Près de deux ans après son départ du ministère de l’Économie, Bruno Le Maire maintient sa critique du système économique français. Dans un entretien diffusé mardi 12 mai 2026 sur TF1, l’ancien ministre de l’Économie — resté sept ans et quatre mois à Bercy, un record sous la Ve République — a appelé à une refonte profonde du modèle économique, social et politique du pays. Ses propos, rapportés par BFM Business, s’inscrivent dans une logique de remise en cause des mécanismes actuels, qu’il a lui-même contribué à façonner.
Ce qu'il faut retenir
- Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie pendant sept ans et quatre mois, estime que le modèle économique français est devenu un « antimodèle ».
- Il propose d’augmenter le SMIC et de réformer les allègements de charges pour les entreprises, avec moins d’aides pour les emplois au SMIC et plus pour les salaires élevés.
- Il critique les « rustines » comme les primes défiscalisées, jugées insuffisantes pour résoudre la question des salaires en France.
- Il s’oppose à la nationalisation de TotalEnergies, proposée par la gauche, estimant que l’État ne sait pas gérer des entreprises.
- Il alerte sur une dérive du débat politique, où les « débats de personnes » priment sur les « débats d’idées ».
Dans son intervention, Bruno Le Maire a dressé un constat sans concession sur l’état du marché du travail en France. « Notre modèle économique est devenu un antimodèle », a-t-il lancé, pointant du doigt un système où « des salariés se rapprochent du SMIC » tandis que « les charges sont déplafonnées pour les emplois les plus qualifiés, qui coûtent donc trop cher aux entreprises ». Pour lui, ce déséquilibre explique à la fois la difficulté des entreprises à recruter et la précarité des travailleurs les moins bien payés. Autant dire que, selon l’ancien locataire de Bercy, le système actuel ne profite ni aux salariés ni aux employeurs.
Pour remédier à cette situation, il prône une augmentation du SMIC, qu’il considère comme la solution la plus directe pour revaloriser les salaires. « Il y a un problème de salaires en France, de rémunération du travail », a-t-il affirmé, critiquant au passage les mesures gouvernementales comme les « primes Macron ». Pour lui, ces dispositifs ne sont que des « rustines » et ne répondent pas à l’enjeu de fond : la baisse du pouvoir d’achat des travailleurs les moins bien rémunérés. Il a également pointé du doigt le plafonnement des charges pour les bas salaires, un mécanisme qu’il juge contre-productif.
Bruno Le Maire propose donc de revoir en profondeur les allègements de charges, qui représentent aujourd’hui plus de **80 milliards d’euros** distribués chaque année aux entreprises. Sa solution ? Réduire ces aides pour les emplois au SMIC et les augmenter pour les salaires plus élevés, afin d’inciter à une hausse générale des rémunérations. « Le salarié ne trouve pas son compte, les entreprises ne trouvent pas de recrues, et pour les emplois les plus qualifiés, ils coûtent trop cher », a-t-il résumé.
Sur le plan politique, l’ancien ministre a également critiqué la proposition de nationalisation de TotalEnergies portée par la gauche. « C’est une idée étrange de demander à l’État, qui a du mal à gérer des services de base, de gérer une compagnie énergétique », a-t-il lancé, en s’interrogeant : « On va mettre Manuel Bompard ou Jean-Luc Mélenchon à la tête de la société ? » Pour lui, cette approche détourne l’attention des véritables enjeux économiques et sociaux.
Enfin, Bruno Le Maire a tiré la sonnette d’alarme sur l’état du débat politique en France. Dans un discours sans concession, il a estimé que « ce qui [l]’inquiète pour 2027, c’est que les débats de personnes prennent le pas sur les débats d’idées ». Selon lui, le système politique français, avec un président « au centre de tout », des ministres « aussi nombreux que des classes surchargées » et un Parlement qui légifère au lieu de contrôler, est devenu un « anti-modèle ». « La politique ne décide plus », a-t-il déploré, avant de conclure sur un bilan amer de sept années passées au pouvoir.
Reste à voir si les idées de l’ancien ministre trouveront un écho auprès des décideurs politiques ou si elles resteront cantonnées à une critique de l’exercice du pouvoir. Une chose est sûre : la question des salaires et des inégalités économiques continue de structurer le débat public en France.
Bruno Le Maire propose principalement une hausse du SMIC et une réforme des allègements de charges pour les entreprises. Il suggère de réduire ces aides pour les emplois au SMIC et de les augmenter pour les salaires plus élevés, afin d’inciter à une hausse générale des rémunérations. Il rejette les mesures ponctuelles comme les primes défiscalisées, qu’il qualifie de « rustines ».