Les marchés boursiers européens connaissent un début d’année 2026 particulièrement volatile, marqué par des performances contrastées. Selon Euronews FR, l’indice de référence Euro STOXX 600 enregistre une progression de 3,5 % depuis janvier, un rythme bien inférieur à celui du S&P 500 américain (+8 %). Pourtant, certaines valeurs ont connu des hausses spectaculaires, dépassant les 100 %, voire les 900 %, sous l’effet de dynamiques sectorielles puissantes.

Trois facteurs principaux expliquent ces mouvements : l’essor de l’intelligence artificielle, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et une demande accrue pour les infrastructures énergétiques et technologiques stratégiques. Euronews FR détaille, secteur par secteur, les entreprises européennes les plus performantes en 2026, dont la capitalisation dépasse le milliard d’euros.

Ce qu'il faut retenir

  • Sivers Semiconductors (Suède) affiche la plus forte progression (+947 %), portée par la demande en composants photoniques pour l’IA et les réseaux 5G.
  • Ceres Power (Royaume-Uni) bondit de 237 % grâce à ses piles à combustible à oxyde solide, sollicitées pour les centres de données et les chaînes d’approvisionnement de l’OTAN.
  • Seplat Energy (Nigeria) profite de la hausse des prix du pétrole liée au blocus du détroit d’Ormuz, avec une action en progression de 97 %.
  • Eutelsat (France) gagne 64 %, les États européens cherchant des alternatives à Starlink pour des raisons de souveraineté technologique.
  • Trois thèmes dominent : l’IA, les enjeux géopolitiques et les opérations de marché (rachats, acquisitions), qui ont parfois plus d’impact que les performances opérationnelles.

L’IA et les semi-conducteurs : des hausses vertigineuses

Dans le secteur technologique, les acteurs de l’infrastructure pour l’intelligence artificielle trustent les podiums. Sivers Semiconductors, fabricant suédois de puces photoniques, enregistre une progression record de 947 % depuis le début de l’année. Son chiffre d’affaires 2025 s’élève à 304,1 millions de SEK (27 millions d’euros), en hausse de 25 %, mais c’est surtout le potentiel futur – 453 millions de dollars (385 millions d’euros) d’opportunités commerciales liées à la photonique pour l’IA – qui séduit les investisseurs. La perspective d’une cotation secondaire au Nasdaq à New York a amplifié le mouvement.

Soitec, groupe français spécialisé dans les matériaux pour semi-conducteurs, suit de près avec une hausse de 639 %, malgré un recul de 22 % de son chiffre d’affaires au troisième trimestre 2026. Les investisseurs misent sur son quasi-monopole dans les substrats SOI pour la photonique, essentiels aux interconnexions optiques des centres de données hyperscale. Les plaques de silicium sur isolant (SOI) qu’elle produit sont utilisées dans les composants radiofréquence des smartphones, les radars automobiles et les optiques co-packagées pour l’IA.

Hydrogène et piles à combustible : un retour en grâce

L’industrie rediscute également des énergies alternatives. Ceres Power, société britannique cotée à Londres, a vu son action s’envoler de 237 % depuis janvier. Spécialisée dans les piles à combustible à oxyde solide, elle concède sa technologie sous licence plutôt que de produire directement. Son développement est porté par la demande croissante en solutions d’alimentation pour les centres de données d’IA et les chaînes logistiques de l’OTAN. ITM Power, autre acteur britannique, progresse de 173 % grâce à ses électrolyseurs pour l’hydrogène vert, avec un partenariat stratégique avec le groupe allemand Rheinmetall sur des carburants de synthèse.

Côté perspectives, la ligne de production Chronos de ITM Power, d’une capacité d’un gigawatt d’ici 2028, bénéficiera d’une subvention de 46,5 millions de livres (53,7 millions d’euros) du gouvernement britannique, sous réserve de l’aval de l’Autorité de la concurrence (CMA) attendu en juin.

Santé : innovations contre le cancer et boom des médicaments amaigrissants

Le secteur de la santé n’est pas en reste. Nanobiotix, biotech française, a vu son action progresser de 89 % après l’annonce, le 4 mai, d’une modification favorable du protocole de son essai de phase 3 (NANORAY-312) contre les cancers de la tête et du cou. Cette décision, validée par la FDA américaine, pourrait accélérer les paiements d’étapes – estimés à « plusieurs centaines de millions » de dollars – dans le cadre d’un accord avec Janssen. Depuis cette annonce, le titre a bondi de 44 %. Le marché anticipe également les retombées de l’accord de licence signé avec Johnson & Johnson en 2023.

Parallèlement, les entreprises exposées au marché des médicaments GLP-1 contre l’obésité et le diabète connaissent un essor remarquable. PolyPeptide, fabricant suisse de peptides, progresse de 51 % en 2026. Son chiffre d’affaires 2025 atteint 389 millions d’euros (+15,6 %), et la société vise un doublement de son activité d’ici 2028. Cette dynamique s’inscrit dans un marché en pleine expansion, avec un taux de croissance annuel moyen prévu de 12,7 % jusqu’en 2034.

