Les constructeurs automobiles chinois intensifient leur stratégie d’implantation en Europe en ciblant des usines sous-exploitées. Selon BFM Business, le géant chinois BYD, leader mondial des véhicules électriques, est actuellement en discussions avancées avec Stellantis et d’autres groupes européens pour reprendre des sites industriels disponibles sur le Vieux Continent. Ces pourparlers surviennent alors que l’industrie automobile européenne, confrontée à une surcapacité structurelle, cherche à s’adapter à la transition vers l’électrique.
Ce qu'il faut retenir
- BYD négocie avec Stellantis et d’autres constructeurs pour acquérir des usines sous-utilisées en Europe, avec une priorité sur l’Italie et la France à terme.
- Stellantis étudie la cession de plusieurs sites, dont l’usine Citroën de La Janais (Rennes), celle de Cassino (Italie) et un site en Allemagne, potentiellement à Dongfeng.
- Le groupe chinois privilégie les rachats directs plutôt que les coentreprises, une approche jugée « plus facile » par sa vice-présidente, Stella Li.
- À plus long terme, la France intéresse BYD pour le faible coût de son électricité, tandis que des marques comme Maserati (filiale de Stellantis) sont évoquées comme cibles potentielles.
Un intérêt croissant des constructeurs chinois pour les sites européens
Le constructeur chinois BYD multiplie les initiatives pour s’implanter durablement en Europe, un marché en pleine mutation vers la mobilité électrique. D’après les déclarations de Stella Li, vice-présidente du groupe, recueillies par BFM Business lors d’une conférence à Londres, BYD est en pourparlers avec plusieurs constructeurs, dont Stellantis, pour reprendre des usines sous-utilisées. « Nous discutons non seulement avec Stellantis mais aussi avec d’autres entreprises », a-t-elle indiqué. « Nous recherchons toute usine disponible en Europe, car nous voulons utiliser ce type de capacités excédentaires. »
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les constructeurs européens peinent à ajuster leur capacité de production à la demande, dans un marché automobile en ralentissement. Les sites visés, souvent situés dans des pays comme l’Italie ou la France, pourraient ainsi bénéficier d’un nouveau souffle grâce à l’arrivée de capitaux chinois, experts en électrification.
Stellantis en première ligne des négociations
Stellantis, propriétaire de marques emblématiques comme Peugeot, Citroën, Fiat, Alfa Romeo et Jeep, est l’un des principaux interlocuteurs de BYD. Le groupe français, comme d’autres constructeurs européens, dispose de sites en sous-activité et étudie activement des partenariats stratégiques. Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, a confirmé mardi lors de la conférence du Financial Times que le groupe était ouvert à de nouvelles collaborations, au-delà de son alliance avec Leapmotor : « Nous avons vu un intérêt à travailler avec Leapmotor. Mais nous pourrions également envisager d’autres partenaires. »
Cette ouverture intervient après l’annonce, vendredi, du renforcement de la coopération entre Stellantis et Leapmotor. Le partenariat prévoit la production de plusieurs modèles électriques dans deux usines espagnoles du groupe français, dont l’une, située à Madrid, serait vendue à la coentreprise Stellantis-Leapmotor. Une opération qui illustre la volonté des deux groupes de mutualiser leurs ressources pour faire face à la concurrence asiatique.
Des sites français et italiens dans le viseur des Chinois
Parmi les sites européens convoités, plusieurs installations françaises et italiennes figurent en bonne place. Selon BFM Business, Stellantis envisagerait de céder à Dongfeng — son partenaire historique — trois de ses usines : l’usine Citroën de La Janais, située près de Rennes, celle de Cassino en Italie, ainsi qu’un site en Allemagne. Une délégation de Dongfeng s’est d’ailleurs récemment rendue sur le site breton, une visite confirmée par un représentant syndical.
Côté BYD, l’Italie apparaît comme une priorité immédiate. Stella Li a confirmé que le groupe avait visité « de nombreuses usines » en Europe, précisant que « l’Italie figure sur la liste restreinte » des pays ciblés. À plus long terme, la France retient également l’attention du constructeur chinois, en raison notamment du coût avantageux de son électricité, un facteur clé pour la compétitivité des sites industriels.
Des coentreprises ou des rachats directs ? BYD tranche pour la simplicité
Sur la forme des partenariats, BYD semble privilégier les rachats directs plutôt que les coentreprises, jugées plus complexes à mettre en œuvre. « Nous préférerions exploiter directement les usines plutôt que via des coentreprises, une solution jugée plus facile », a expliqué Stella Li. Cette approche reflète la volonté du groupe chinois de contrôler pleinement ses outils de production en Europe, tout en bénéficiant de capacités industrielles déjà existantes.
Cette préférence pour les rachats directs s’inscrit dans une logique de rapidité et d’efficacité. En reprenant des sites sous-utilisés, BYD pourrait ainsi accélérer son implantation sur le marché européen, où la demande en véhicules électriques ne cesse de croître. Pour les constructeurs européens, ces cessions représentent une opportunité de désendetter leurs bilans ou de recentrer leurs activités sur des segments plus rentables.
Des marques européennes en difficulté dans le collimateur
Au-delà des usines, BYD étudie la possibilité de reprendre des marques automobiles européennes historiques en difficulté. Parmi les noms évoqués, Maserati, filiale de Stellantis, est présentée comme « très intéressante » par Stella Li. « Mais nous n’avons pris aucune action pour le moment », a-t-elle tenu à préciser. Cette prudence s’explique par la complexité des rachats de marques, souvent porteuses de lourds héritages techniques et sociaux.
L’intérêt pour des marques emblématiques comme Maserati, Ferrari ou Lamborghini — même si ces deux dernières ne sont pas dans le giron de Stellantis — illustre la stratégie offensive des constructeurs chinois. Ces derniers cherchent à acquérir des savoir-faire européens tout en capitalisant sur leur avance en matière de technologies électriques et de batteries. Une démarche qui pourrait, à terme, redessiner la carte de l’industrie automobile mondiale.
Ces dynamiques soulèvent des questions plus larges sur l’avenir de l’industrie automobile européenne. Face à la montée en puissance des constructeurs chinois, les acteurs locaux devront-ils accélérer leur transition vers l’électrique ou accepter des partenariats avec des capitaux étrangers pour survivre ? Autant dire que les prochains mois seront déterminants pour le paysage industriel du continent.
Les constructeurs chinois, comme BYD, voient dans ces sites une opportunité d’acquérir rapidement des capacités de production déjà existantes, sans avoir à construire de nouvelles usines. Cela leur permet de réduire les coûts et les délais, tout en bénéficiant d’un accès immédiat au marché européen. De plus, ces rachats s’inscrivent dans une stratégie globale de domination du marché mondial des véhicules électriques, où l’Europe représente un enjeu majeur.
Les rachats d’usines par des groupes étrangers peuvent entraîner des incertitudes pour les salariés, notamment en termes de conditions de travail ou de garanties sociales. Cependant, les constructeurs chinois comme BYD ont jusqu’ici souvent maintenu les effectifs, voire annoncé des investissements pour moderniser les sites. Les syndicats, comme celui de La Janais, suivent ces négociations de près pour veiller à la préservation des emplois.