Selon Euronews FR, le gouvernement allemand dirigé par le chancelier Friedrich Merz envisage une réforme de la loi sur le temps de travail, prévoyant d’assouplir la règle des huit heures quotidiennes pour la remplacer par une réglementation hebdomadaire. La ministre du Travail, Bärbel Bas, a annoncé qu’un projet de loi serait présenté dès juin 2026. Cette mesure, présentée comme un moyen d’apporter plus de flexibilité aux entreprises, suscite déjà une vive opposition de la part des syndicats et des experts en santé au travail.

Ce qu'il faut retenir

  • Une réforme en vue : la durée maximale du travail ne serait plus plafonnée à huit heures par jour, mais à un seuil hebdomadaire, afin de faciliter le travail saisonnier, en équipe ou de nuit.
  • Des risques sanitaires pointés du doigt : les syndicats et experts craignent une hausse des burnouts, des maladies cardiovasculaires et des accidents du travail, avec des journées pouvant atteindre 13 heures.
  • Une opposition politique et sociale : le chef des Jeunesses socialistes allemandes (Juso), Philipp Türmer, qualifie la réforme d’« impertinence » et met en garde contre l’arbitraire des employeurs.
  • Des primes incitatives prévues : le gouvernement promet des exonérations fiscales pour les heures supplémentaires et des avantages pour les travailleurs à temps partiel.
  • Un rejet massif des salariés : 72 % des Allemands interrogés s’opposent à une durée de travail supérieure à huit heures, selon le DGB.
  • Une limite européenne à respecter : la directive européenne plafonne à 48 heures en moyenne hebdomadaire, ce qui impose des compensations en cas de journées prolongées.

Une loi historique de 1918 dans le viseur

En Allemagne, la journée de huit heures est un principe ancré depuis près d’un siècle. Introduite en 1918 dans le cadre de la loi sur le temps de travail (ArbZG), elle limite la durée quotidienne à huit heures, avec une tolérance exceptionnelle de dix heures. Le plafond hebdomadaire est fixé à 48 heures, un cadre strict que le gouvernement Merz souhaite désormais réviser. « Une fois le travail terminé, tu peux te reposer » : cette devise, profondément ancrée dans la culture allemande, pourrait bientôt être remise en question.

La réforme envisagée vise à répondre aux besoins des entreprises, notamment dans les secteurs du travail saisonnier, des équipes tournantes ou du travail de nuit. Selon Bärbel Bas, cette flexibilité permettrait de mieux s’adapter aux fluctuations économiques et aux spécificités de certains métiers. Mais pour ses détracteurs, cette évolution sonne comme une régression sociale.

Syndicats et experts alertent sur les dangers d’un allongement du temps de travail

Dès l’annonce du projet, les réactions ont fusé. Philipp Türmer, président des Jeunesses socialistes allemandes (Juso), a dénoncé une mesure « contre-productive » dans un entretien au Redaktionsnetzwerk Deutschland (RND). « Retirer la journée de huit heures n’est pas un signal de renouveau, c’est une impertinence », a-t-il déclaré, soulignant que cette limite protège les travailleurs de l’épuisement prématuré. « À 50 ans, beaucoup ne tiennent plus debout à cause des horaires excessifs. L’État ne peut pas livrer les salariés à l’arbitraire de leurs supérieurs. »

La Confédération des syndicats allemands (DGB) partage ces craintes. Dans les colonnes du Münchner Merkur, une porte-parole a rappelé les propos de Yasmin Fahimi, responsable syndicale : « Du point de vue de la médecine du travail, la loi actuelle sur le temps de travail sert à protéger les salariés. Des horaires excessifs et un manque de contrôle sur l’organisation du temps de travail entraînent des maladies qui pèsent lourdement sur l’économie et le système de santé. Assouplir cette loi serait contre-productif. »

Jusqu’à 73,5 heures par semaine : le scénario catastrophe redouté

Les syndicats DGB et Verdi craignent que la réforme ouvre la porte à des journées de 12 ou 13 heures, voire à une semaine de six jours. Selon les calculs de la Fondation Hans Böckler, une semaine de 73,5 heures serait théoriquement possible. Une perspective alarmante, d’autant que la directive européenne impose une limite moyenne de 48 heures par semaine. Pour s’y conformer, les journées prolongées devraient être compensées par des journées plus courtes, un mécanisme que les syndicats jugent difficile à contrôler.

Les études scientifiques étayent leurs craintes. Après une journée de douze heures, le taux d’accidents du travail ou de trajets domicile-travail double par rapport à une journée de huit heures, selon les chercheurs. Les horaires prolongés favorisent également l’épuisement professionnel, les troubles du sommeil, les maladies cardiovasculaires et les problèmes psychiques. La Fondation Hans Böckler rappelle que ces pathologies entraînent des arrêts maladie coûteux : en 2023, la durée moyenne d’un arrêt pour dépression ou burnout s’élevait à 33 jours, selon les données de la caisse d’assurance maladie DAK.

Le gouvernement mise sur des compensations financières pour séduire

Pour adoucir la pilule, le gouvernement Merz propose des mesures incitatives. Les heures supplémentaires pourraient bénéficier d’exonérations fiscales, tandis que les travailleurs à temps partiel seraient encouragés à effectuer des heures supplémentaires volontaires via des primes avantageuses. L’objectif affiché est de « soulager les entreprises » tout en offrant des compensations aux salariés.

Pourtant, l’adhésion des travailleurs reste faible. Une étude de l’Institut des sciences économiques et sociales (WSI) révèle que 74 % des salariés craignent les conséquences d’une durée de travail dépassant dix heures par jour. Le DGB confirme cette réticence : 72 % des Allemands interrogés refusent catégoriquement de travailler plus de huit heures. Aujourd’hui déjà, de nombreux salariés dépassent allègrement ce seuil, mais la réforme pourrait normaliser ces pratiques.

Et maintenant ?

Le projet de loi doit être présenté en juin 2026 par Bärbel Bas. Son adoption dépendra des négociations entre le gouvernement, les syndicats et le Parlement, où l’opposition sociale-démocrate et écologiste est déjà en ordre de bataille. Une concertation avec les partenaires sociaux est prévue, mais les désaccords s’annoncent profonds. Si la réforme est adoptée, elle entrerait en vigueur progressivement, avec des périodes de transition pour les secteurs les plus concernés. Reste à voir si le gouvernement parviendra à concilier flexibilité économique et protection des travailleurs.

Le débat dépasse le cadre allemand : plusieurs pays européens, confrontés aux mêmes défis démographiques et économiques, observent avec attention l’évolution de cette réforme. En France, par exemple, la question de la durée du travail reste un sujet sensible, tout comme en Espagne ou en Italie, où les gouvernements cherchent eux aussi à adapter leurs législations.

Le gouvernement, dirigé par le chancelier Friedrich Merz, justifie cette réforme par la nécessité d’apporter plus de flexibilité aux entreprises, notamment dans les secteurs du travail saisonnier, des équipes tournantes ou du travail de nuit. L’objectif est de faciliter l’organisation du travail et de répondre aux besoins des employeurs, tout en offrant des compensations financières aux salariés sous forme de primes pour les heures supplémentaires.

La directive européenne sur le temps de travail fixe une limite maximale moyenne de 48 heures de travail par semaine. Cela signifie que si un salarié travaille 12 heures sur une journée, les autres journées de la semaine doivent être réduites en conséquence pour respecter cette moyenne. Les États membres peuvent instaurer des règles plus strictes, comme l’Allemagne avec ses huit heures quotidiennes.