Depuis près d’un mois, la Bolivie est secouée par une vague de mobilisations sans précédent. Miners, enseignants, paysans et routiers ont pris d’assaut les rues de La Paz, exigeant la démission du président libéral Rodrigo Paz. Selon Libération, ces mouvements, portés par des organisations sociales historiquement influentes dans le pays, pourraient redessiner l’équilibre politique d’un État déjà fragilisé par des tensions économiques et sociales.
Ce qu'il faut retenir
- Une mobilisation massive, portée par miniers, enseignants, paysans et routiers, bloque La Paz depuis un mois.
- Les protestataires réclament la démission du président Rodrigo Paz, qualifié de libéral.
- Les organisations sociales à l’origine des manifestations disposent d’un poids historique en Bolivie.
- Les tensions surviennent dans un contexte de difficultés économiques et sociales persistantes.
- La capitale est paralysée par des barrages routiers et des rassemblements quotidiens.
Un mouvement social aux racines profondes
Les mobilisations actuelles s’inscrivent dans une tradition de luttes sociales en Bolivie, où les syndicats et les mouvements paysans ont souvent joué un rôle central dans l’histoire politique du pays. Libération souligne que ces organisations, comme la Fédération syndicale des travailleurs des mines (FSTMB) ou la Confédération syndicale unique des travailleurs boliviens (CSUTCB), ont été des acteurs majeurs dans les changements politiques des dernières décennies. Leur capacité à paralyser le pays par des blocages routiers et des grèves générales reste un levier de pression redouté par les gouvernements.
Les revendications des manifestants ne se limitent pas à la chute du président Paz. Elles portent également sur des questions structurelles : hausse des prix, précarité économique, inégalités sociales et, selon certains observateurs, un mécontentement grandissant face à une gestion perçue comme déconnectée des réalités du terrain. Des sources syndicales, citées par Libération, évoquent un « ras-le-bol généralisé » après des années de politiques économiques jugées insuffisantes.
La réponse du gouvernement et les risques de radicalisation
Face à l’ampleur des protestations, le gouvernement de Rodrigo Paz a tenté de dialoguer, mais les concessions promises ont été jugées insuffisantes par les organisateurs. Le président, qui a pris ses fonctions il y a deux ans, est accusé de mener une politique économique libérale, perçue comme défavorable aux classes populaires. Dans un communiqué officiel, le palais gouvernemental a appelé au « calme et à la raison », tout en dénonçant des « tentatives de déstabilisation ».
Pourtant, les tensions pourraient s’aggraver. Plusieurs dirigeants syndicaux ont menacé de durcir les actions si leurs revendications ne sont pas satisfaites d’ici la fin de la semaine. Evo Morales, ancien président et figure emblématique du mouvement social bolivien, a appelé à une « mobilisation unie » lors d’un discours retransmis hier. Son intervention a été saluée par les manifestants, mais a aussi ravivé les craintes d’une radicalisation du conflit.
« Le peuple souffre, et cette souffrance ne peut plus durer. Nous exigeons des changements concrets, pas des promesses vides. »
— Un représentant des mineurs, interviewé par Libération
Un contexte économique et politique déjà fragile
La Bolivie traverse une période économique difficile. Le pays, riche en ressources naturelles comme le lithium et le gaz, peine à relancer sa croissance depuis la crise du Covid-19. Le chômage reste élevé, notamment chez les jeunes, et l’inflation pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. Selon des données officielles, l’inflation a atteint 5,8 % en 2025, un niveau record depuis une décennie. Les secteurs miniers et agricoles, deux piliers de l’économie nationale, sont particulièrement touchés par la baisse des cours internationaux et les restrictions imposées par les grèves.
Politiquement, le pays est profondément divisé. Rodrigo Paz, élu avec une marge étroite en 2024, n’a jamais réussi à fédérer au-delà de son camp. Son alliance avec les milieux d’affaires et les élites urbaines lui a aliéné une partie de la population, notamment dans les zones rurales. Les élections locales et régionales prévues en octobre pourraient devenir un terrain de bataille pour les forces en présence, les partis d’opposition voyant dans la crise actuelle une opportunité de reprendre l’avantage.
La Bolivie se trouve ainsi à un carrefour. Entre la pression des rues et les calculs politiques, le président Paz pourrait bien devoir choisir entre un compromis douloureux ou une épreuve de force aux conséquences incertaines.
Les manifestations sont principalement portées par la Fédération syndicale des travailleurs des mines (FSTMB), la Confédération syndicale unique des travailleurs boliviens (CSUTCB), ainsi que des syndicats d’enseignants et de routiers. Ces organisations ont une longue histoire de luttes sociales et de mobilisations politiques en Bolivie.
Une démission de Rodrigo Paz entraînerait probablement des élections anticipées, avec un risque de polarisation accrue. Les partis d’opposition, comme le Mouvement vers le socialisme (MAS) d’Evo Morales, pourraient en profiter pour revenir au pouvoir. Cependant, une transition chaotique pourrait aggraver l’instabilité économique et politique du pays.