficié d’un non-lieu le 5 juin 2026 après avoir été mis en examen pour deux accusations de viol.
- Les deux plaignantes et le parquet général ont déposé un recours en cassation le 12 juin, contestant la décision de la Cour d’Appel d’Amiens.
- Le pourvoi en cassation vise à contester la procédure et l’interprétation juridique, sans remettre en cause les faits jugés.
- Les avocates des plaignantes estiment que des éléments clés, comme la soumission chimique présumée, n’ont pas été suffisamment approfondis lors de l’instruction.
- Une audience devant la Cour de cassation ne devrait pas intervenir avant début 2027, si le recours est jugé recevable.
Un non-lieu contesté sur le plan juridique
Le 5 juin 2026, la Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel d’Amiens a rendu un non-lieu en faveur de Pierre-Charles Boudot, concluant « qu’il n’existe pas à son encontre de charges suffisantes » pour le renvoyer devant une cour criminelle. Une décision qui a mis fin à une procédure judiciaire de plusieurs années, entamée fin 2025 après le renvoi du jockey en justice. Pourtant, ce non-lieu ne clôt pas l’affaire. Selon Franceinfo - Sport, les deux plaignantes et le parquet général ont choisi de se pourvoir en cassation, une démarche rare qui intervient lorsque des irrégularités de procédure ou des erreurs d’interprétation juridique sont suspectées. La Cour de cassation, qui ne juge pas sur le fond mais sur la forme, pourrait ainsi examiner la recevabilité du recours d’ici quelques mois.
Ce type de pourvoi nécessite de démontrer que des points de droit n’ont pas été respectés ou que des irrégularités ont entaché la procédure. Les plaignantes estiment que la décision de la Cour d’Appel d’Amiens ne répond pas à l’ensemble des éléments soumis lors de l’instruction. Leur objectif ? Obtenir une réouverture de l’enquête, notamment sur la question de la soumission chimique, un aspect central de leurs plaintes. « Je regrette que l’instruction n’ait pas suffisamment approfondi l’examen de certaines pièces », a déclaré Me Justine Devred, avocate d’une des plaignantes, soulignant l’absence d’auditions de témoins clés autour de Pierre-Charles Boudot.
Deux plaintes, des parcours judiciaires distincts
Les accusations remontent à plusieurs années. La première plainte, déposée en 2019 par Me Isabelle Colombani pour le compte de sa cliente, concerne des faits datant d’août 2015 à Deauville. Selon la plaignante, alors âgée de 18 ans, elle aurait consommé un verre de champagne drogué à la kétamine avant d’être victime d’un viol dans la chambre du jockey, alors âgé de 27 ans. Sept ans plus tard, Me Colombani regrette que sa cliente n’ait été entendue qu’une seule fois par le juge d’instruction. « Ma cliente n’a aucun plaisir à subir cette procédure depuis des années », a-t-elle indiqué, précisant que celle-ci l’a engagée « parce qu’elle pense qu’il y a d’autres victimes de son agresseur ».
La seconde plainte, portée par Me Devred, s’inscrit dans un contexte similaire. La plaignante évoque également une soumission chimique présumée, bien que les détails des circonstances diffèrent. Les deux avocates pointent des « pistes inexplorées » et une instruction qu’elles jugent insuffisante, notamment sur le volet de la soumission chimique, devenu un enjeu juridique plus prégnant depuis l’affaire Pélicot. Pour elles, la Cour de cassation pourrait être sensible à ces arguments et ordonner un complément d’enquête, voire un renvoi devant une cour criminelle.
Un jockey réintégré dans le monde hippique malgré les accusations
Malgré les accusations et sa mise à pied en mai 2021, Pierre-Charles Boudot a pu reprendre progressivement ses activités. Son contrôle judiciaire a été levé après le non-lieu, et il a retrouvé sa licence de jockey, lui permettant notamment de participer à des compétitions à l’étranger, comme au Qatar en 2025. Son agent a annoncé qu’il monterait à nouveau lors du Prix de Diane ce week-end, l’un des rendez-vous phares de l’hippisme français. Contactée, Me Florence Gaudillière, son avocate, n’a pas répondu à nos sollicitations, mais avait déjà rappelé lors du non-lieu que son client avait « catégoriquement nié les faits ». Pierre-Charles Boudot, présumé innocent, n’est plus mis en examen ni témoin assisté.
Cette réintégration rapide dans le milieu des courses soulève des questions sur la perception de l’affaire au sein de la communauté hippique. Certains de ses supporters, qui le surnomment familièrement « PCB », continuent de le soutenir, tandis que d’autres appellent à une réflexion sur les mécanismes de protection des victimes présumées dans un milieu aussi fermé que celui des courses.
Plus largement, cette procédure interroge sur l’évolution des critères juridiques entourant les affaires de soumission chimique et de consentement. Depuis l’affaire Pélicot, les tribunaux semblent accorder une attention accrue à ces questions, une tendance que les plaignantes espèrent voir confirmée par la Cour de cassation.
La Cour de cassation ne juge pas sur le fond, c’est-à-dire sur les faits ou les preuves, mais uniquement sur le respect des règles de droit et de procédure. Dans cette affaire, les plaignantes et le parquet général estiment que la Cour d’Appel d’Amiens a mal interprété le droit ou omis d’examiner certains éléments, ce qui justifie un recours en cassation.
À ce stade, Pierre-Charles Boudot est présumé innocent et son nom a été effacé de toutes les procédures judiciaires. Il est libre de reprendre ses activités professionnelles, comme en témoigne sa participation annoncée au Prix de Diane. Aucune autre mesure judiciaire ne pèse sur lui, sauf si la Cour de cassation décide de casser le non-lieu et de renvoyer l’affaire devant une cour criminelle.