Selon Le Monde, les géants technologiques Apple, Google et Meta ont choisi de contourner les nouvelles obligations européennes en matière d'interopérabilité des assistants vocaux par intelligence artificielle. Alors que Bruxelles impose depuis le début de l'année l'ouverture des écosystèmes fermés, les trois entreprises ont décidé de reporter, voire d'annuler, le déploiement de leurs services dans l'Union européenne. Une stratégie de résistance qui s'inscrit dans un bras de fer juridique et réglementaire déjà bien engagé.

Ce qu'il faut retenir

  • Apple a reporté le lancement de son assistant Siri AI dans l'UE, invoquant les nouvelles règles d'interopérabilité.
  • La Commission européenne interdit désormais aux grandes plateformes de favoriser leurs propres services au détriment des concurrents.
  • Google et Meta, bien que non explicitement cités dans les premiers retards, sont également concernés par ces régulations strictes.
  • Les entreprises invoquent des contraintes techniques et juridiques pour justifier leur position.
  • La Commission assume pleinement ces mesures, considérées comme essentielles pour garantir une concurrence loyale.

Des règles européennes qui bousculent les géants du numérique

Depuis le 1er janvier 2026, l'Union européenne impose aux grandes plateformes numériques d'ouvrir leurs systèmes d'assistants vocaux à la concurrence. Cette mesure, intégrée dans le cadre du Digital Markets Act (DMA), vise à briser les monopoles des géants technologiques en empêchant qu'ils ne privilégient leurs propres services. Concrètement, un utilisateur de smartphone Android ou iOS devrait pouvoir accéder à des alternatives tierces, comme Amazon Alexa ou Microsoft Copilot, directement depuis son appareil, sans restriction technique ou commerciale.

Pourtant, selon des sources internes citées par Le Monde, Apple a choisi de différer sine die le déploiement de sa nouvelle version de Siri, intégrant l'IA générative, dans les 27 États membres. La firme de Cupertino n'a pas officiellement communiqué sur ce retard, mais plusieurs analystes estiment que cette décision est directement liée aux obligations imposées par Bruxelles. Côté Google, bien que l'entreprise n'ait pas encore annoncé de report similaire, les équipes juridiques sont en pleine réévaluation des implications du DMA. Quant à Meta, propriétaire de Facebook et Instagram, ses porte-parole n'ont pas répondu aux sollicitations de Le Monde sur le sujet.

La Commission européenne campe sur ses positions

Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission en charge de la concurrence, a réaffirmé la détermination des institutions européennes à faire appliquer le DMA. « Nous ne permettrons pas aux plateformes dominantes de verrouiller les utilisateurs dans leurs écosystèmes », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse tenue le 6 juin 2026. « L'objectif est clair : offrir aux consommateurs plus de choix et stimuler l'innovation dans le secteur des assistants vocaux. » Les sanctions prévues en cas de non-respect peuvent aller jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial des entreprises concernées, un montant qui a de quoi faire réfléchir les groupes les plus réticents.

Les géants du numérique avancent quant à eux des arguments techniques pour justifier leur résistance. « Intégrer des assistants concurrents sans compromettre la qualité de l'expérience utilisateur relève du casse-tête », a expliqué un porte-parole d'Apple sous couvert d'anonymat. « Nous travaillons sur des solutions, mais cela prend du temps. » De son côté, la Commission rétorque que ces obstacles sont précisément ceux que le DMA cherche à surmonter, en forçant les entreprises à innover dans l'interopérabilité plutôt que dans le verrouillage des utilisateurs.

Et maintenant ?

La Commission européenne a annoncé qu'elle publierait d'ici la fin du mois de juin 2026 une liste précise des entreprises concernées par ces nouvelles obligations. Les géants du numérique devraient alors avoir jusqu'à fin 2026 pour se mettre en conformité, sous peine de sanctions immédiates. Une période de transition est évoquée, mais aucune date précise n'a encore été arrêtée. Par ailleurs, des discussions sont en cours au Parlement européen pour étendre ces règles à d'autres secteurs, comme les moteurs de recherche ou les réseaux sociaux, dès 2027. Reste à voir si la résistance des entreprises suffira à faire plier Bruxelles, ou si le bras de fer se prolongera devant les tribunaux.

Cette affaire illustre les tensions croissantes entre innovation technologique et régulation, un équilibre délicat que l'UE tente de maîtriser avec le DMA. Si les géants du numérique obtiennent gain de cause, cela pourrait affaiblir significativement l'ambition européenne en matière de souveraineté numérique. À l'inverse, une application stricte des règles pourrait rebattre les cartes dans un secteur aujourd'hui largement dominé par quelques acteurs américains. Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer.

Les entreprises concernées s'exposent à des amendes pouvant atteindre 10 % de leur chiffre d'affaires mondial. En cas de récidive, ce montant peut monter jusqu'à 20 %. La Commission européenne a déjà indiqué qu'elle n'hésiterait pas à appliquer ces pénalités si nécessaire.