Avec 150 kilogrammes de morue embarqués dans ses valises pour le Mondial 2026, la sélection portugaise de football ne compte pas seulement sur le talent de ses joueurs. Selon Courrier International, la « Seleção » s’appuie aussi sur une tradition culinaire aussi tenace que mystérieuse : le bacalhau, ce plat de morue salée et séchée, considéré comme un porte-bonheur par les supporteurs et même par certains membres du staff technique.

Ce qu'il faut retenir

  • 150 kg de morue ont été emportés par la Fédération portugaise de football lors de l’Euro 2021 pour nourrir joueurs et staff, perpétuant une superstition liée à ce plat traditionnel.
  • Le bacalhau est associé aux succès de l’équipe nationale depuis le Mondial 1966, où les joueurs l’auraient consommé avant chaque match — sauf avant la défaite en demi-finale contre l’Angleterre.
  • Plusieurs joueurs emblématiques, dont Cristiano Ronaldo, Ricardo et Éder, auraient adopté ce plat avant des matchs décisifs, renforçant le mythe.
  • Le Portugal compte 365 recettes de bacalhau, dont le célèbre bacalhau à Brás ou le pastéis de bacalhau, plat national par excellence.
  • Pour la Coupe du monde 2026, une enseigne portugaise commercialise même un bacalhau da sorte (« morue porte-bonheur ») pour les supporteurs.

Une tradition née dans l’histoire et les légendes

Le lien entre la morue et la sélection portugaise plonge ses racines dans l’histoire du pays. Selon Courrier International, cette superstition s’ancre dans une époque où la morue, surnommée le « fidèle compagnon » (fiel amigo), était le pilier de l’alimentation portugaise. Salée et séchée pour résister aux longues traversées maritimes, elle accompagna les Grandes Découvertes et devint un symbole culinaire intangible.

C’est au Mondial 1966 en Angleterre que le mythe prend forme. « La légende raconte que lors de l’épopée historique d’Eusébio, les joueurs portugais auraient mangé du bacalhau avant tous leurs matchs — sauf avant la demi-finale perdue contre l’Angleterre (2-1) », explique le journal. Depuis, ce récit, bien que difficile à vérifier, s’est transformé en une vérité partagée par des générations de supporteurs.

Des anecdotes qui traversent les générations

Au fil des décennies, d’autres histoires ont émergé, mêlant football et gastronomie. Lors de l’Euro 2004, le gardien Ricardo aurait consommé de la morue avant le quart de finale contre l’Angleterre, où il arrêta un tir au but sans gants avant de marquer le sien. En 2016, Éder en aurait fait de même avant la victoire en finale de l’Euro face à la France. « Vrai ou faux ? Peu importe, finalement », souligne Courrier International. « Au Portugal, le football se nourrit autant de tactique que de croyances populaires. »

Les préférences des joueurs pour ce plat varient. L’ancien chef de la sélection Luís Lavrador a révélé que Cristiano Ronaldo affectionne particulièrement le bacalhau à Brás — morue émiettée avec pommes de terre, oignons et œufs. Son ex-coéquipier Quaresma partageait cette prédilection, tandis que Pepe préférait une tranche de morue grillée, généreusement garnie d’oignons.

Le bacalhau, un plat ancré dans la culture portugaise

Plus qu’un simple aliment, le bacalhau incarne l’identité culinaire du Portugal. On estime qu’il existe 365 façons de le préparer, une recette pour chaque jour de l’année. Parmi les plus célèbres : le bacalhau à Gomes de Sá, le bacalhau espiritual, ou encore les pastéis de bacalhau, ces beignets dorés qui accompagnent souvent l’apéritif. Même les repas de Noël traditionnels se résument souvent à un simple bacalhau bouilli, servi avec pommes de terre, chou et huile d’olive.

Cette omniprésence dans la vie quotidienne explique en partie pourquoi le plat est si étroitement lié aux succès sportifs. « C’est peut-être précisément pour cela que la morue continue d’être si souvent associée à la Seleção : parce qu’elle fait partie de la mémoire collective portugaise », analyse Courrier International. « Dans un pays où le football et la nourriture occupent des places presque sacrées à table, il n’est peut-être pas si étrange que les deux finissent liés par la superstition. »

Une opération marketing qui surfe sur la superstition

Le mythe du bacalhau porte-bonheur a même inspiré une campagne commerciale. Selon Courrier International, l’enseigne portugaise Continente a lancé le « bacalhau da sorte », une morue préparée spécialement pour les supporteurs souhaitant soutenir l’équipe nationale avant les matchs de la Coupe du monde 2026. Une initiative qui illustre comment une tradition populaire peut se muer en argument marketing.

Le premier match du Portugal à la Coupe du monde 2026 est prévu le 17 juin face à la République démocratique du Congo. Cristiano Ronaldo, désormais capitaine emblématique de la sélection, et ses coéquipiers aborderont cette compétition avec, dans leurs bagages, non seulement l’équipement sportif, mais aussi les espoirs nourris par une tradition culinaire vieille de plusieurs décennies.

Et maintenant ?

La question reste entière : ce bacalhau consommé avant les matchs de la Seleção est-il un simple hasard ou un véritable rituel porteur de chance ? Si les résultats récents du Portugal — notamment sa victoire à l’Euro 2016 — semblent donner du crédit à cette superstition, les observateurs s’interrogent : cette tradition résistera-t-elle aux aléas du sport moderne ? Une chose est sûre, les 150 kg de morue embarqués en 2021 ne seront pas de trop pour alimenter les discussions dans les stades et les cuisines portugaises.

La Coupe du monde 2026 s’annonce donc comme un nouveau chapitre pour cette histoire, où football et gastronomie continueront de s’entremêler. Reste à savoir si, une fois de plus, la morue portera chance aux joueurs en jaune… ou si le talent pur fera à nouveau la différence.

Cette association remonte au Mondial 1966, où les joueurs portugais auraient consommé du bacalhau avant chaque match, sauf avant la défaite en demi-finale contre l’Angleterre. Depuis, cette tradition s’est transformée en une superstition tenace, renforcée par des anecdotes comme celle du gardien Ricardo avant l’Euro 2004 ou du buteur Éder en 2016.