Entre **4 et 6 ans**, le surpoids et l'obésité touchent encore trop d'enfants dans le monde, mais le Chili a montré qu'une politique publique volontariste pouvait inverser la tendance. Selon Le Monde, une étude publiée dans The Lancet révèle qu'un programme combinant affichage de logos nutritionnels dissuasifs et encadrement strict de la publicité alimentaire a permis une baisse significative de ces problèmes de santé chez les jeunes enfants dans ce pays sud-américain. Une avancée qui interpelle la France, où des initiatives parlementaires cherchent à durcir la réglementation sur ces mêmes sujets.
Ce qu'il faut retenir
- Une étude publiée dans The Lancet montre une réduction du surpoids et de l'obésité chez les enfants **de 4 à 6 ans** au Chili, grâce à un dispositif public.
- Le pays a instauré des **pictogrammes nutritionnels obligatoires** sur les emballages et interdit le marketing alimentaire ciblant les mineurs.
- En France, des parlementaires proposent des mesures similaires pour renforcer la lutte contre l'obésité infantile.
- L'obésité touche **1 enfant sur 5** en France, un chiffre qui alerte les pouvoirs publics.
Un modèle chilien fondé sur la transparence et la restriction
Le Chili a mis en place dès **2016** une loi pionnière combinant deux leviers : d'un côté, l'affichage obligatoire de **logos noirs indiquant les niveaux élevés de sucre, sel ou graisses saturées** sur les produits alimentaires ; de l'autre, l'interdiction des publicités pour les aliments ultra-transformés ciblant les enfants. Selon les données de l'étude, cette politique a entraîné une **baisse de 11 % du surpoids et de 9 % de l'obésité** chez les enfants de 4 à 6 ans entre **2016 et 2020**. « Ces mesures visent à rendre les choix alimentaires plus transparents pour les parents et à limiter l'exposition des enfants aux messages incitatifs des industriels », explique le Dr Camila Corvalán, co-autrice de l'étude et chercheuse à l'Université du Chili.
Le système chilien s'inspire des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise depuis des années de réguler les publicités alimentaires destinées aux mineurs. « Les pictogrammes obligatoires agissent comme un avertissement, à l'image des messages sanitaires sur les paquets de cigarettes », précise-t-elle. Côté industriel, certaines entreprises ont adapté leurs recettes pour éviter d'apposer le logo noir, ce qui a conduit à une réduction globale de la teneur en sucre et en sel dans les produits commercialisés.
En France, l'appel à un durcissement de la réglementation
Alors que le Chili démontre l'efficacité de ses mesures, la France, confrontée à un taux d'obésité infantile parmi les plus élevés d'Europe (**17 % des enfants de 6 à 17 ans**, selon Santé publique France), réfléchit à des solutions similaires. Plusieurs propositions de loi ont été déposées à l'Assemblée nationale et au Sénat pour renforcer l'étiquetage nutritionnel et limiter les publicités pour les aliments trop gras, trop sucrés ou trop salés. « La France ne peut plus se contenter de campagnes de sensibilisation, il faut des actes contraignants », a déclaré la députée LREM **Stéphanie Rist**, auteure d'une proposition de loi adoptée en première lecture en **décembre 2025**.
Parmi les pistes envisagées : l'extension du **Nutri-Score** à tous les produits transformés, voire son remplacement par un système plus contraignant inspiré du modèle chilien. Une mission parlementaire, présidée par le sénateur **Jean-Noël Barrot**, doit rendre ses conclusions avant la fin de l'année. « L'objectif n'est pas d'interdire les produits, mais d'informer les consommateurs et de protéger les enfants », a-t-il souligné lors d'une audition en commission. Les professionnels de la santé, comme la **Société française de pédiatrie**, appuient ces propositions, rappelant que l'obésité infantile entraîne des complications à long terme, comme le diabète de type 2 ou les maladies cardiovasculaires.
Les défis de l'application d'un tel modèle en Europe
Si le succès chilien suscite l'intérêt, son transposition en France ou dans d'autres pays européens se heurte à des obstacles juridiques et industriels. L'industrie agroalimentaire, représentée par des lobbies comme **l'Ania** (Association nationale des industries alimentaires), met en garde contre des mesures « disproportionnées » qui pourraient pénaliser les PME et les producteurs locaux. « Une réglementation trop stricte risquerait de fragiliser notre compétitivité sans garantir une amélioration significative de la santé publique », argue son directeur général, **Jean-Philippe Andreu**.
Autre difficulté : l'harmonisation européenne. La Commission européenne, qui planche sur une stratégie « De la ferme à la table », doit concilier les approches des États membres. Certains, comme la Belgique ou les Pays-Bas, ont déjà adopté des mesures similaires à celles du Chili, tandis que d'autres, comme l'Allemagne, restent plus réticents. « Une action au niveau européen serait idéale, mais en l'absence de consensus, les États pourraient agir en ordre dispersé », analyse un expert en santé publique sous couvert d'anonymat. Pour l'heure, la France mise sur une approche progressive, avec un calendrier de mise en œuvre prévu pour **2027-2028**.
Une chose est sûre : l'expérience chilienne prouve qu'une politique publique ambitieuse peut faire reculer l'obésité infantile. Reste à savoir si l'Europe, et la France en particulier, auront le courage de s'en inspirer pleinement.