Le géant chinois de l'automobile BYD, déjà présent en Hongrie, étudie activement l'acquisition d'usines européennes sous-exploitées afin de renforcer sa position sur le marché continental. Selon Numerama, cette stratégie pourrait lui permettre de contourner la construction de sites de production depuis zéro, un processus coûteux et long. Des discussions préliminaires sont en cours avec plusieurs constructeurs, dont le groupe Stellantis, pour identifier des sites adaptés en Italie et en France.

Ce qu'il faut retenir

  • BYD, premier constructeur mondial de véhicules électriques, cherche à racheter des usines sous-utilisées en Europe plutôt que d'en construire de nouvelles
  • Des pourparlers sont en cours avec Stellantis, notamment pour des sites en Italie (comme Cassino) et en France, où le prix de l'électricité est attractif
  • Stella Li, vice-présidente de BYD, a confirmé ces discussions lors du forum « Future of the Car » du Financial Times à Londres (12-14 mai 2026)
  • Le groupe chinois exclut toute colocation ou coentreprise, privilégiant une gestion autonome de ses opérations
  • Maserati, filiale de Stellantis en difficulté, suscite un intérêt particulier de la part de BYD

Une stratégie d'expansion par rachat plutôt que par construction

Plutôt que de suivre la voie traditionnelle consistant à construire des usines flambant neuves, BYD mise sur l'acquisition de sites de production existants mais sous-utilisés. Cette approche, relayée par Bloomberg lors du forum londonien, s'inscrit dans une logique d'efficacité économique et de rapidité d'implantation. Stella Li, vice-présidente de BYD, a indiqué avoir visité « plusieurs usines » en Europe sans préciser de sites exacts. Parmi les pays ciblés, l'Italie figure en tête de liste, avec une attention particulière portée sur la région de Naples.

Le choix de l'Italie s'explique en partie par la présence de sites emblématiques comme celui de Cassino, au nord de Naples. Ce dernier produit notamment les modèles thermiques d'Alfa Romeo (Giulia et Stelvio) ainsi que le SUV Maserati Grecale. Cependant, la réorganisation stratégique de Stellantis a entraîné des coupures de production et une sous-utilisation des capacités, en raison d'un volume de ventes insuffisant pour ces modèles.

La France dans le viseur de BYD grâce à son coût énergétique avantageux

Outre l'Italie, BYD s'intéresse également à la France pour son potentiel industriel. Un atout majeur réside dans le prix de l'électricité, particulièrement bas sur le long terme, ce qui pourrait réduire les coûts de production et renforcer la compétitivité des futurs véhicules assemblés localement. Plusieurs sites français pourraient être concernés, bien que Numerama n'ait pas communiqué de noms précis. Cette piste s'inscrit dans une volonté de BYD de diversifier ses sources d'approvisionnement en Europe, où la demande en véhicules électriques ne cesse de croître.

Cette stratégie n'est pas isolée : elle s'ajoute à l'implantation déjà effective de BYD en Hongrie, où le groupe chinois dispose d'une usine de production. En optant pour des sites existants, BYD évite les délais et les investissements colossaux liés à la construction d'une nouvelle infrastructure, tout en bénéficiant d'une main-d'œuvre qualifiée et d'un accès immédiat au marché européen.

Stellantis et Maserati : des partenaires potentiels en difficulté

Parmi les constructeurs européens en discussion avec BYD, le groupe Stellantis se distingue, avec une attention particulière portée sur ses marques italiennes en difficulté. Stella Li a qualifié Maserati de « très intéressant », bien que précisant que « aucune action ou discussion n'ait démarré » à ce stade. Cette remarque souligne l'intérêt stratégique de BYD pour les marques traditionnelles en perte de vitesse, dont le rachat pourrait offrir une visibilité immédiate sur le marché européen.

Ces pourparlers s'inscrivent dans un mouvement plus large initié dès avril 2026 avec le constructeur chinois Dongfeng, également en quête de sites européens sous-exploités. Pour Stellantis, cette collaboration représenterait une opportunité de redynamiser des sites en surcapacité, tout en bénéficiant de l'expertise technologique et financière de BYD dans le domaine des véhicules électriques. Rien n'est cependant figé, BYD discutant également avec d'autres groupes automobiles européens.

« Piloter seul ses opérations est la solution la « plus simple » pour BYD. » — Stella Li, vice-présidente de BYD

Une approche exclusive : pas de coentreprises ni de colocation

Contrairement à d'autres acteurs du secteur, BYD exclut catégoriquement toute forme de coentreprise ou de colocation avec d'autres constructeurs. Numerama précise que la direction chinoise privilégie une gestion autonome de ses usines, afin de maintenir un contrôle total sur ses processus de production et sa stratégie industrielle. Cette position pourrait simplifier les négociations avec les constructeurs européens, mais limite également les synergies potentielles.

Cette rigidité s'explique en partie par la volonté de BYD de préserver sa culture d'entreprise et ses méthodes de travail, tout en accélérant son expansion en Europe. En ciblant des sites sous-utilisés, le groupe chinois mise sur une intégration rapide et efficace, sans avoir à subir les contraintes liées à des partenariats complexes. Reste à voir si cette approche séduira suffisamment de constructeurs pour permettre à BYD de concrétiser ses ambitions.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour BYD, alors que les discussions avec Stellantis et d'autres constructeurs pourraient aboutir à des accords concrets. Plusieurs sites italiens et français sont en lice, mais aucun nom n'a encore été officiellement retenu. Une annonce pourrait intervenir d'ici la fin de l'année 2026, notamment si les pourparlers aboutissent sur un site précis. Par ailleurs, la situation de Maserati et d'autres marques en difficulté pourrait évoluer rapidement, offrant à BYD des opportunités supplémentaires d'acquisition.

Pour l'heure, l'Europe observe avec attention cette stratégie audacieuse, qui pourrait redessiner la carte de l'industrie automobile continentale. Si BYD parvient à concrétiser ses projets, le Vieux Continent deviendrait un nouveau terrain de jeu pour le géant chinois, aux côtés d'acteurs historiques comme Volkswagen ou Renault. Les prochains mois diront si cette approche par rachat s'avérera aussi efficace que prévu.

L'usine de Cassino, près de Naples, est le site le plus souvent cité en raison de sa sous-utilisation actuelle, notamment pour la production des Alfa Romeo Giulia, Stelvio et du Maserati Grecale. D'autres sites pourraient être envisagés, mais aucun n'a encore été officiellement confirmé par BYD.

Selon Stella Li, la gestion autonome des opérations est considérée comme « la solution la plus simple » par BYD. Cette approche permet au groupe chinois de maintenir un contrôle total sur ses processus industriels et sa stratégie, sans partager la prise de décision avec un partenaire.