Selon BFM Business, la Chine a franchi un cap historique en 2025 dans la modernisation de son arsenal militaire, avec une production de missiles balistiques qui a bondi de 147 % depuis 2015. Cet effort s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin pour sanctuariser Taïwan et anticiper les risques d’intervention américaine dans la région Indo-Pacifique.
Ce qu'il faut retenir
- Le stock de missiles balistiques chinois a augmenté de 147 % entre 2015 et 2024, selon les estimations du Pentagone.
- En 2025, le chiffre d’affaires des fournisseurs de missiles a progressé de 20 %, atteignant 189 milliards de yuans (24 milliards d’euros).
- Plus de 80 entreprises chinoises, dont certaines issues du secteur privé, participent désormais à la chaîne d’approvisionnement militaire.
- Des groupes comme Wuhan Guide Infrared ou Chengdu Jiachi Electronic enregistrent des hausses de revenus supérieures à 70 % en un an.
- L’objectif affiché est de doter l’armée chinoise d’une capacité de frappe globale d’ici 2027, à l’occasion du centenaire de l’Armée populaire de libération.
Une production militaire en plein essor malgré un contexte économique morose
L’industrie de défense chinoise n’a jamais connu une telle dynamique depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2013. BFM Business révèle que, en examinant les rapports annuels de 81 entreprises cotées en Bourse liées aux géants d’État CASIC (China Aerospace Science and Industry Corporation) et CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation), le nombre de sociétés impliquées dans la production de missiles a plus que doublé en dix ans. Cette expansion contraste avec la croissance modeste des 300 plus grandes capitalisations boursières du pays sur la même période.
Parmi ces acteurs, certains proviennent de secteurs a priori éloignés de la défense. C’est le cas de Wuhan Guide Infrared, spécialisé à l’origine dans les capteurs thermiques pour le médical, qui réalise désormais 70 % de son chiffre d’affaires dans l’armement. Son adaptation aux systèmes de guidage infrarouge pour missiles et drones lui a valu des sanctions de Washington et Bruxelles, sans pour autant freiner sa croissance : ses revenus ont progressé de 73 % en 2025.
Des technologies de pointe au service d’une dissuasion renforcée
Le complexe militaro-industriel chinois mise sur des technologies de pointe pour renforcer sa dissuasion. Chengdu Jiachi Electronic, leader dans les revêtements furtifs rendant avions et missiles invisibles aux radars, a vu ses ventes augmenter de 16 % en un an. Yangtze Optical Electronic, qui fournit des bobines de fibre optique pour les systèmes de navigation de précision, réalise désormais 70 % de son activité avec l’armée et affiche une croissance de 20 %.
Cette accélération s’explique par une intégration croissante du secteur privé au sein de la filière militaro-industrielle. Les commandes de l’armée, centralisées par la CASIC et la CASC, sont redistribuées à un réseau de sous-traitants plus petits, souvent issus de l’innovation civile. Cette synergie permet à Pékin de combiner expertise technologique et capacité de production massive, un atout majeur dans un contexte de tensions régionales accrues.
Un arsenal en expansion face à Taïwan et aux incertitudes américaines
Les données du Pentagone indiquent que la Chine disposait déjà de plus de 3 150 missiles balistiques en 2024, un chiffre en hausse vertigineuse depuis 2015. Parmi les missiles les plus emblématiques figurent le DF-41, capable de frapper n’importe quel point du globe, et le DF-26, surnommé le « Guam Express » pour sa portée spécifique visant les bases américaines dans le Pacifique.
« Les événements récents ont probablement accentué le besoin perçu de se défendre et de dissuader toute action militaire ou politique américaine potentielle à l’encontre de Taïwan », a déclaré John Van Oudenaren, analyste chez BluePath Labs, spécialiste des géants chinois des missiles appartenant à l’État.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les stocks de munitions américains sont mis à rude épreuve par les tensions au Moyen-Orient. Pékin profite de sa capacité manufacturière pour prendre l’ascendant, tout en préparant le centenaire de son armée en 2027, date à laquelle Xi Jinping souhaite disposer d’une force moderne et dissuasive.
Des défis persistants malgré une dynamique industrielle intacte
Malgré des enquêtes pour corruption ayant récemment visé plusieurs hauts gradés et scientifiques du secteur, la tendance reste haussière. Les données du premier trimestre 2026 confirment cette orientation, avec une nouvelle progression de 20 % des revenus des fournisseurs de missiles. Cette résilience s’explique par un soutien politique fort et une allocation prioritaire des ressources dans le cadre du 14ᵉ plan quinquennal.
Cependant, des interrogations subsistent sur la soutenabilité à long terme d’un tel effort. L’économie chinoise, malgré sa taille, montre des signes de ralentissement dans certains secteurs clés. Reste à voir si cette priorité accordée à la défense permettra de maintenir l’équilibre entre innovation militaire et développement économique.
Si la Chine n’a pas été impliquée dans un conflit armé depuis 1979, son arsenal croissant reflète une volonté claire de projeter sa puissance et de protéger ses intérêts stratégiques, notamment à Taïwan. Alors que les États-Unis et leurs alliés observent avec attention cette montée en puissance, la région Indo-Pacifique pourrait entrer dans une phase de tensions accrues dans les années à venir.
La Chine renforce son arsenal pour des raisons de dissuasion stratégique, notamment face à Taïwan et aux incertitudes liées à la politique américaine dans la région Indo-Pacifique. Moderniser son armée permet aussi de préparer le centenaire de l’Armée populaire de libération en 2027, tout en assurant une capacité de frappe globale pour contrer toute intervention extérieure.
Parmi les missiles emblématiques figurent le DF-41, missile intercontinental capable de frapper n’importe où dans le monde, et le DF-26, surnommé « Guam Express » pour sa portée spécifique visant les bases américaines dans le Pacifique. Ces armes s’ajoutent à une gamme déjà large de missiles balistiques et hypersoniques.