Au Nigeria, les associations environnementales s’organisent alors que la compagnie pétrolière Shell s’apprête à céder une partie de ses actifs dans le pays à une société locale. Ces organisations, qui réclament depuis des années que l’entreprise reconnaisse sa responsabilité dans les destructions environnementales et sanitaires de la région, craignent que leurs revendications ne soient plus prises en compte après cette opération. Leur mobilisation coïncide avec l’assemblée générale annuelle de Shell, qui s’est tenue à Londres le mercredi 20 mai 2026, comme le rapporte RFI.

Ce qu'il faut retenir

  • Shell doit céder une partie de ses actifs au Nigeria à une société locale, une opération qui inquiète les ONG environnementales.
  • Ces associations dénoncent depuis des années les conséquences sanitaires et écologiques de l’activité pétrolière de Shell dans le delta du Niger.
  • Elles redoutent que cette cession ne leur permette plus de faire valoir leurs réclamations contre l’entreprise.
  • L’assemblée générale annuelle de Shell a eu lieu à Londres le 20 mai 2026.

Une cession d’actifs sous haute surveillance

La vente d’une partie des actifs de Shell au Nigeria à une entreprise locale suscite une vive opposition de la part des associations locales et internationales. Ces dernières années, ces organisations ont multiplié les actions en justice et les campagnes de sensibilisation pour dénoncer les impacts négatifs de l’exploitation pétrolière menée par le géant anglo-néerlandais. Leur principal grief ? L’absence de responsabilité clairement assumée par Shell face aux dégradations environnementales et aux problèmes de santé publique liés aux fuites de pétrole et à la pollution chronique dans la région du delta du Niger.

Pour ces militants, cette cession représente un risque majeur : celle de voir leurs revendications s’éteindre avec le départ de Shell. « Nous craignons que cette transaction ne nous prive de tout recours pour faire reconnaître les dommages causés », a déclaré un porte-parole d’une ONG nigériane, qui a souhaité conserver l’anonymat. L’opération, encore en cours de finalisation, pourrait modifier durablement l’équilibre des forces en présence sur le terrain.

Un bilan environnemental et sanitaire lourd

Le delta du Niger, l’une des régions pétrolières les plus importantes d’Afrique, subit depuis des décennies les conséquences de l’exploitation des hydrocarbures. Selon plusieurs rapports d’ONG, dont ceux d’Amnesty International et de Friends of the Earth, les fuites de pétrole ont contaminé les sols, les cours d’eau et les nappes phréatiques, affectant directement les populations locales. Ces dernières souffrent de problèmes respiratoires, de cancers et de maladies de peau, souvent attribués à la pollution industrielle.

Shell, de son côté, a toujours nié une responsabilité directe dans ces dégâts, évoquant des sabotages ou des vols de pétrole comme causes principales des fuites. Pourtant, en 2021, un tribunal néerlandais avait partiellement donné raison à quatre pêcheurs nigérians, estimant que Shell devait assumer une partie de la responsabilité dans la pollution de leurs terres. Une décision qui avait marqué un tournant dans le rapport de force entre la multinationale et les communautés affectées.

L’assemblée générale de Shell sous pression

La cession des actifs nigérians intervient à un moment clé pour Shell, alors que l’entreprise fait face à une pression accrue de la part des actionnaires et des régulateurs sur ses pratiques environnementales. L’assemblée générale annuelle, organisée à Londres le 20 mai 2026, était donc suivie de près par les défenseurs de l’environnement. « Cette réunion était l’occasion pour Shell de clarifier sa position sur ses engagements futurs au Nigeria », a souligné un analyste spécialisé dans les questions énergétiques.

Pourtant, malgré les promesses répétées de transition énergétique, l’entreprise maintient une présence significative dans le delta du Niger, où elle extrait encore une partie de sa production. Les ONG rappellent que, selon leurs estimations, plus de 6 800 fuites de pétrole ont été recensées dans la région depuis 2007, avec des conséquences dramatiques pour les écosystèmes et les populations.

Et maintenant ?

La cession des actifs de Shell au Nigeria pourrait être finalisée d’ici la fin de l’année 2026, mais les implications juridiques et financières de cette opération restent à préciser. Les ONG ont déjà annoncé qu’elles continueraient à exercer une pression médiatique et judiciaire pour exiger des comptes sur les dégâts passés. Du côté de Shell, l’entreprise pourrait tenter de négocier des clauses de responsabilité dans le cadre de la vente, afin de se prémunir contre d’éventuelles réclamations futures.

En attendant, la question de la pollution dans le delta du Niger reste entière. Les autorités nigérianes, souvent accusées de complicité passive avec les multinationales pétrolières, n’ont toujours pas mis en place de plan de dépollution ambitieux. Quant à la société locale qui reprendra les actifs, son engagement environnemental reste à prouver.