Les cannabinoïdes de synthèse représentent désormais l’essentiel des nouvelles substances psychoactives circulant en France, selon les dernières données de l’Observatoire français des drogues et des addictions (OFDT). Une partie de ces produits, aux effets bien plus puissants que le cannabis naturel, se retrouve dans des articles vendus sous le label « CBD légal ». Cette situation inquiète particulièrement le professeur Nicolas Authier, psychiatre et responsable de l’expérimentation sur le cannabis thérapeutique en France.
Ce qu'il faut retenir
- Les cannabinoïdes de synthèse dominent le marché des nouvelles substances psychoactives en France, d’après l’Observatoire français des drogues et des addictions (OFDT).
- Une partie de ces produits est intégrée dans des articles présentés comme du CBD légal, souvent sous forme de fleurs ou de résines.
- Le professeur Nicolas Authier, coordinateur de l’expérimentation sur le cannabis thérapeutique, dénonce cette pratique.
- L’OFDT souligne que ces substances, bien plus actives que le cannabis naturel, posent des risques sanitaires majeurs.
Des cannabinoïdes de synthèse qui se cachent derrière le CBD
Selon les dernières analyses de l’OFDT, les cannabinoïdes de synthèse — des molécules créées en laboratoire pour imiter les effets du THC — composent désormais la majorité des nouvelles substances psychoactives détectées en France. Leur dangerosité est bien supérieure à celle du cannabis traditionnel, avec des risques accrus de dépendance, de troubles psychiatriques ou d’intoxications sévères. Pourtant, une partie de ces produits est commercialisée sous couvert de légalité, notamment dans le secteur du CBD. Des fleurs ou des résines vendues comme « légales » contiendraient en réalité des cannabinoïdes de synthèse, souvent non déclarés ou mal étiquetés.
Cette pratique, difficile à contrôler, profite d’un flou juridique autour du CBD. En France, les produits à base de cannabidiol (CBD) sont autorisés à condition qu’ils contiennent moins de 0,3 % de THC, la molécule psychoactive du cannabis. Mais rien n’empêche les vendeurs d’ajouter des cannabinoïdes de synthèse dans leurs préparations, tant que le taux de THC reste sous ce seuil. « Certains acteurs du marché jouent la carte du joint légal, en profitant de cette ambiguïté », explique le professeur Nicolas Authier, qui suit de près ce phénomène.
Un expert alerte sur les risques sanitaires et judiciaires
Pour le psychiatre Nicolas Authier, cette situation est d’autant plus préoccupante que ces cannabinoïdes de synthèse, bien plus puissants que le THC naturel, peuvent provoquer des effets imprévisibles. « Leur consommation expose à des risques de psychose, de dépression sévère ou d’addiction rapide, sans que les usagers en aient toujours conscience », a-t-il déclaré. L’expert, qui pilote l’expérimentation nationale sur le cannabis thérapeutique, souligne aussi le danger pour les jeunes, souvent ciblés par ces produits. Les cannabinoïdes de synthèse, sous forme de « legal highs » ou de « legal weed », sont en effet accessibles en ligne ou dans certains magasins spécialisés, malgré leur illégalité de fait.
Nicolas Authier a également pointé du doigt l’insuffisance des contrôles. « Les laboratoires ne sont pas toujours équipés pour détecter ces nouvelles molécules, et les sanctions contre les vendeurs restent rares », a-t-il précisé. Une situation qui, selon lui, aggrave le problème. L’OFDT, de son côté, confirme cette tendance et appelle à un renforcement des moyens de détection et de répression.
« Certains acteurs du marché jouent la carte du joint légal, en profitant de cette ambiguïté. » — Nicolas Authier, psychiatre et coordinateur de l’expérimentation sur le cannabis thérapeutique.
Un marché en pleine expansion malgré les risques
Le marché du CBD, en pleine croissance depuis plusieurs années, attire de nouveaux acteurs, parfois peu scrupuleux. Des sites internet, des boutiques en ligne ou des magasins physiques proposent des produits estampillés « légaux », mais dont la composition réelle reste floue. Selon une enquête récente, certains cannabinoïdes de synthèse, comme le HHC ou le THCP, sont désormais aussi répandus que le THC dans certains échantillons analysés. Ces substances, souvent présentées comme « naturelles » ou « légales », sont en réalité des molécules modifiées en laboratoire, parfois plusieurs fois plus actives que le cannabis classique.
Face à cette évolution, les autorités sanitaires tentent de réagir. En 2025, la France a renforcé la liste des cannabinoïdes interdits, mais la liste reste incomplète face à l’émergence constante de nouvelles molécules. L’OFDT et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) appellent à une meilleure coordination entre les services de police, les douanes et les laboratoires d’analyse pour endiguer ce phénomène. « Sans un contrôle strict, le risque est que ces produits continuent de circuler en toute impunité », alerte un responsable de l’ANSM.
Cette situation met en lumière les limites du cadre légal actuel, où l’innovation chimique dépasse souvent la capacité des autorités à réguler. Alors que le débat sur la légalisation du cannabis récréatif reste en suspens en France, cette affaire rappelle aussi les risques d’une libéralisation incontrôlée des cannabinoïdes, qu’ils soient naturels ou synthétiques.