L’industriel français Alstom a présenté, ce mercredi 13 mai 2026, ses résultats annuels pour l’exercice décalé 2025-2026, marqués par une amélioration de son bénéfice net mais aussi par la persistance de ses problèmes d’exécution opérationnelle. Selon BFM Business, le groupe enregistre un chiffre d’affaires en progression de 3,7 %, s’élevant à 19,1 milliards d’euros, tandis que son résultat net est doublé, atteignant 324 millions d’euros.
Ces chiffres contrastent avec une marge ajustée en repli à 6,1 %, en deçà des attentes du groupe qui tablait sur un taux d’environ 7 %. Cette contre-performance s’explique, selon Alstom, par des « difficultés d’exécution » affectant une partie de ses contrats, notamment des retards de livraison dans le matériel roulant. Ces dysfonctionnements avaient déjà été signalés fin avril 2026 par l’entreprise, provoquant une chute de 37,5 % de son action en une seule séance. Une situation qui rappelle les difficultés récurrentes du groupe à maîtriser ses marges et sa trésorerie, malgré un carnet de commandes exceptionnel.
Ce qu'il faut retenir
- Le résultat net d’Alstom a doublé pour l’exercice 2025-2026, s’établissant à 324 millions d’euros.
- Le chiffre d’affaires progresse de 3,7 %, à 19,1 milliards d’euros.
- La marge ajustée recule à 6,1 %, contre une prévision initiale de 7 %, en raison de retards de livraison.
- Le carnet de commandes atteint 104 milliards d’euros, en hausse de 10 % sur un an.
- Alstom vise une marge ajustée de 6,5 % pour l’exercice 2026-2027 et annonce un plan de réorganisation début 2027.
Des performances contrastées malgré un carnet de commandes record
Malgré les difficultés opérationnelles, Alstom peut s’appuyer sur un carnet de commandes historiquement élevé, qui s’élève à 104 milliards d’euros au 31 mars 2026. Ce volume représente une progression de 10 % en données publiées sur un an, avec des nouvelles commandes atteignant 27,6 milliards d’euros, soit 39 % de plus que l’exercice précédent (19,8 milliards en 2024-2025). Ce niveau record offre au groupe une visibilité accrue sur ses ventes futures, notamment grâce à une demande soutenue pour les trains à grande vitesse et régionaux à l’international.
Cependant, cette dynamique positive est tempérée par des retards persistants dans la livraison de certains projets majeurs. Martin Sion, le directeur général d’Alstom, a reconnu ces difficultés lors de la présentation des résultats. « Si nos équipes répondent tous les jours aux attentes de l’ensemble de notre portefeuille, l’exécution de certains contrats majeurs de matériel roulant continue de peser à court terme sur les marges et la génération de trésorerie », a-t-il déclaré. Selon lui, ces retards concernent notamment des projets comme la plateforme de trains électriques régionaux Coradia Max, dont les livraisons tardives affectent la performance financière du groupe.
Des retards de livraison qui impactent clients et image du groupe
Les retards de livraison ne touchent pas uniquement Alstom. Plusieurs clients majeurs, comme la SNCF et la RATP, ont subi des délais prolongés pour la réception de nouveaux trains et rames. Parmi les exemples les plus marquants figurent les nouveaux TGV et les rames du RER B, dont les mises en service ont été reportées de plusieurs années. Ces dysfonctionnements ont non seulement un impact financier pour Alstom, mais aussi une répercussion sur sa réputation auprès de ses partenaires institutionnels.
Les analystes, comme ceux de la banque Oddo BHF, pointent du doigt ces retards comme l’une des principales causes des difficultés opérationnelles du groupe. Martin Sion a confirmé que ces problèmes étaient bien réels, sans pour autant citer de cas précis. « C’est pourquoi notre priorité est d’améliorer la qualité d’exécution, notamment par un pilotage opérationnel quotidien plus rigoureux, un renforcement de la discipline de planification et une meilleure coordination entre l’ingénierie, la chaîne d’approvisionnement et la production », a-t-il expliqué. L’objectif affiché est de ramener la marge d’exploitation ajustée vers un niveau compris entre 8 % et 10 % à terme, tout en améliorant la génération de trésorerie.
Un plan de réorganisation attendu pour début 2027
Pour remédier à ces dysfonctionnements, Alstom a annoncé la mise en place d’un plan d’action visant à rétablir une exécution « homogène et maîtrisée » sur l’ensemble de ses lignes de produits. Ce plan, dont les détails seront présentés début 2027, s’articule autour de trois axes principaux : un pilotage opérationnel plus rigoureux, une meilleure discipline de planification et une coordination renforcée entre les différents services. Le groupe espère ainsi soutenir une amélioration progressive de sa marge d’exploitation ajustée, tout en restaurant la confiance des investisseurs et des clients.
En parallèle, Alstom table sur une marge ajustée de 6,5 % pour l’exercice 2026-2027, un objectif qui reste modeste comparé aux ambitions affichées. Martin Sion a souligné que ces mesures prendraient du temps à porter leurs fruits, mais que leur mise en œuvre rigoureuse était indispensable pour assurer la pérennité du groupe. « La mise en œuvre rigoureuse de ce plan vise à soutenir une amélioration progressive de la marge d’exploitation ajustée vers un niveau compris entre 8 % et 10 % à terme », a-t-il précisé.
Pour l’heure, malgré un résultat net en hausse et un carnet de commandes record, Alstom reste sous pression. Le défi sera double : améliorer son exécution opérationnelle tout en honorant ses engagements envers ses clients, sans quoi les retards et leurs conséquences financières pourraient continuer de peser sur sa performance.
L’action d’Alstom a plongé de 37,5 % en une seule séance fin avril 2026 après que le groupe a prévenu les marchés que sa marge d’exploitation serait inférieure aux attentes pour l’exercice clos en mars 2026, en raison de « difficultés d’exécution » affectant une partie de ses contrats.
Parmi les projets les plus concernés figurent la plateforme de trains électriques régionaux Coradia Max, ainsi que les nouveaux TGV et les rames du RER B, dont les livraisons ont été retardées de plusieurs années pour la SNCF et la RATP.