Géopolitique et souveraineté : satellites et tourisme en première ligne

Les tensions géopolitiques, notamment le blocus du détroit d’Ormuz depuis le 28 février 2026, ont rebattu les cartes. Seplat Energy, producteur nigérian coté à Londres et Lagos, profite de la hausse des prix du pétrole : son action gagne 97 %. « Le conflit au Moyen-Orient a profondément modifié les perspectives du secteur pétrolier et gazier en 2026, et probablement au-delà », a déclaré Roger Brown, son directeur général, lors d’une présentation aux investisseurs.

Côté transport maritime, Amico International Shipping, armateur luxembourgeois de pétroliers, enregistre une hausse de 84 %. Les perturbations de routes commerciales obligent les navires à emprunter des itinéraires plus longs et coûteux, ce qui se traduit par des bénéfices nets en hausse de 45,6 % au premier trimestre 2026 (25,2 millions d’euros) et une augmentation de 53 % des tarifs spot moyens quotidiens. Le tourisme européen profite aussi de cette instabilité : Meliá Hotels, première chaîne hôtelière espagnole, voit son action progresser de 43 %. Son chiffre d’affaires du premier trimestre 2026 atteint 461,6 millions d’euros (+3,8 %), avec des réservations estivales en forte hausse pour les destinations méditerranéennes, au détriment de certaines régions du Moyen-Orient.

Énergies renouvelables et métaux stratégiques : des valeurs en plein essor

Les entreprises liées à la transition énergétique et aux infrastructures stratégiques attirent également les capitaux. Premier Energy, groupe roumain d’infrastructures énergétiques, double de valeur grâce à ses projets de stockage par batteries et de production d’énergies renouvelables en Europe du Sud-Est. En mai 2026, il a lancé la construction, près de Iași (Roumanie), d’un système de stockage de 200 mégawatts/400 mégawattheures, pour un coût de 75 millions d’euros – l’un des plus importants d’Europe du Sud-Est.

Cox ABG Group, énergéticien espagnol présent en Amérique latine, en Afrique et en Espagne, a vu son action progresser de 53 % après l’acquisition d’une plateforme mexicaine d’énergies renouvelables appartenant à Iberdrola. Klöckner & Co, distributeur d’acier et de métaux, gagne 55 % depuis le début de l’année, porté par une offre de rachat de Worthington Steel (11 euros par action, participation portée à 58,78 %). Les investisseurs anticipent une amélioration des conditions pour les actionnaires minoritaires en cas d’accord de domination ou de retrait obligatoire.

Aurubis, premier producteur de cuivre en Europe, enregistre une hausse de 50 % en 2026. Le groupe a relevé à deux reprises ses prévisions pour l’exercice 2025/26, grâce à la demande soutenue du cuivre pour l’IA, l’électrification et les énergies renouvelables. Les revenus tirés des ventes d’acide sulfurique, un sous-produit de la fusion du cuivre, contribuent également à cette performance.

Et maintenant ?

Les perspectives pour le reste de l’année 2026 dépendront de plusieurs échéances clés. Côté géopolitique, l’évolution du conflit au Moyen-Orient et son impact sur les routes commerciales et les prix de l’énergie restent un facteur de risque majeur. Les décisions des autorités européennes concernant les subventions pour l’hydrogène vert (comme celle attendue de la CMA britannique pour ITM Power en juin) pourraient également influencer les valorisations.

Enfin, les annonces de rachats ou de restructurations dans les secteurs des semi-conducteurs et de l’énergie seront à surveiller de près, ces opérations ayant parfois un effet plus marqué sur les cours que les résultats trimestriels.

Si ces dynamiques sectorielles offrent des opportunités, elles s’accompagnent aussi de risques liés à la volatilité des marchés et aux incertitudes macroéconomiques. Les investisseurs sont invités à rester prudents et à diversifier leurs portefeuilles.

La progression de 947 % de Sivers Semiconductors s’explique par la demande croissante en composants photoniques et semi-conducteurs pour les centres de données dédiés à l’IA et les réseaux 5G. Les investisseurs anticipent un fort potentiel commercial futur, avec un portefeuille d’opportunités estimé à 453 millions de dollars (385 millions d’euros), principalement lié à la photonique pour l’intelligence artificielle. La perspective d’une cotation secondaire au Nasdaq a amplifié l’engouement.

Le blocus du détroit d’Ormuz, en place depuis le 28 février 2026, a entraîné une hausse des prix du pétrole, bénéficiant à des producteurs comme Seplat Energy (+97 %). Pour le transport maritime, les perturbations ont allongé les routes commerciales, augmentant les coûts et les tarifs, ce qui a profité à des armateurs comme Amico International Shipping (+84 %). Enfin, le tourisme méditerranéen, avec des destinations comme l’Espagne, a gagné en attractivité au détriment de certaines régions du Moyen-Orient, comme en témoigne la performance de Meliá Hotels (+43 %).