Dès cet été, une partie des Français pourra bénéficier d’un remboursement pour des tests de dépistage du cadmium, un métal lourd dont l’exposition excessive représente un risque pour la santé. Cette mesure s’inscrit dans un contexte où près de la moitié de la population française présentait en 2025 des niveaux d’imprégnation dépassant les seuils sanitaires recommandés, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses).
Comme l’a annoncé le ministère de la Santé mardi 12 mai, les analyses en laboratoire de ville concerneront en priorité les résidents des zones géologiquement riches en cadmium ou vivant à proximité de sites industriels pollués. Ces tests, dont le coût est fixé à 27,50 euros, seront pris en charge à 60 % par la Sécurité sociale et à 40 % par les complémentaires santé, d’après un accord conclu début avril entre les biologistes médicaux et l’Assurance-maladie. Selon Franceinfo - Santé, cette initiative s’accompagne d’une proposition de loi écologiste visant à limiter les risques d’exposition au cadmium, qui doit être examinée début juin à l’Assemblée nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 50 % des Français présentaient en 2025 des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence, selon l’Anses.
- Les tests de dépistage seront remboursés pour les résidents des zones géologiquement riches en cadmium (Champagne, Charente, Jura, Massif central) ou des riverains des 7 000 sites industriels pollués.
- Le coût d’un test (27,50 euros) sera pris en charge à 60 % par la Sécurité sociale et à 40 % par les complémentaires santé.
- Une proposition de loi écologiste sur la limitation de l’exposition au cadmium sera examinée début juin à l’Assemblée nationale.
- Le cadmium peut entraîner des risques rénaux, osseux, respiratoires, neurologiques, cardiovasculaires et cancérogènes en cas d’exposition répétée.
Qui pourra bénéficier de ces tests remboursés ?
La prise en charge ne sera pas systématique, mais ciblée sur les populations les plus exposées. Le gouvernement a suivi les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), qui préconisait dès juillet 2024 de dépister les résidents des zones où les sols sont naturellement riches en cadmium, comme la Champagne, la Charente, le Jura ou le Massif central. Les riverains des 7 000 sites industriels pollués en France seront également concernés, en raison des risques liés à l’inhalation de poussières ou à la consommation d’aliments locaux contaminés.
Le ministère de la Santé a précisé que d’autres personnes pourraient être incluses, notamment celles présentant des symptômes évocateurs comme des problèmes rénaux ou osseux. « On n’exclura pas les personnes vivant hors de ces sites qui pourraient être sur-imprégnées : ce sera au médecin de juger, face à un problème rénal ou osseux par exemple, de la nécessité de ces analyses », a indiqué le ministère à l’AFP. Les modalités exactes de ce dépistage seront définies par un décret attendu pour cet été. Actuellement, un test non remboursé coûte environ 45 euros, selon le média Vert.
Comment ces tests de dépistage fonctionnent-ils ?
Les analyses consisteront en un dosage du cadmium dans les urines, et éventuellement dans le sang, afin d’évaluer une éventuelle intoxication chronique. « Il fallait vraiment agir : le cadmium s’accumule silencieusement dans le corps et peut finir par poser des problèmes graves », a souligné François Blanchecotte, président de la Fédération de la biologie médicale. La technique utilisée est la spectrométrie de masse à plasma induit (ICP-MS), considérée comme la méthode de référence pour détecter des concentrations extrêmement faibles de métaux dans l’organisme.
Le laboratoire Inovie, spécialisé en biologie médicale, a confirmé que cette méthode permet de mesurer des taux de cadmium même très bas. « La matrice urinaire est déjà réalisée en routine dans les laboratoires du groupe, et la matrice sanguine vient compléter progressivement cette capacité analytique », précise-t-il. Les laboratoires pourraient donc proposer ces tests dès maintenant, bien que les modalités de remboursement ne soient pas encore précisées.
Pourquoi cette urgence sanitaire autour du cadmium ?
L’Anses a tiré la sonnette d’alarme en mars 2026, révélant que près de la moitié de la population française présentait en 2025 des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence. « Cette imprégnation est préoccupante à tout âge et dès le plus jeune âge », a indiqué l’agence sanitaire. Cependant, cette évaluation globale pourrait avoir été surestimée, selon le toxicologue Robert Garnier, auteur des recommandations de la HAS. Il estime que « la situation est préoccupante, mais peut-être pas aussi dramatique que le décrit l’Anses dans son rapport ».
En effet, l’étude de Santé publique France, qui a servi de base à l’évaluation de l’Anses, se serait appuyée sur des analyses en laboratoire pouvant avoir surévalué les concentrations urinaires de cadmium mesurées. Une nuance importante alors que les pouvoirs publics s’apprêtent à lancer des campagnes de dépistage ciblées.
Quels sont les risques liés au cadmium pour la santé ?
Le cadmium est un métal lourd dont l’exposition répétée, même à faible dose, peut entraîner de multiples effets sanitaires. Selon la HAS, les risques concernent principalement les systèmes rénal, osseux, respiratoire, neurologique et cardiovasculaire, ainsi que la reproduction et la survenue de cancers. « Il n’y a de risque d’effet sur la santé que lorsque la concentration urinaire de cadmium dépasse 1 µg/g de créatinine, quel que soit l’âge », précise la HAS dans ses recommandations de 2024.
Une fois accumulé dans l’organisme, le cadmium diminue très lentement, ce qui signifie que sa quantité augmente avec le temps. « En conséquence, la quantité de cadmium présente dans l’organisme augmente avec l’âge : il faut donc surtout, à tous les âges, contrôler les apports », a expliqué Robert Garnier. Aucun médicament ne permet d’éliminer le cadmium en cas de surexposition avérée, d’où l’importance de la prévention et du dépistage précoce.
Comment limiter son exposition au cadmium ?
Le ministère de la Santé prévoit de rappeler aux médecins les recommandations de la HAS pour réduire l’exposition, en particulier pour les jeunes enfants. Parmi les mesures préconisées figurent : éviter de les laisser jouer sur le sol, couper leurs ongles courts, laver fréquemment leur visage, leurs mains, leurs vêtements, leurs jouets et leurs doudous, ainsi que nettoyer les sols avec un linge humide. Pour les adultes, la diversification de l’alimentation est encouragée, notamment en privilégiant les légumineuses et en limitant la consommation de blé, de riz, de pommes de terre, de pains, de pâtes et de biscuits, qui constituent les principales sources d’apport en cadmium.
Pierre Souvet, président de l’Association santé environnement France (Asef), rappelle que « 98 % de la contamination de la population est d’origine alimentaire » en dehors des sites pollués. L’arrêt du tabagisme, y compris passif, est également recommandé, car la fumée de cigarette est une source majeure d’exposition au cadmium.
Cette approche ciblée du dépistage marque une première étape, mais la question de l’étendue réelle de la contamination en France et de ses conséquences à long terme reste entière. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité de ces mesures et leur impact sur la santé publique.
Les principales sources alimentaires de cadmium sont les céréales comme le blé et le riz, les pommes de terre, les pains, les pâtes, les biscuits et les légumineuses. Il est recommandé de diversifier son alimentation pour limiter l’apport en cadmium, tout en évitant les régimes trop monotones.
Les zones géologiquement riches en cadmium incluent notamment la Champagne, la Charente, le Jura et le Massif central. Les riverains des 7 000 sites industriels pollués en France sont également considérés comme potentiellement surexposés. Les médecins pourront évaluer la nécessité d’un test de dépistage en fonction des symptômes ou de l’exposition présumée.